lire
Le dernier fut placé tout entier en Italie, et tous sans aucun jeu d'écriture, comme a fait l'Allemagne.
On s'en rend compte d'ailleurs en mettant en regard les souscriptions et les dépôts du public dans les trois principales banques de crédit :
GNditt Italiu» Bun CMUHniilt Biim, 6 S««l«
Dépôts à la fin de
1914 429.669.689 671.343.567 255.978.191 Souscriptions aux
2emprunUde 207.541.000 224.207.000 113.756.000 Pépôts à la fin de
1915 550.370.295 673.694.060 354.726.978 Souscriptions au
é^* Emprunt de 430.090.000 436.515.000 208.000.000
Dépôts à la fin de
1916 1.017.870.1481.125.651.066 685.221.578 Souscriptions au
4«« Emprunt de 602.169.000 545.773.000 387.411.000
Dépôts à la fin d'Avril 1917 1.168.800.165 1.346.114.701 802.155.570
Total des souscriptions 1.239.790.000 1.206.495.000 700.167.000
Augmentation des dépôts fin Avril +739.130.476+674.771.184+546.177.379 1917 sur 1914
Il résulte de ces chiffres que les souscriptions aux emprunts de guerre ont été réalisées sans entamer les dépôts qui, même, ont augmenté de deux milliards à peu près, de la fin de 1914 au 30 avril 1917. De même dans les caisses de prévoyance, d'épargne, postales, coopératives et rurales où l'épargne qui atteignait, en décembre 1913, sept milliards et demi, dépasse
huit milliards à la fin du premier semestre 1917. C'est bien "avec l'argent en circulatianque les emprunts ont été souscrits.
L'émission du papier monnaie, pour sa part aussi, est restée inférieure à celle des autres nations. De juillet 1914 à avril 1917, la Banca d'Italia — qui est la Banque de France de nos alliés — n'a augmenté sa circulation que de trois milliards, dont la moitié fut avancée au Trésor pour l'approvisionnement en blé et en charbon. Or, on a vu la circulation bancaire passer d'un milliard et demi à dix en Russie, de six à dix-huit milliards et demi en France, de deux à.huit milliards de marcks en Allemagne, huit milliards auxquels il faut ajouter la circulation spéciale des caisses pour prêts de guerre, et qui monte à quelques milliards.
Enfin, il faut ajouter les Bons du Trésor quinquennaux et ordinaires : près de trois milliards au 30 avril 1917; les Bons pour fournitures militaires : quatre cent soixantedouze millions; les billets à ordre : six cent dix-sept millions; les billets d'État : huitèent millions.
Le seul point noir est le change. Un AiilKard d'encaisse a brusquement manqué, prodiiit
auparavant moitié par léB envois des énugrants, moitié par T apport des touristes. Les exportations en Allemagne âe sont arrêtées, les importations ont augmenté et ont renchéri, principalement le blé et le charbon ; ce dernier a sextuplé de prix et même décuplé. Il suffit d'indiquer ces causes pour qu'on se rende compte que, après la guerre, un cours normal reprendra.
Ce résumé serait incomplet s'il ne comprenait pas un abrégé, tout au moins^, de la situation agricole. Quelques mots suffiront.
Avant la guerre, l'Italie exportait en Allemagne la plus grande partie de son excédent agricole. Le dernier chiffre que l'on possède est celui de- 1912 : trois cent quarante-huit millions de lire. La guerre a donc frappé le paysan italien au vif même de son existence, car elle supprimait, non seulement ce profit, mais encore l'espoir de l'augmenter, étant donné le blocus de l'Allemagne. Personne ne protesta, pas même en Sicile ni dans les Fouilles, les plus frappées. On se débrouilla, et la crise fut
iU.-
surmontée. La main-d'œuvre, cependant, se faisait de plus en plus rare. Grâc^ au système d'appel des classes, système consistant à ne convoquer ceHes-ci qu'au fur et à mesure des besoins, au lieu de les appeler toutes ensemble, comme en France, les premières saisons passèrent sans trop d'accrocs. Peu à peu, cependant', les campagnes se vident. Et ce sont désormais les femmes et les enfants qui cultivent les champs. Ils sèment et labourent, soufrent la vigne, fauchent l'herbe, dirigent la ferme, et maintiennent ainsi la récolte à peu près au niveau habituel.
En temps normal, l'importation du blé monte environ à vingt millions de quintaux. Eii dépit du déficit de la main-d'œuvre, cette importation a peu augmenté, en dépit aussi d'une consommation plus grande : les soldats du front doivent recevoir trop pour être sûrs d'avoir assez. Il y a eu, en revanche, hausse des prix qui sont montés, selon les villes, de 36% à 73%, sur le lait, les haricots secs, à cause de la fermeture des marchés roumains et russes, et la viande.
L'Italie, avant la guerre, possédait plus de six millions de bêtes à cornes, deux millions de
cochons, onze millions de moutons, trois millions de chèvres, un million de chevaux et un million deux cent mille ânes et mulets. On n'a pas encore fait le compté de ce qui a dû être sacrifié pour Tarmée.
L'État n*a pas manqué d'^établîr des restrictions qui portent sur le sùCre, le papier, les menus de restaurant, la fabrication des « dolci » (bonbons, gâteaux, etc.), le gaz et lé charbon, le pétrole, Téclairage des rues. El les usiniers ont augmenté les salaires. D'une enquête faite par la Chambre de commercé de Brescia, Tun des centres industriels les plus importants de la Loinbardie, il résulte que, en 1915 et 1916, les salaires ont augmenté de 97 ,25 ®/o. Milan a souscrit des dizaines de millions pour aider les familles dé mobilisés et soulager les classes pauvres.
Jetons, alors, un regard d'ensemble sur la progression de la richesse nationale italienne pendant les cinquante premières années de l'unité, de 1860 à 1910. Le rendement agricole a passé de un milliard sept cent
soixante millions à sept milliards. L'industrie qui, il y a trente ans, existait à peine, compte actuellement 243.926 établissements produisant pour une valeur de quelques milliards.
Les sociétés industrielles et commerciales sont montées de 377 à 2.260, tandis que leur capital a monté de un milliard et demi à cinq. 4.500 sociétés coopératives ont été fondées.
Le commerce avec l'étranger qui était de un milliard et demi a passé à huit milliards.
En 1862, la marine marchande comptait 57 vapeurs jaugeant 10.228 tonneaux. En 1913 :
931 navires jaugeant 876.885 tonneaux. Les chemins de fer sont passés de 2.198 kilomètres à 17.644, les lignes télégraphiques de 8.000 kilomères à 52.000. Les banques sont aujourd'hui au nombre de 177, réunissant un capital d'un milliard. On compte 692 coopératives avec deux cent millions de capital versé. Les banquer d'épargne ont un capital de trois milliards deux cent cinquante quatre millions, sans parler des crédits agraires, fonciers, etc. Les dépôts, enfin, dans les caisses d'épargne et dans les banques montent à plus de huit milliards. En un mot, la richesse italienne qui montait à trente-cinq milliards en 1860, atteignait en
1890 cinquante milliards, en 1900 soixante et un. Elle est évaluée aujourd'hui à cent.
Voilà le fait dans son ensemble et dans quelr ques-uns de ses détails dont le moins important n'est pas de voir la guerre n'amener aucune régression. En cinquante ans, l'Italie unifiée a travaillé et a triplé sa fortune. Aujourd'hui, elle la préserve au milieu du cataclysme général, et sans épargner rien, ce qu'on voit aux fronts le prouve, pour la cause des Alliés. Il y a, dans ce peuple, une énergie, une volonté, une force , productive que l'Allemagne seule, peut-être, a su deviner en Europe. L'Allemagne a voulu les exploiter à son profit, et elle y parvenait.
La guerre a appris à l'Italie où on la conduisait. Elle s'est réveillée, et nous la voyons aujourd'hui bien résolue à ne plus se laisser faire par quiconque. L'Italie se trouvera après la guerre non seulement bien résolue à ne plus dépendre économiquement de personne, mais aussi capable de rivaliser à égalité avec toute autre nation de premier rang. Un pays qui a travaillé de la façon qu'on vient de voir, ce serait une faute impardonnable de le considérer comme un pays de second rang. L'Italie
n'est pas ou a'es^ plus TËspagne. Elle vaut toute autre de premier ordre, il faut s'en bien convaincre. Elle est épargneuse autant que travailleuse — et la sobriété de ses enfants n'est^ pas le moindre facteur de sa richesse future, de même que sa prolificité.