‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 129 sur 369 · LES TROIS PREMIERS COMMANDEMENTS DU DÉCALOGUE · texte numérisé non relu

LES TROIS PREMIERS COMMANDEMENTS DU DÉCALOGUE

SOMMAIRE

I. Le Cours de Morale sur le Décalogue. La For, l’acte de foi; sa certitude : son fondement : la raison le prépare et le confirme. Sa liberté et son mérite. Saint-Sulpice et Lamennais, Les «doutes contre la foi». Difficultés historiques. Nécessité de la foi: damnation des philosophes; «quiconque meurt dans l’infidélité, c’est par”sa faute». Du sens de l'expression « fides ex auditu ». — Des hérétiques, et de la conduite à tenir à leur égard. Des peines temporelles qui les ont frappés ; qu’elles sont imputables surtout aux princes. Défense de l'Inquisition. Ce que Renan en a pensé. L’Index : le droit positif ; le fidèle est censé l’ignorer. Le «droit privé. » de la France. Pp. 267-277.

IT. L’EspÉRancE et la CHarirÉ. Leurs rapports avec la foi et entre elles. Intérêt psychologique du sujet. Qu’on peut, sans égoïsme, désirer son bonheur surnaturel. S’il est permis d’en faire l’absolu sacrifice : histoire du Quiétisme, de la dispute Fénelon-Bossuet. Les Notes marquent une préférence pour le premier. En quoi pourtant il a mérité sa condamnation. Avis pratique, rassurant pour Renan, sur la condition et l'espoir du salut; théorie de l’acte de charité. L'amour du prochain. L'aumône. De l’antipathie à la haine. Si l’on pèche en désirant Ja mort d’autrui. La «correction fraternelle ». Pp. 277-284.

IT. La Rezicron ou culte de Dieu. De la Prière; nécessité, efficacifé, objet, mode. La prière publique. Son origine. Du statut des chanoines. Règles pour ie chant, pour la récitation du bréviaire, etc... ; quels accommodements elles comportent. Brève histoire de la Liturgie: de Pie V à M. de Vintimille ; jugement sur la réforme de 1736 ; gallicanisme modéré de M. fcard. Des Péchés opposés à la Religion : «vaines observances », magie, sacrilège. Pp. 284-289.

IV. Le second et le troisième Commandement. Du Serment et des «restrictions mentales » ; Renan et la théorie de l’«intention » ; du serment politique. Sur la Messe. Caractère général de ce Cours. Pp. 290-292.

Bien qu’elle lui ait donné, écrit Renan le 6 février (1), assez peu d'occupation, la Théologie est représentée, pour 1844, par des Notes abondantes. Elles permettent de suivre l’enseignement de MM. Icard et Philpin jusqu'à Pâques et même au-delà.

Au cours de Théologie morale, la classe étudiait le Traité Du Déoulogue. 11 n’en reste, dans les papiers du séminariste, que la partie concernant les trois premiers Commandements : soit que la suite ait été perdue, soit que le professeur ait, pour elle, renvoyé simplement ses élèves au Manuel de Bailly. Les Notes subsistantes se rapportent presque toutes au premier Commandement. Elles sont eu français, sauf quelques passages écrits en latin. Celles qui traitènt des vertus théologales ont été mises au net. Mais leur Rédaction est incomplète : elle s'arrête avant le paragraphe relatif à la charité envers le prochain (2).

Le premier Commandement ordonne de servir Dieu et Dieu seul. Or le culte, d'après Saint Augustin, comporte les trois vertus nommées par Saint Paul : foi, espérance, charité. Celle-ci, sans doute, n'est pas for-

(1) Vol. 11.474, f° 129 r.

(2) Vol. 11.479, fo 14-37 et 150-196 r. — Cf. Bailly, Theologia, VII, pp. 189-317.

meilement énoncée dans le Décalogue, mais il la présuppose ; et le précepte de l'amour divin se lit explicitement dans un verset du Deutéronome, que « les Juifs regardaient. réellement. comme faisant partie de ia loi, puisque N.-$S. interrogé quel était le premier commandement répond par les paroles précitées » (3).

La Foi est une « vertu théologale, surnaturellement infuse, qui incline l'esprit à croire fermement, à cause de la véracité divine, tout ce que Dieu nous a révélé, et nous propose par son Eglise ». C'est donc une disposition, une habitude, ou, pour employer le mot de Renan, une « faculté » : analogue comme telle à la puissance de raisonner qui existe chez l'enfant, ou au «principe naturel » qui le porte à aimer ses parents. Seulement, elle n'entre dans une âme que par le baptême. Le sujet peut la perdre ensuite, et par un seul péché mortel : il lui appartient alors d'obtenir de Dieu des secours spéciaux pour qu'elle lui soit infuse à nouveau.

Cette force latente attend, suivant l'expression favorite du jeune philosophe, la « cause occasionnelle » qui lui permettra de se développer, de «s'élancer en acte». C'est ce qu'on appelle «l'acte de foi», c'est-à-dire « l’adhésion surnaturelle et certaine de l'esprit aux vérités » catholiques. Lui non plus, « il ne saurait venir de nos propres forces » : la vertu du Saint-Esprit agit chaque fois en nous. Efle ne nous fait défaut que si nous avons perdu la grâce. En la recouvrant, un nouvel acte est nécessaire : non seulement, implicite (4), mais explicite sur un ou deux articles, à savoir la notion d’un Dieu rémunérateur dans l’ordre surnaturel, et peut-être celle des mystères de la Trinité el de l’Incarnation.

Voilà, dira-t-on, un symbole bien grêle. Mais par là, il est à la portée des simples et des sauvages. Or le théologien, qui vise, comme M, Icard, à donner des règles de conduite au futur confesseur, doit avoir toujours devant les yeux l'inégalité des intelligences appelées au salut. Tani pis si la théorie de l'acte de foi s'en trouve compliquée, et si l’on ne voit pas d'abord comment l'adhésion de l'ignorant ou de l'enfant peui être égale à celle du savant.

Elle l'est pourtant, du moins en certitude, puisque ce caractère dépend, selon une idée familière au séminariste, de la «persuasion subjective, considérée comme pur fait psychologique ». Or les deux sortes de forces qui persuadent sont aussi puissantes sur l’illettré que sur le docte. Souvent même les mouvements de la grâce sont plus efficaces chez le premier, où ils rencontrent moins d'obstacles : quant aux motifs extérieurs, comme « ils s'adaptent à la position de ceux à qui ils s'adressent », l'enfant qui croit d'après l'autorité de ses parents a une foi aussi sûre que s’il appréhendait directement la vérité de l’objet.

(3) Cf. I Cor., XTII, 13 ; Ex., XX, 2-14 ; Deut., VI, 5 : Matth. XXII, 37-38.

(4) L'acte de foi implicite est celui par lequel nous adhérons à toutes les vérités sans en parliculariser aucune.

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