A MARTHE
Blonde enfant, qui retiens le ciel dans ta prunelle, Écoute : mon ami, le jeune et fer soldat.
Brûle pour tes grands yeux. Ne lui sois point cruelle. Il est beau. Son front clair brille d'un noble éclat.
Son sourcil, Ton dirait Faite d'une hirondelle. Sa lèvre a la fraîcheur et le duvet d'un fruit Et son rire bondit comme la cascatelle Qui parmi les cailloux jase, écume et s'enfuit.
Profite du présent; cueille le jour et theure^ Puisque voici les fleurs et les fruits parfumés! Demain le froid hiver glacera ta demeure; La neige blanchira tes cheveux bien-aimés.
La toux au coin de tâtre et les rides moroses Succéderont y hélas! aux baisers amoureux Et rhirondelle agile ira sous d'autres deux Chercher d'autres printemps parfumés d'autres roses.
A ANDRÉ RUYTERS
Méfiez-vous f André, des chantres des brouillards
Et de leurs pipeaux nasillards.
Le flasque bégaiement de leur esprit malade
N'est que bouillie et marmelade; Leur musique liquide amollit le cerveau
Et le souille comme un caveau Qu'inonde de sa bourbe un ruisseau qui déborde.
Loin de nous la gluante horde Des limaces traînant dans leur bave d'argent!
V esprit agile et diligent Comme un dieu rayonnant marche dans la lumière.
Lui-même à la nature entière Il prête des trésors de grâce et de splendeur.
Aux feux de sa divine ardeur Il voit le trait précis, il voit la claire image
Et par son merveilleux langage Il incarne à Jamais en vers harmonieux
La beauté qui ravit ses yeux.