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AVERSION POUR LE MINISTÈRE PAROISSIAL

un cercle peu nombreux, mais présidé par l'amitié..». Non qu'à de certains moments il ne sente avec amertume la vanité des «rêves ». Mais, lors même qu'il renonce à regarder aussi loin, il s'en dédommage en caressant un espoir qui «depuis longtemps», écrit-il le 16 avril, «a élé.…. un élément de tous [ses] projets ». Lequel donc ? Aller, au bout de trois ou quatre ans, s’ « ensevelir quelque temps au fond de [sa] Bretagne avec [sa] mère ». Rêve aussi, celui-là, mais pourtant réalisable, si Henriette. (12).

Telles sont les perspectives du jeune clerc: retrouver, d'une façon ou de l’autre, tôt ou tard, cette vie de famille pour laquelle il est né. Reste à voir quelle part il fait à l'Eglise.

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En ces premiers mois de 1844, Renan paraît plus fermement décidé que jamais à entrer dans la carrière ecclésiastique. Non que ses travaux fournissent à son esprit des raisons nouvelles de se ratlacher au catholicisme, mais ils ne produisent pas non plus l'effet contraire, du moins dans des conditions susceptibles d'entraîner une rupture immédiate. Au contraire, ce que l'élève de MM. Philpin et Le Hir aperçoit de mieux en mieux, c'est l'immensité de l'enquête qu'il a entreprise. L'essentiel est donc de s'assurer les moyens matériels de la mener à bien, et c’est justement ce qu'il trouvera dans et par l'Eglise.

Il a, én effet, obtenu un résultat capital : ses directeurs partagent maintenant l'opinion très arrêtée qu'il s’est formée lui-même sur ses dispositions, et sur le meilleur emploi de ses facultés. Or, qu'Henriette en soit bien persuadée, ce que les Sulpiciens pensent d’un séminariste a «la plus décisive influence » sur son avenir. A force d'entendre «son tonsuré » lui exprimer «la crainte qu’on ne [l’] applique à des fonctions peu en harmonie avec ses goûts », M. Baudier a compris qu'il fallait, pour gagner ce brillant sujet, lui donner certaines garanties. Renan est done fondé à croire qu'il évitera le «ministère ordinaire», celui des paroisses, à l'égard duquel il a toujours senti la plus vive aversion (13) : contrainte de l'autorité, monotonie liturgique, occupations fastidieuses, éparpillement mondain, tout lui en était profondément antipathique. Un autre — un Dupanloup, par exemple — n'aurait pas appartenu à cette « paroisse du Luxembourg et [d’]une grande partie du Faubourg Saint-Germain », sans désirer d'y évoluer un jour, brillant prédicateur, confesseur recherché. Le catéchiste breton ne regarde pas de ce côté : et s’il s'en détourne, ce n’est pas, ou ce n'est guère, par crainte d’une désaffection de la société. L’anticléricalisme, après tout, entame peu les hautes sphères. Non seulement les légitimistes, mais des Pairs, des

(12) Renan se garde de rien demander positivement. Il souligne au contraire que sa pauvreté le retient d’ « oser entrevoir la réalisalion de ce dernier point, etc. » (L. L., 168). Discrèle manière de sonder les intentions de la grande sœur, qui ne s'y trompera

pas. — L. du Sém., 234-235; L. Int., 159-162, 168-169, 171-173, 176; Fr. Int. et Rom., 253-255, 257-258.

(13) Ci. déjà dans notre Renan, 39, ce qu’il en avait dit à M. Gosselin.

Ministres de Louis-Philippe s’agenouillent devant les autels. Les catholiques se félicitaient trop alors du «retour à la religion » d’une partie de la bourgeoisie, pour que Renan n’en eût pas eu des échos. Et l’on ne devait pas ignorer autour de lui la bienveillance plus ou moins déclarée du gouvernement et de la famille royale pour le clergé, surtout depuis que la mort du duc d'Orléans avait assombri les perspectives de la dynastie.

Si de telles considérations ont pu, dans une certaine mesure, rassurer Renan sur sa future sauvegarde, leur influence n’en est pas moins demeurée très secondaire. Un petit fait personnel l’impressionna sans doute davantage, en lui donnant lieu de bénéficier de son privilège de clere. Ses vingt-et-un ans accomplis l’exposaient au service militaire. Mais l'article 14 de la loi du 29 mars 1832 dispensait du tirage au sort « les élèves des grands séminaires, régulièrement autorisés à continuer leurs études ecclésiastiques », à charge pour eux de justifier leur cas «au moyen d’un certificat délivré par l’évêque, et signé avec approbation par le maire de la Commune du réclamant », C’est cette pièce dont le séminariste «grossit», en vue de la seconde formalité, sa lettre du 8 mars (14) ; en priant Mme Renan d’«en faire l'usage convenable », il parlait en badinant de cette «pièce essentielle qui devait l’exempter de la glorieuse milice». Et sur le même ton: «Je ne doute pas que, connaissant mes goûts belliqueux, vous n'ayez grand regret de priver l'Etat d'un serviteur comme moi. Aux autres les lauriers, pour moi, je me cache. L'important, c'est d'en être quitte à si bon marché ». Précieuse dispense, qui nous valut tant de chefsd'œuvre ! Car on n'a pas oublié cette phrase des Souvenirs : «Je n’aurais pu être soldat; j'aurais déserté ou je me serais suicidé» (15). Précieuse loi de 1832, que Renan regrettait encore sous la Troisième République, puisqu'il ajoutait: «Je crains que les nouvelles institutions militaires, n’admettant ni exception ni équivalent, n'amènent um affreux abaissement » |!

Ayant, quant à lui, échappé au «port d'armes», aucun devoir civique ne menaçant désormais ses études, il avait l'esprit libre pour s'orienter vers une place qui lui en permit la continuation. Il songea donc au professorat, bien que les auspices fussent loin alors d'être tous favorables.

Il savait, par sa sœur, que d’«épines» une personne laïque rencontrait dans l’enseignement libre. Mais n'en était-il pas de même pour les ecclésiastiques ? La furieuse lutte qui se poursuivait entre l'Eglise et l'Université exacerbait les passions, en sorte qu'en cas d'échec, le clergé pouvait craindre des représailles ; d'autant plus que la majorité des Députés ne lui était pas très favorable. Le récent projet Villemain n'avait pas désarmé l'épiscopat, qui penchait au contraire à

k (14) Lo Secrétaire y avait fait une faute que Renan commentait ainsi en s'adressant à sa mère : « Vous vous y lrouverez baptisée d’un nom qui peut-être vous était inconnu ».

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