A ALBERT GIRAUD
Que Tamour calme et doux soit notre unique maître! Le courroux^ même juste, engendre mille maux Et nous n'évoquerons que des dieux infernaux Si la haine à fautel brûle l'âme du prêtre.
Aux visages amers, par les larmes rongés, Uun sourire amical enseignons le sourire.
Albert, nier le mal c'est souvent le détruire. Puisque Villusion règne en nos cœurs légers.
Ah! nul n'est plus méchant que le hargneux prophète Qui marche tout gonflé de forfaits à punir Et qui, l'œil soupçonneux, s'exerce à découvrir Les plus sombres horreurs dans la plus douce fête!
Des souffrances d' autrui chimérique inventeur
Il fait naître en nos cœurs tous les maux qu'il dénonce:
Il écrase les fleurs pour mieux montrer la ronce
Et le réformateur devient un malfaiteur.
Il faut boirey il faut rire, il faut bénir la vie, La nouvelle jeunesse et le nouveau printemps! Le soleil monte encor dans les deux éclatants Et l'amour chante au cœur de la vierge ravie.
IWAN GlLKIN
M. Mirbeau et la Jeune Belgique.
epuis que nous avons commencé la campagne que Ton sait, nombre de gens se répandent en lamentations variées qui sur mon esprit tyrannique, qui sur mes manigances réactionnaires, qui sur mes pauvres idées retardataires, qui sur tous les méchants sentiments qui fermentent dans mon âme. Que Dieu bénisse ces bonnes gens ! Pour l'instant je ne disputerai pas avec eux, mais je les prie de lire l'article que M. Octave Mirbeau vient de publier dans le Journal sous ce titre : Des lys! des lys!
M. Mirbeau a droit à la reconnaissance de toute notre jeune littérature pour avoir répandu dans le monde entier la renommée de M. Maurice Maeterlinck et révélé l'existence des lettres belges. On ne saurait accuser M. Mirbeau de vouloir tyranniser nos marmots d'encre, ni de livrer la Jeune Belgique aux larves du temps passé, ni de nourrir des sentiments de jalousie à l'égard de nos écrivains et de nos esthètes. Or, il se fait que dans son article M. Mirbeau décrit la maladie que je ne cesse de signaler et de combattre, à la grande fureur des malades. Je laisse la parole à M. Mirbeau. Voici le morceau principal de son article, auquel il a donné la forme animée et saisissante' d'un petit conte. On appliquera aisément aux écrivains ce qu'il dit des peintres :
Tout à coup, Kariste me dit :
— Je te dégoûte, hein?... Tu me crois un fou, comme les autres?...
Et comme je me disposais à protester, mon ami ne m*en laissa pas le temps et il continua, foisant, lui-même, la réponse à sa question :
— Si... si... je te dégoûte!... ne mens pas... Je te dégoûte... Et moi aussi, je me dégoûte, va !...
Puis, d'une voix fiévreuse, il débita :
— Vois-tu, en art, il n'y a qu'une chose belle et grande : la santé I... Moi, je suis un malade, et ma maladie est terrible, parce que, maintenant, je suis trop vieux pour m'en guérir. C est T ignorance!.,. Oui, je ne sais pas un mot de mon métier, et jamais, jamais je n'en saurai un mot! Je ne suis pas un fou, comme tu pourrais croire. Je suis un impuissant, ce qui est bien différent. Ou, si tu aimes mieux, un raté, ce qui est pire. Sais-tu pourquoi je me bats les flancs et me torture Tesprit pour trouver un tas de choses compliquées, ce qu'ils appellent, les autres, des sensations rares et des intellectu alités supérieures, et ce qui n'est que de l'enfantillage et du mensonge? Sais-tu pourquoi? C'est parce que je suis incapable de rendre le simple!... Parce que je ne sais pas dessiner, et parce que je ne sais pas ce que c'est qu'une valeur!.,. Alors, je remplace ça par des fioritures, des arabesques, par un tas de perversions de forme qui ne donnent de Tillusion qu'aux imbéciles. Et comme je ne peux pas mettre un bonhomme debout sur ses jambes.
je le mets debout sur sa tête, comprends-tu?... On dit : « C'est épatant! » Ehl bien, non, ce n*est pas épatant... Je suis un cochon, voilà tout!... Va donc voir si les Terburg, les Metzu, les Hais, les Rembrandt ont cherché à peindre la douleur des étoiles, par exemple?... Ils ont peint des hommes et des femmes, tout bêtement!... Et ça y est!... Et le père Corot?... Est-ce qu'il a voulu peindre des arbres, la racine en Tair, et des sarabandes d'astres en ribote?... Non!... Et ça y est!... Ah! qu'ils m'ont fait du mal, ces esthètes de malheur, quand ils prêchaient de leur voix fleurie Thorreur de la nature et de la vie, rinutilité du dessin, le retour de l'art aux conceptions des Papous, aux formes embryonnaires, à Vexistence larveusel... Car ça n'est pas autre chose, leur idéal, dont 1/5 ont empoisonné toute une génération!.,. C'est l'exaspération du laid et le dessous du rien !... Ah I leurs princesses, avec des corps en échalas et des visages pareils à des fleurs vénéneuses, qui passent sur des escaiiers.de nuages, sur des terrasses de lunes malades, en robes de tôle galvanisée !.*. Âh I leurs amantes, émaciées, et longues comme des gaules à pêche, leurs amantes qui marchent sans jambes, qui regardent sans yeux, qui parlent sans bouche, qui aiment sans sexe, et qui, sous des feuillages découpés à la mécanique, dressent des mains plates, cassées au poignet, par la même éternelle flexion!... Je n'ai jamais cru à cet art pauvre, à cette basse et facile mysticité, et pourtant, peu à peu, je me suis, sans le savoir, laissé prendre par toutes ces théories empoisonnées qui corrodent Tair spirituel que nous respirons, nous autres jeunes gens, avides de nouveauté, facilement portés à croire que le beau, c^est le bi jarre... Au lieu de travailler méthodiquement, d'apprendre à dessiner un beau mouvement de nature, une belle forme de vie, de chercher le simple et le grand, f ai fini par penser que le heurté, le déformé, c'était tout fart!... Et voilà oit f en suis aujourd'hui!... Je suis fichu!...
Un mot encore. On m'a reproché de vouloir convertir les autres au lieu de me contenter d'écrire dans un coin à ma guise. Quand mes amis et moi nous avons créé la Jeune Belgique et inauguré dans notre pays un mouvement littéraire sans précédent, nous n'avions pas pour unique but d'of&ir aux lecteurs belges nos vers et notre prose : nous fondions quelque chose,
— nous fondions la jeune littérature belge, — et voilà pourquoi notre sollicitude s'étend à autre chose qu'à nos propres ouvrages. Or nos esthètes
— absolument comme les esthètes de M. Mirbeau — ont détourné les jeunes gens d'apprendre leur métier; ils les ont éloignés de la raison de la beauté et de la santé pour les conduire à la démence, à la déformation et à la maladie. Qu'un jeune homme fasse mille extravagances tout en apprenant son métier, il n'y a pas grand mal, au contraire. Mais qu'il les fasse, ces extravagances, sans étudier son art, sans se rendre maître peu à peu de tous les procédés, sans apprendre à vaincre une à une toutes les difficultés, en mettant sa propre sottise ou les sottises des esthètes au-dessus du savoir des maîtres et de la science accumulée par les travaux de plusieurs générations d'artistes; qu'il proclame la souveraineté de son ignorance et nie l'apprentissage qui seul conduit à la maîtrise, voilà le mal. Et si un jour il en a conscience et veut se guérir, il est trop tard.
Voilà ce que depuis plusieurs années je ne cesse de dire à mes jeuneis
compatriotes. Les esliiètes et les artistes dévoyés m'accusent de mille noirceurs; c'est plus facile que de discuter mes raisons. Quelle sera leur attitude en présence du saisissant réquisitoire de M. Mirbeau?
CHRONIQUE LITTÉRAIRE
Mes Communions, par Georges Eekhoud. Bruxelles, {Cistemaeckers. — Ames de eouleur, par Henry Maubel. Bruxelles, Deman. — La Musique et les lettres, par Stéphane Mallarmé. Paris, Perrin.
n trait particularise l'œuvre de M. Georges Eekhoud, qu'il semblera presque fastidieux d'énoncer encore : l'amour violent et maladif du terroir, de cet exclusif district campinois, de ce Il peuple dont l'âme immémoriale résiste à la civilisation urbaine; et qui, revêche à l'incongrue sagesse du citadin éclairé comme à l'évangile d'envie des médiocrités réformatrices, et farouche, sauvegarde la robustesse séculaire de ses croyances, la rogue, si l'on veut, mais saine énergie de ses mœurs.
Après mainte dévotieuse et intense illustration des êtres et des paysages, de plus en plus incisifs et obsédants, qui possédaient sa mémoire, après ces suggestives images douloureuses des Kermesses^ des Milices de Saint François^ des Fusillés de Matines, par une progressive expansion, le travail, aussi, de l'exil, de souvenirs, plus nostalgiques chaque jour, et prestigieux, la restreinte terre natale de l'écrivain ouvrit ses jalouses frontières, annexa et naturalisa les mille créatures éparses et vagabondes au front desquelles le signe brillait, familier et néfaste, qui les faisait ses compatriotes d'espoir et de rancœur.
Le doux et hargneux canton flamand s'élargit en une mouvante et diverse patrie, dont les sauvages enfants, humbles mais indisciplinables, errent, sans gîte cadastré ni stable résidence, dans l'indifférente capitale, sur les quais mercantiles de la métropole, le long des routes vicinales. Chaque pauvre efflanqué, pourtant, qui foule l'asphalte du boulevard ou, parmi la campagne estivale, se réjouit des moissons dorées qui mûrissent pour les autres, — tous les las-d* aller — gardent à la plante racornie de leurs pieds déchaux, à leurs sabots ou à la semelle lamentable de leurs bottes, l'empreinte brûlante de la glèbe originelle, de l'idéale et séduisante terre promise qu'un incompressible instinct leur enjoint de regagner à tout prix, et dont la providence compatissante leurre un instant, chaque soir, leurs yeux déçus et résignés, — à l'horizon éternel... .. Inhabiles aux labeurs normaux^ à prendre la filière des ambitions auto-
risées, des appétits permis, ces dépaysés dolents et chimériques, relaps inéluctables, contumaces prédestinés, s'apparient par leur esprit réfractaire, leur passive résistance à la raison légale, leur tradition insubordonnée, au régnicole campinois, ennemi des propagandes sectaires et des chemins de fer ! Incapables d'hypocrisie sociale, les uns conmie les autres sont de natifs insurgés, frustes, brutaux et quelquefois sanguinaires, mais si peu dissimulés que cette simplicité leur communique on ne sait quelle naïve allure épique. Un soir sinistre, leurs yeux luiront de malice malfaisante ou de férocité narquoise, mais ils ne brilleront jamais du vil sourire courtois d'Hector Blanchon, Tami d'enfance; la convoitise, la luxure aiguiseront leur regard, mais la bassesse, point, ni l'obséquiosité ; leur voix s'infléchira de tendresse frénétique ou de colère, scandera les équivoques distiques de la « psalmodie patibulaire », mais toujours ignorera les euphémismes pharisaïques et les poncifs du savoir-vivre.
Jouets déconcertés de la règle, de la législation marâtre au citoyen assez excentrique pour prétendre brouter au hasard, en dehors de l'orbe du piquet auquel chacun de nous reste entravé ; outcasts précipités de délits en récidives « au nom de la loi », poussière humaine, balayée âprement d'un bout à l'autre du territoire et que les nécessités de l'ordre vouent au moulinhorloge, à la perversion, aux scabreuses promiscuités obligatoires ; — irresponsables épaves, emportées à vau-l'eau, livrées aux tourbillons, ou prises dans le calme de quelque anse stagnante, parmi la putrescente écume du Beuve et le croulant décembre empoisonné de la rive... Au milieu de ces hordes, des apôtres végètent cependant, d'inconscients artistes dévoyés : cordiaux et débonnaires individus, contaminés superficiellement, revêtus de l'officiel iiniforme du vice, et dont la moindre occurrence propice fera jaillir l'âme intacte, plus resplendissante de leur souillure même. Candides escarpes, dociles tévoltés, réconciliés à la première effusion exorable, qu'une fortuite parole apitoyée bouleverse et conjure, sans retour; et desquels, aussi, tin mot déterminera la vocation, vers le crime ou le martyre... .
La hautaine et véhémente compassion de l'artiste auréole et célèbre ces impulsifs, coupables de leur indigence et, surtout, de ne s'adapter point à quelque compartiment de notre société rectiligne; sa répulsion pour la postiche et fourbe morale mondaine, l'induit même à exalter de moins Innocents déclassés, dont les tares caractéristiques et les infractions préméditées sont comme une revanche encore contre le statut bourgeois.
La vision de l'injustice ne saurait rester abstraite en un esprit tel que celui de M. Georges Eekhoud, ni se satisfaire par de placides digressions théoriques : elle s'exprime avec la clairvoyance fougueuse, la perspicacité horréfiée, avec la vigoureuse indignation propres à l'écrivain et que sa pensée réfléchit. Ce sujet, aussi, qui dès longtemps le hantait, esquissé dans les Nouvelles Kermesses, et destiné, d'abord, à se parfaire en un roman, a trouvé sa formule définitive au cours du Cycle patibulaire, le Moulin- Horlogeries Croix processionnaires y etc , et de Mes Communions, Appol et Brouscard y Mauvaise rencontre y etc.
Ces pages extrêmes resteront parmi les plus magnétiques de l'œuvre du
compatriotes. 1 ^ " ^/cnnité, imprégnées de charme
ceurs; c'est p' ^y*/^5*^/dïssant et suraigu, des démorali-
tudé en pré ^ii^^^'^^^^'^'^^û/J^^^^' Quelque indéfinissable émotion
.,iry*'*f/,'/^'^f^4^^^ triviale, étrangle dans sa gorge
""SP'^f'^^^ ^"^^^"^ ^^'^^^ ^"^ ^^ ^^^""'^ pactiser,
Jm^'^S^^^ %fl .«î^^^^ nersiflante complainte des colons énervés :
. ' /i-^'ÎU^"^ r.aB»^' ^" contraire,
J'i^^"^^ l^nesi bien, rien n'est mal!
'itM^^ naissent d'eux-mêmes au spectacle de trop ^n/^/f ^^^âies; aussi, les tribulations et les disgrâces de ses ^^ i^^'^^!^ Ëekhoud à mainte réflexion d'une acre et généreuse élo- ^ffos^^'^^^ ée de cette charité dont la religion ou Fart, par l'abnégation u^p^^^^^^teiitf peuvent, seuls, inspirer l'extravagance efficace. Car la proau'i^^ 'J^^^^hilanthropie laïque et l'anguleuse bienfaisance administrative cédiJ^^^'^jf telles exagérations ! Elles condescendent aux gueux, dispensent i^^^^Tltnalistes aumônes, de haut, — alors que la réelle charité est, sans j^ars f^^^ g'jjumilier sans orgueil ni présomption, de se ravaler aux misédo^^^' pour les secourir — de plain pied... Mais V altruisme de l'ami de •^^ chMitsu, paroxysme du sacrifice individuel, pour noble qu'en paraisse ^^^urce, outrepasse le but... Il y a là une espèce de griserie du suicide, de 'ocation de la guillotine, gratuites, au moins, car le sang incivique d'André Chénier rafraîchira encore, vraisemblablement, les autels arides de la démagogie!...
M, Eekhoud se confesse en son œuvre, vraiment, sans feinte ni défi; sa puissante personnalité a passé, tout entière, dans cet art fervent et cruel, enivré de sincérité et de partialité, ourdi de haine et d'amour, de tendresse et de colère, qui créa, tour à tour, la Nouvelle Carthage^ le Cycle patibulaire et Mes Communions...
La langue, maniérée un peu des premières Kermesses, de Kees Doorik, a dépouillé ses aigreurs et ses crudité^s, assimilé ses éléments, accordé ses contrastes ; formé, enfin, un style d'un extraordinaire mordant, d'une délicatesse et d'une acuité singulières, analytique et pictural, apte à décomposer le subtil émoi, la crise et le délice de fuyantes sensations comme à propager l'insidieuse mélancolie des sites désolés que le crépuscule peuple de perfides fantômes et de conseils insolites...
Ames de couleur l âmes irisées dont un prisme paradoxal grossit, diapré et décompose, sans cesse, les imaginations ; les illusionne jusqu'aux transes et aux larmes, d'hésitantes bulles de savon, précaires et magnifiques...
Attentif aux choses extérieures selon la stricte mesure où elles coïncident, s'entre-croisent avec sa propre virtualité passionnelle, le personnage divers de M. Maubel s'épie vivre, n'aperçoit le monde et les êtres que par de fortuites échappées de lui-même, ou, mieux, les considère seulement comme des interprètes de sa sensibilité personnelle.
Le savant micrographe, Thorloger assidu, lorsqu'ils abandonnent la lentille qui guide leurs scrutations minutieuses, restent, un laps, Tœil dilaté, ébloui, et ramènent sur la terre un regard ardu, désorienté de la disproportion. Un trouble analogue déséquilibre la vision des sensitifs outrés à s'étudier trop continûment, à poursuivre sans relâche, la prolongée vibration, dans les centres cérébraux, — le trajet psychologique, d'infimes émotions. Il ne leur est plus de sensations négligeables, d'ailleurs ; la finesse exacerbée et morbide de la perception hypertrophie chaque incident, l'investit d'une importance suprême; l'acte, le mot les plus anodins et indifférents émeuvent une telle et si excessive révolution et si perdurante, que la peur s'en engendre, à la fin, chez le patient, de vivre et de penser.
. Le songe, alors, se témoigne préférable, aussi passionnant et, au fond, plus véridique, quoique inoffensif. Roue colorée ; polyorama giratoire qu'un mouvement entraîne, harmonieux, et dont un souffle léger, un désir informulé raniment et perpétuent la rotation. Car comment, pourquoi, s exposer encore à la société, à ses mortifiantes relations et à ses durs trafics? pourquoi, même, affronter la compagnie choisie de créatures précieuses, infiniment, et chères, auxquelles, somme toute, il sera toujours plus doux et sûr de rêver, à l'abri de manifestations diminuantes, quand même, et périlleuses ; hors de portée de tendresses trop positives et rudes et de la cordialité meurtrière des étreintes.
Ou, sinon, entretenir quelque mensongère conversation, surface à demi congelée, parsemée d'invisibles embûches, d'un glacial silence; se supplicier, mutuellement, d'un silence, absolu pour l'un, verbal uniquement pour l'autre et rempli d'intermèdes mentaux, à la logique égotiste desquels la tentative resterait vaine de faire collaborer quelque incompatible compagne.
Incompatible, oui, hélas! inopportune si pas importune, le plus souvent; car, même avec Miette, l'évanescent dialogue se coupe brusquement, reste irrésolu ; et, plus d'une fois, Mad s'est tue « parce qu'elle a vu le visage de Christian se voiler de silence et parce qu'elle sait qu'il est absent d'ici pour un instant ».
Miette et Mad, ces héroïnes favorites de l'œuvre antérieure de M. Maubel et qui la fleurissent, toute, et la parfument, ces fées de la villégiature, sérieuses et futiles, volontaires et folâtres, reparaissent, mûries un peu, avec le sourire intimidé de leur gravité nouvelle. Elles se sont quittées ellesmêmes, se persu^derait-on, et leur caractère ingénu de vie affriolée, pour se retrouver ailleurs, plus haut, essoufflées de gravir à la suite de leur guide accoutumé la montagne où, la lumière et l'air s'épurent et s'allègent, et les apparences.
Et, conscientes de n'être, en réalité, que des épisodes de la diffuse pensée méditative de Christian, admirablement elles y adaptent leur native turbulence : elles n'ayenturent plus que des phrases et des gestes obliques, à la cantonade; d'évasives paroles, amorties, comme elles-mêmes, par le brouillard.
Fuyants profils d'ombres dans la brume, ces gracieuses apparitions
— igo —
s'impliquent si bien et se subordonnent à la nomade évagation de Christian, qu'on se les figure participer du paysage boisé, surgir à Tincantation pour se diffondre bientôt et s'évaporer, regagner le creux hospitalier des arbres, le profond des sources ou la vasque des fontaines.
M. Stéphane Mallarmé insère sous la couverture d'une brochure deux conférences dites à Oxford et à Cambridge, commentaire hermétique et retors de théories exposées, jadis, dans les Proses : « La musique et les lettres sont la face alternative... d'un phénomène; le seul; je l'appelai ridée... »
Ces pages contractent encore la préciosité obscure du style de M. Mallarmé; et leur préface Déplacement avantageux s'accompagne d'un « développement juridique » en écriture claire de la plus plaisante disparate.
Frappé à l'extrême de la grandiose tradition, de la noble prodigalité des institutions universitaires anglaises, des généreux loisirs qu'elles créent à leurs felion^s, le poète combine les moyens d'instaurer des majorats similaires, en France.
La réédition des classiques, des œuvres chues au domaine public, entraînerait une prélibation pécuniaire perçue par l'État, au profit des artistes débutants, dénués, etc.
Un tel projet livrerait aux politiciens la régie du patrimoine intellectuel du pays ; quoique indirecte, l'influence gouvernementale sévirait, s'imposerait à la librairie, par le fisc; aux écrivains, par l'attribution* ou le refus de subsides. Si l'Académie administrait ce budget des dotations, ce serait, certes, avec probité et scrupule; mais quelles catégories triées de gens de lettres solliciteraient davantage, et fructueusement! sa munificence?...
ARNOLD GOFFIN
Aux prochains numéros : En Route, par J.-K. Huysmans (Tresse et Stock). — Sur deux nomarques des lettres. Les Raisons de Pascalin, par Léon Riotor (la Plume et le Mercure de France^ Paris), etc., etc.
CHRONIQUE ARTISTIQUE
Exposition de la Libre Esthétique.
|t maintenant la Libre (oh! combien) Esthétique. Quand on a fait un rapide tour des salles, cette pensée voiis assaille désespérément : que d'année en année les artistes paraissent se détourner de plus en plus du Beau et négliger sans retour (hélas ! c'est à craindre) la forme et la couleur idéales. Il est certain que toute œuvre dont la tendance primordiale n'est pas d'atteindre au Beau dans la pensée et dans la couleur ou le dessin, ne peut pas être une œuvre d'art. Vous n'en êtes plus j'espère, Messieurs les esthètes, à vous pâmer devant de roublardes pochades d'atelier, jouant l'incohérence sincère. Car ceux qui ne savaient pas ont pu deviner enfin que rien n'est plus aisé que d'être bizarre ou indéchiffrable et que ce sont là des « ficelles » qui, trop souvent, voilent une complète absence de métier ou de rêve. Il y en a vraiment trop de ces gens qui, pour avoir le droit d'être nuls avec suffisance, se sont taillé eux-mêmes la réputation de l'artiste fou.
Heureusement, il n'y a pas que ceux-là. Ses organisateurs paraissent avoir compris l'insuffisant intérêt que c'eût été. Il y a de vrais et purs artistes qui ont encore la préoccupation d'un grand idéal d'art. Tels le superbe et écrasant Meunier, le sombre Mellery, Wats, Rousseau, Vallgren. De charmants dessins alors : Water Crâne, naguère délaissé, Reynolds Stephens, Housman, Gaskin, Vallotton, Lepère, et en art appliqué plusieurs s'imposent.
Tout d'abord hommage à Constantin Meunier qui, par cet ensemble de ses œuvres, se montre un des plus grands Belges qui soient et dont la puissance grandiose confine au génie. La Glorification du travail^ ce basrelief où un souvenir de l'antiquité semble être venu ennoblir des formes que tant d'autres ont si souvent avilies de leur réalisme mesquin, — je me sou- .viens combien au Champ-de-Mars il s'isolait dans sa pureté noble, — ses dessins aussi sont d'une poignante mélancolie si bellement exprimée. La Glèbe, alors Puddleurs, Débardeur, le Père Damien, il faudrait les dire toutes, souffrances, bontés, pitiés, animées d'un souffle de géant.
Mellery est bien ici le rêveur d'effroi qui s'était déjà montré dans des séries de dessins antérieurs. Ces toiles donnent le frisson; il doit y avoir quelque crime qui se débat sourdement dans cette maison au fond du Jardinet lugubre de banlieue; Mellery a su tirer, de coins familiers et banals, par des moyens tout simples, de fort intenses émotions : Voyez les deux portes ouvertes, le corridor à la lumière cachée, le béguinage. Sa couleur grise et noire est fort belle.
(1) Cette chronique devait paraître dans notre numéro de mars. L'encombrement nous .a forcé de la retarder. (n. d. l. h.)
Le portrait de Lady Garvagh est digne du grand maître qu'est Watts : d'un curieux raffinement de ton et d'une haute distinction, il est original de mise en toile et la tête merveilleusement peinte est très fraîche et très riche; de Watts aussi le portrait de Rossetti, moins parfait, malgré l'unité de la couleur sourde mais les yeux tout en doux rêves attirent irrésistiblement nos regards.
Promenons-nous maintement au hasard; les salles nous ofifrent de bizarres contrastes et même parfois d'intéressantes œuvres toutes honteuses de leurs voisines.
H. De Groux : Si c'est de la tapisserie c'est parfait, car sa couleur et ces fleurs multiples un peu bouche-trous ne peuvent guère constituer une œuvre définitive. Heureusement nous vîmes ces jours derniers des lithographies du même peintre d'une autre poussée d'art qui sont bien, croyons-nous, l'expression de ce curieux tempérament. Voici de Lerolle une femme nue iqui s'apprête à prendre un bain dans un tout petit bassin... A part cela très banale. Un intérieur charmant de Stremel et des essais d'outremer de von Hoffmann. Par contre, pas loin, trois Thaulow très savoureux. R. Picard a peint quelques fleurs attirantes flanquées, hélas, de trois ou quatre mètres de fadeurs sirupeuses. Degouve de Nuncques : Une belle toile, La Barque et les Anges de la nuit parmi lesquels un portrait inattendu. Laermans : toujours un peu plus que de la caricature et un peu moins que de l'art. Quelques pointillistes qui, depuis dix ans, eux et les leurs, n'ont pas avancé d'un pas et nous montrent l'éternel chemin avec les rtiêmes ombres et les mêmes feuilles d'arbres, tels Pissarro (les). Van den Eekhoudt, A. Boch. E. Claus : un faux « pointilleux » quia des harmonies délicieuses. Heymans, naguère intéressant, expose trois tableaux fades et mous : Pendant le salut des âmeSj impression diffuse et facile; une rentrée de moutons en coton; berger en coton, bergerie en coton ; puis, dilué et proprement fait, le Ruisseau tle Frédéric moins les enfants.
Guillaumin, M. Denis, H.-E. Cross, Moulijn sont des exposants indiscutablement très gais. Paul Du Bois : Une veilleuse de fort mauvais goût et quelques petits étains plutôt gnangnan. Rousseau, toujours d'un métier très Serré, atteint ici encore des puretés de formes vraiment belles. L. Frédéric : Tout est mort. L'exécution de ce tableau est remarquable mais hélas la composition mal conçue, n'est pas grande et ne fait aucune impression. C'est un enchevêtrement de cadavres, un tour de force un peu allemand et voilà. Le féroce De G. l'a joliment baptisé : Triptyque... à la mode de Caen.
Un retour de Vogels avec une Inondation qui est un extraordinaire morceau de couleur. Craco : décoration pour manche à balai, intitulée : Jéva. Baertsoen a vu Thaulow, de loin.
J'allais passer'cette lugubre chambre d'artisan! Comme je le plains, le pauvre artisan ! D'abord on égaie ses murs des plus navrantes reproductions de sa misère sociale : un paveur affalé parmi ses pierres ; puis, le traditionnel « collier de misère /) ; enfin, il y a pour le comfort des meubles froids à pans coupés, à angles durs, d'où pendent lamentablement des rideaux de
— igrS —
cretonne bleue avec application de toile blanche et verte, à faire hurler. En somme, chambre de suicide pour artisan.
Enfin une vraie foire d'art appliqué. Il y en a pour tous les usages. Cependant voici les verreries de Daum frères, pures merveilles. Les tasses de Thesmar, d'une grande richesse; et de fort beaux livres reliés avec un art exquis. Les éternels Dalpayrat, Delaherche et Virginal, jolis mais déjà presque vieux.
Une belle œuvre que j'allais omettre : La petite armoire (usage mystérieux?) du comte Edmond de Polignac.
Et voilà ce que produisent en plus de sept cents numéros les cent vingt invités de la Libre Esthétique.
Kalophile
Pour quelques bons amis
Quels cris ! On jacasse, on cacarde.
On glousse, on jabote, on piaille !
Dinde, pintade, cane, outarde.
Ah! quel émoi dans la volaille!
Je crois que j'ai troublé les joies D'une basse-cour un peu Jolie, Chers amis, j'entends bien les oies Mais où donc est le Capitole?
il)
Ethelred Vazy
(i) Dédié ad libitum à quelques oiseaux du Réveil de Gand, de Stella, dtVArt en nourrice, etc., etc.
MEMENTO
Dans le Mercure de France du mois d'avril, deux charmants petits poèmes de M. Albert Samàin : Mélene et Myrtale et Palémone, Nous reproduisons le dernier :
MTJLTALB ET PALÉUONB Myrtale et Palémone, .eçCanti dbctt ans boDKB,
Se pounuiveot dans l'herbe épaîaso det wx^ ê sê^
Et font fnir devant eux, en de bruyantet joies,
La file solennelle et stupide des oies.
Or, Myrtale a vaincu Falémone en ses jeux ;
Comme elle se débat, folle, en ses bras fougueux.
Il frémit de sentir, sous les toiles légères.
Palpiter tout à coup des formes étrangères,
Et la double rondeur gracile des seins nus
Jaillit comme un beau fruit, sous ses doigts ingénus.
Le jeu cesse... Un mystère en son cœur vient d'éclore;
Et, grave, il les caresse et les caresse encore.
Dans la barraque du Réveil de Gand, M. Emile Verhaeren exhibe un étalon-phénomène, qui a une crête ! et qui marche sur les jarrets ! 1 1
Le vaste étalon noir fougueusement cré^
O'ébène et de soleil
Et des jarrets de fer Cassent sous eux le sol aussi dur que l'hiver. (B. Ve&babrem : En FUmdrê,)
M. Henri Van de Putte et M. Toisoul, les hommes-sandwiches de M. Verhaeren, promèneront dans la ville une belle réclame en zinc. On fait le boniment de 2 à 4 heures, dans les bureaux de Stella fusionnée (l'Art jeune).
Dans la Plume du i*' avril M. Vielé- Griffin publie un article élogieux pour M. Verhaeren. Au cours de cet article M. Vielé-Griffin assure que la Jeune Belgique est une ce revue désormais dogmatique, envieuse et négligeable ».
M. Vielé-Griffin ne nous aime pas; c*est •son droit. Il -nous témoigne sa méchante humeur, peu nous chaut. Mais où a-t-il pris que nous soyons envieux 7 Nous sommes-
nous jamais avisés d'attribuer à l'envie les idées littéraires de M. Vielé-GriflBn ou les mots désobligeants qu'il nous a parfois adressés? Si M. Vielé-Griffin, qui ne nous connaît point, nous a mesurés à son aune, la mesure est médiocre. Voilà tout.
lHt»\tLJhre- Journal lA. F. Ruty informe le public qu'il « hfttc la coagulation des béotiens ». Il fait aussi Tékige du dernier livre de M. Maubel, Ames deeouieur.
Dans la Jeune Belgique de février Fun de nous écrivait : « Je prévois aisément les criailleries que me vaudra ma franchise; toutes les oies belges vont essayer de sauver leur Capitole. »
Ça -commence. Les oies syndiquées du Réveil de Gand, de Stella fusionnée (l'Art jeune) et de quelques autres basses-cours poussent des cancans indignés sur leur petite butte. A chacun sa musique, disait déjà Orphée en passant devant les gueules du chien Cerbère.
Revue des revues. — Voici quelques lignes de M. Th. de Wyzewa dans la Revue des DeuX'Mondes, qui intéresseront vivement ceux de nos lecteurs qui se rappellent encore les débuts d'Hélène Swarth dans la Jeune Belgique, il y a une dizaine d'années.
De tous les auteurs hollandais contemporains, les plus connus, les plus admirés sont des poètes : et ce sont en effet les plus remarquables.
Ce sont aussi, malheureusement, les plus difficiles à faire connaître en dehors d^ leur pays. Ni M. Gorier, ni M. Kloos, n M. F. van Eeden, ne peuvent - espérer d< voir jamais leurs poèmes appréciés che:
nous. Mais je voudrais au moins dire quel-
ques mots d'une jeune femme qui les dépasse encore en rénommée, et qui est assurément, à Fheure présente, la figure la plus curieuse de la littérature hollandaise.
Elfe s'appelait jusqu'au printemps passé MU«. Hélène Swarth, et c'est sous ce nom qu'elle a publié ses premiers recueils. Elle porte aujourd'hui un autre nom , ayant épousé M. Lapidoth, un critique d'art connu surtout pour ses études sur les peintres et graveurs français. Mais depuis de longues années déjà elle a senti, et traduit dans ses vers, la tragique puissance de l'amour.
Toute son œuvre n'est, à dire vrai, qu'un chant d'amour ; mais un chant magnifique, éclatant de passion, avec une incomparable richesse d'harmonies et de nuances. D'instinct et sans tracé d'effort, M«« Swarth- Lapidotb est parvenue à un très haut degré de maîtrise poétique. Ses sonnets ont une pureté de lignes, une noblesse d'allures, une aisance et une élégance que leur envieraient les plus impeccables de nos parnassiens. Et sous cette forme toute classique, on sent battre un cœur de femme frémissant de passion. Mais on dirait que la passion, dès (}u'elle pénètre dans ce cœur, y revêt aussitôt un somptueux appareil d'images poétiaues; et la plupart des sonnets de M»« Lapidoth ne sont ainsi que le développement suivf d'un symbole, exprimant un ordre déterminé de sentiments ou d'idées.
— Stella : Détachons pour ta postérité ce vers d'Arthur Toisoul :
Ta, je me sens poète et j'en pleure de joie.
Comme un Viau, sans doute.
/ — Magasin littéraire ;.Un poète pour petits et grands. — Walter Crâne, par W. RiUer.
^.La Revue blanche : L'émotion de pensée, par P. Adam.
-^ La Revue générale : On portrait de Renan, par Henry Bordeauii et Revue littéraire de Eug. Gilbert.
— Ifurendal : Poésies de Thomas Brâun.
•^ Léon Bloy le misérable, par Pol Demade.
Très étonnant, le numéro de mars du Mercure de France. D'abord, un joyeux fumiste» M. Francis Jammes, auteur de cette mirifique Dédicace future :
i Mallanné, cea choses en vieilles roses.
Cooime nn petit co'rdonnier vert, je les ai faites. > sont de beaux souliers pour nn beau jour de flHe lationale, que je te donne sans pose.
Que le poète souffre!..'. Oui, mais il fiait son devoir. Les imbéciles riront devant oeoi« Le poète est un vieux cheval cassé qui entend et
[attend, le soir, en vomissant, des putains qui rient et ne l'ont {as
[compris.
Pendant que la pluie tombe, près d*un sale restaurant, le vieux cheval tremble. Il tient diffidlemeait son ventre maigre sur ses jambes aminés et an
[resteuaot les gens en chair de haricot cuit sent importants.
Mais, un jour, ils mourront tous; mais le cheval,
[la roBse
qui était le poète et qui attendait les putains,
aura, dans ses yeux mourants, le reflet rose du matin
mouillé oh il sera mort, comme les bouches des
[cniknts et les roses.
Et ceux qui n'auront pas fait attention à lui, qui l'auront laissé mourir plat devant la porte grasse, ils mourront dedans, près d'un sale feu qui luit^ d'un caleçon et d'une fille en crasse.
A cet art là; M. Paterne Berrichon h*a rien à envier ; il publie trois sonnets' d'un magistral turlututu, dont voici le plus beau :
ORCHESTRE Tu pleureras, décuple orgueil des doigts adroits. Inaérant l'impudeur de leur caprice au ventre. Ce dont meurt incarnat l'aime lys de cet antre Dès qu'a claqué le fouet d'Eros poussant ses droits.
An piano des aines d'or vibrant en centre Si d'argent un giron larmoie auquel tu crois. Et qu'étouffe, étranglé par les sanglots qu'il rentre. Le jeune icoglan vainqueur des jeunes rois ;
Accompagnés des violons du psychopompe.
Par les deux de Lesbos, vos brefs chagrins d'estompc,
Proche Sodome mauve iront, en noirs flocons,
Sourdiner la rousseur des éclats mal prolixes Du trombone inspiré d'Antinous abscons Bramant un rire, de sa langue aux seuls préfixes.
La prose n'est pas moins ébourifFantê que la « polésie ». M. Alfred jarry exhibé un « acte héraldique », faisant partie d'un drame intitulé César Antéchrist. La scène première est indiquée : a dé sable à un roi d or »; la scène II, ce de sable à une licorne .-passante d'argent » et ainsi de suite. Voici, au complet, les deux dernières scènes :