‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 141 sur 369 · DU SERMENT POLITIQUE · texte numérisé non relu

DU SERMENT POLITIQUE

Sulpice à l'égard de la Monarchie de Juillet nous sont connues ; elles se précisaient dans cet endroit du Cours, puisqu'il fallait y décider sl est permis à un ecclésiastique de prêter serment au gouvernement de Louis-Philippe. Non, déclaraient les légitimistes, car la Charte de 1530 st «athée ». Oui, ripostait M. Icard, car si elle admet la «tolérance politique », elle ne nie point l'existence de Dieu, que supposent d’ailleurs les serments de justice, etc. Cette considération doit suffire ; mais elle n'implique « ni l'estime de l’ordre de choses, ni l'affection du cœur, ni l'approbation ».

On n'avait pas encore constaté jusque-là, chez MM. de Saint-Sulpice, tant de froide réserve. Ils croyaient avoir assez fait envers le pouvoir établi, en le reconnaissant et en s'abstenant de toute sédition. Puisque la conscience et la loi divine leur permettaient d'accepter un office, ils pensaient «assumer [du même coup] l'obligation de s'en servir pour la conservation du bien publie », sans retourner contre l'Etat les moyens qu'ils en tenaient. Mais si d’autres fomentaient une révolution, cette fidélité, si l’on ose le dire, de fonctionnaires n'était pas de celles qui y survivent. Dans ce cas, M. Icard le déclarait nettement, « toute obligation cesse, même des serments d'offices particuliers ». De quel droit, en effet, aurait-il réclamé pour Louis-Philippe, ce qu'il admettait qu'on n'eût pas fait pour Charles X (53) ? Il n'y prétendait certes pas, ni lui, ni la partie du clergé la moins défavorable à la dynastie d'Orléans. L'attitude de l'Eglise de France, en 1848, n'a rien qui puisse surprendre l'historien.

Il est encore à même de saisir, dans les Notes relatives au troisième Commandement, quelques détails auxquels les circonstances donnaient un intérêt particulier. Bien que le Sulpicien n’en soufflât mot, il n'a pas dû ignorer l’un des griefs du gouvernement contre les Jésuites. Ceux-ci possédaient, dans certaines villes, des chapelles où ils disaient la messe, où ils confessaient. Le pouvoir civil en désirait la fermeture. On comprend que M. Icard n'ait pas pris très nettement parti, entre sa préférence pour la Messe paroissiale et son respect des coutumes locales. Mais il n'a parlé qu'au passé des difficultés suscitées par les religieux (54) ; en 1844, les séculiers souffraient plus patiemment cette rivalité.

Aussi bien étaient-ce là, pour Renan, des questions peu importantes, Peut-être fut-il plus attentif à se renseigner sur la quantité de messe qu'on peut ne pas entendre : les Théologiens n'étaient pas d'accord sur le point où commence le péché, et où il devient mortel (55). De toute façon, c'était un dernier coussin mis sous le coude des

(53) Il est vrai que celui-ci n’avail pas reconnu, comme son successeur, la « volonté nalionale ». Mais l’auteur du Cours glissait sur celle distinction avantageuse aux légitimistes.

(54) « Sous l'Ancien Régime, on avait craint que les réguliers n'attirassent les fidèles, et que la foi ne s'affaiblit ».

(55) Cr. Bailly, lib. laud., VII, 305.

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pécheurs. Certes, le catholicisme de M. Icard savait s’accommoder à la faiblesse humaine : comme sa mansuétude corrigeait les rigueurs de Bailly ! A ce compte, Renan lui-même n'eût pas eu de peine à être un bon fidèle. Mais, hélas ! les devoirs de l’ecclésiastique sont d’un autre ordre ! Il est vrai qu’il a, pour compenser l’austérité de sa vie, l’honneur d’appartenir à un corps divin. Il fait partie de cette Eglise enseignante, dont le professeur de Théologie dogmatique expliquait aux séminaristes les prérogatives.

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