‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 11 sur 369 · LA RÉVISION RECEVEUR · texte numérisé non relu

LA RÉVISION RECEVEUR

rent, l'esprit est semblable. Le chanoine de Dijon, bachelier en Théologie de la Sorbonne, n'avait pas été moins préoccupé que l'oratorien d'abattre «les athées, déistes, hérétiques, et autres ennemis de UEglise ». C'est dire qu’en dépit de ses bonnes intentions (10), son ouvrage était, au XIX* siècle, suranné autant que la Philosophie de Lyon, et peut-être plus. Car il touchait à des questions de droit public, où l'ère révolutionnaire, notamment par le Concordat, avait apporté des modifications profondes.

Aussi le besoin d’une révision s'était-il fait sentir, non seulement sur ces derniers points, mais afin de détruire, à l’aide « d’éclaircissements» appropriés, les «nouvelles erreurs enfantées par la licence du philosophisme et les combinaisons de l'hérésie ». Cette lâche incomba à l'abbé Receveur (11), que l'abbé Gerbet aida pour les deux premiers. Traités. Le résultat de cette collaboration parut en 1824. Il ne satisfaisait pas même les éditeurs. Les notes qu'on s'était borné à mettre au bas des pages étaient «encore loin de rendre l'ouvrage parfait; il eût fallu. le retoucher presque en entier», Un remaniement s'imposailt.

11 ne semble pourtant pas que l'abbé Receveur, en prenant le travail en mains, soit allé bien loin dans cette voie. Même pour mettre en harmonie avec la législation actuelle les Traités « de la Justice », « des Contrats »,« des Lois » et « du Mariage », il ne refondit que les Ueux premiers, se contentant d'insérer dans les autres des notes étendues. C'est aussi par addition qu’il procéda pour les Traités « de la Religion » et « de l'Fglise »: il y ajouta seulement « sur les questions principales des développements réclamés depuis longtemps, et qui Wevenaient chaque jour plus nécessaires » (12). Ces notes, qui comprennent beaucoup de citations, sont en français, Mais ce renouvellement de la Théologie restait tout extérieur. Et les défauts qu'on avait reprochés à Bailly : vague, lacunes, contradictions, voire inexactitudes, n'étaient point expurgés de l'ouvrage, tel qu’il fut publié en 1830.

Les responsables n'en furent pas beaucoup plus fiers que de l'édition précédente, mais ils s’en tinrent là. Désormais, il n’y eut plus que des réimpressions: c’est à l’une d'elles (tirage de 1835) qu’appartient l’exemplaire en quatre volumes que Renan acquit d'occasion, en octobre 1843, au prix de huit francs.

ÉRSE E A

(10). 11 dit, dans la Préface qu’il adresse à son évêque, qu'il s'était proposé d’élaguer les questions oiseuses, de combattre le relâchement des casuistes, etc... Sur sa personne, cf. Biographie Michaud, t. IT, p. 648.

(11) Né en 1800, cet ecclésiastique était franc-comtois : on trouve des détails assez curieux sur lui dans tel livre relatif à Jouffroy, et dans le Journal de Gh. Weiss, qu'il accompagnait à l’Arsenal chez Nodier. Sous la Restauration, il fut employé au Minisère des Affaires Ecclésiastiques. Il professa ensuite à la. Sorbonne : à la Faculté de Théologie, dont il devint Doyen en 1850. Outre la révision de Bailly, il fit une édition de la Théologie morale de Liguori (1832), et une Histoire de l'Eglise (à partir de 1840), à laquelle les Sulpiciens renvoyaient parfois. (cf. infra 363), mais qui n'était, selon

eiss, que de la « littérature industrielle ». Of. la Revue des Questions historiques, t.XLVII, 1912, qui contient un article de l'abbé Boiteux sur Receveur (pp. 136-164).

(12) Theologia, ete., 1824, 1830, Avertissement, t. I. p. I-II.

Il ne paraît pas l'avoir étudié très assidûment. Quelle difference avec sa Philosophie de Lyon, si usagée ! Ici la reliure, qui semble dater de l’époque, n’est nullement fatiguée ; pas de macule sur les pages : dans les marges, pas d’annotations : à peine une ou deux corrections (13), et quelques traits au crayon d'origine inconnue, De toute évidence, si Renan apprit la Théologie à Saint-Sulpice, ce fut surtout de la bouche des Sulpiciens.

Cependant le manuel de Bailly ne saurait être négligé tout à fait. On pouvait être d'accord, autour de Renan, sur son « imperfection immense» (14): on n’en continuait pas moins à le faire acheter et à y renvoyer. Depuis qu'il existait, les Cahiers de Cours s'étaient précisément constitués pour le compléter et le rectifier. Fallait-il don: les transformer eux aussi ? En attendant qu'on s'y mît sérieusement, l'ensemble classique survivait au besoin général de rénovation, comme aux directives que M. Affre, qui le ressentait plus que personne, avait tracées pour la modernisation de l’enseignement théologique.

IT

Que Renan, dans ces conditions, ait lui-même fait des réserves sur cet enseignement, on n'en saurait être surpris. Il s'agit seulemeni de voir si ses critiques, malgré tout, ne révèlent pas un état d'esprit personnel. Malheureusement certaines manquent de clarté, parce qu'on ne sait pas toujours ce qu’elles visent exactement dans la Théologie.

On n'est pas même très sûr de ce qu'il en connaissait, lorsqu'au bout de six semaines il énonça son opinion. Sans doute la lettre du 18 novembre renseigne suffisamment sur l'étude de la Morale: la classe avait à parcourir «les traités généraux, savoir : Actes humains, Lois, Conscience, Péchés, et le commencement du Décalogue » (c’està-dire, selon Bailly, le précepte du culte à rendre au seul Dieu, par la foi, l'espérance et la charité) (15). Mais en Dogmatique, par quoi débutait-on ?

Ce n'était point par les deux premiers Traités sur Dieu : ils furent laissés de côté. Prit-on le Traité de la Religion, ou les Prolé= gomènes ? Théoriquement, ceux-ci auraient dû venir d'abord; ils ouvrent le manuel de Bailly (16). Une phrase de Renan pourrait s'interpréter comme si l'on n'avait pas encore, au 18 novembre, abordé le Traité de la Religion. Mais ce dire s'explique sans doute autrement (17), et une Note, plus décisive, semble bien établir au contraire que

(13) Cf. infra 293 n. 5.

(14) Lettre à Liart du 29 mars 1844. Bien qu'il s'agisse, dans le contexte, du Dogme et notamment des Traités « de la Religion » et « de l'Eglise », la critique ne semble pas restreinte aux parties correspondantes de la T'heologia. —- Cf. L. du Sém., DA 232 ; Fr. Int., 244, 255 ; L. Int., 151 ; Souv. d'Enf. et de Jeun.. 247-248.

(15) VII, 190. — Cf. infra Livre second, chapitre II.

. (6) Ceci, à vrai dire, est peu probant. L'ordre des matières, dans Bailly, est parfois PRBER C’est ainsi que le Traité de l'Eglise y suit celui qui a pour sujet l’Incarnation.

(17) « Nous devons voir. les. traités de la Religion, ete. ». Mais Renan veut probablement parler du programme de l’année.

Page 1