LE TRAITÉ DE L'ÉGLISE
SOMMAIRE
I Le Cours et la documentation supplémentaire. CoNNaissaxCE de la véritable Eglise; son institution par le Christ. Défauts de la méthode théologique. Constitution de l'Eglise; vues rapides sur son pouvoir el son chef ; ses membres. Ce qu'implique et sur quoi s'établit sa nécessité. Ses marques. Pp. 293-298.
HI. Son auroriTÉ ; du juge suprême des controverses. Contre la prétention des protestants à l'assistance surnaturelle: si et quand le fidèle peut procéder à l'examen privé. — De l'Histoire ecclésiastique. Fondement et sujet de l'infaillibilité conciliaire. Son mode d'exercice; diséussion sur le Concile de Rimini et le pape Libère. De l'Eglise dispersée; le pape Honorius ét l'affaire du Monothélisme. — Objet de l'infaillibilité (foi et mœurs, discipline, faits) ; ses bornes; que cette limitation répond à un dessein apologétique: de la condamnation de Galilée, etc. Que la liberté n’y gagne qu’en apparence. D'un Concile de Chalcédoine. Pp. 298-305.
III. APPENDICE sur les prérogatives du pape en vertu de sa primauté. Entre gallicans et ultramontains. La Déciaration de 1682. Si sa doctrine a été censurée. De l'autorité du Souverain Pontife en matière de foi: indéfectibilité ou infaillibilité? Sur Matth, XVI, 18 et Luc, XXII, 32. Si ie gallicanisme a des adeptes hors de France. Conclusion: M. Philpin ne se prononce pas, mais il recommande en tout cas la modération. — De l'autorité du Saint- Siège en matière de discipline. Le Concordat et la « Petite Eglise ». Saint-Sulpice et la « voie hiérarchique ». Subtilités théologiques. Du Paäpe et des Cvnciles généraux. Précédents contradictoires: Constance-Florence et Lyon. Le Grand Schisme du XIV® siècle. Rapprochement des ultramontains et des gallicans modérés. Pp. 305-311.
IV. Du pouvoir des papes sur le temporel des rois. Distinction du droit et du fait. Intérêt rétrospectif de la question. Voigt, Hurter et M. Gosselin. « Pouvoir indirect » ou « pouvoir: directif » ? Si le recours à un «droit public» du M. A. justifie Grégoire VII et innocent HI. Un article de $S. de Sacy. Un mot de M. Carrière, Pp. 311-314.
L'étude de cet important Traité remplit plusieurs mois : une lettre: du 11 juillet 1844 montre encore Renan préoccupé de questions qui sy rapportent. S'il mène alors une enquête personnelle, c'est que M. Philpin le satisfait moins que jamais (1). Comment s’instruire davantage ? Peut-être (mais c’est bien douteux) en lisant des auteurs recommandés (Tournély par exemple); à coup sûr, en s'adressant à d'autres Directeurs, à M. Carrière, ou plutôt à M. Le Hir, si savant en matière d'archéologie et d'exégèse.
Cette hypothèse expliquerait à peu près l'aspect du manuserit (2). L'essentiel en est une sorte de Cours, tantôt en français, tantôt en latin, où des mots, tracés d’abord abréviativement, ont été complétés. ensuite : Renan a dû l'écrire sous une dictée plus ou moins rapide, puis le revoir à tête reposée, en se reportant à Bailly, là où son pro-
fesseur l’y avait invité (3). Les Notes jetées à la marge où dans le: milieu représenteraient la documentation supplémentaire.
(1) Ci. supra 23-24.
(2) Ci. vol. 11.479, fos 55-107,
(3) Ce Manuel porte en effet certaines annotations de sa main : ainsi t. IT, p. 358, où il rectifie une fausse référence aux Actes. Voir encore ibid., 369, 355.
Celle-ci répondait, en grande partie, au désir de comprendre le plus exactement possible des versets aussi capitaux que le : « Tu es Pierre ; et sur cette pierre, etc. ». Sans l'appeler proprement jeu de mot, le Sulpicien commentait cette « mutatio nominis » à l'aide du grec et du syriaque ; il ÿ voyait une intention mystique, conformément à la conduite de Dieu qui, d'après l'Ancien Testament, à imposé uu nom nouveau aux patriarches auxquels il se liait par des promesses. Le sens d'une expression comme celle de consummatio saeculi, si fréquente chez Saint Matthieu, posait un problème non moins important. Les protestants entendent par ce siècle le premier de notre ère; en sorte que J.-C. aurait seulement prédit la ruine prochaine de Jérusalem. Mais cette explication ne tient pas devant certaines remarques, celle-ci notamment que le mot rendu par saeculum veut dire en hébreu mundus, orbis, etc. Ailleurs, la connaissance de l'antiquité offrait moins un argument qu'un éclaircissement : on n'entend pas bien le « pouvoir des clefs », si l'on ignore la valeur symbolique de leur possession, leurs dimensions, le mode de fermeture des portes chez les anciens (4).
Ainsi le Cours de Dogme lui-même procurait à Renan le moyen de s'entraîner à ces exercices philologiques auxquels il s’adonnait sous la direction du professeur d'Hébreu. Ce n'était là toutefois qu'une utilité subsidiaire. Le principal intérêt en résidait dans la partie proprement théologique. Renan assistait aux luttes que l’orthodoxie, sortie victorieuse, pensait-elle, du Traité De la Vraie Religion, Soutenait contre « les protestants et les sectes dissidentes » (5).
Ceux-là, en effet, s'opposent dès les premiers pas à la prétention de l'Eglise catholique, d'avoir été fondée telle quelle par le Christ. En réalité, disent-ils, l’on n’a commencé que dans la seconde moitié du deuxième siècle à distinguer l'Ecclesia docens et lÆcclesia discens. Jésus a donné le pouvoir à l’ensemble de la communauté, qui l'a délégué à quelques-uns. Les pasteurs sont done, non pas les chefs du peuple, mais ses mandataires ; tout fidèle peut conférer les sacrements validement. On devine les efforts déployés par M. Philpin contre cette thèse. Il tentait de la discréditer par les exagérations des « Quakers et autres fanatiques » qui décidément, peut-être à cause de Voltaire, tiennent de la place dans ces Cours de Saint-Sulpice. Mais sa plus vive attaque était contre certains « pseudo-philosophes » et leur théorie « inouïe » jusque-là : un B. Constant, un Podin n'ont-ils pas, en effet, eu laudace d'écrire que le Christ a sans doute enseigné une doctrine, mais qu'il ne s'est point soucié de fonder une Eglise, ni même une reliaion (6) ? Que si ces assertions ne se détruisent pas par leur excès,
(4) Ci. Bailly, lib. laud., I, 392 ; Matth., XNI, 18-19, XXVIIT, 20. (5) Ci. Souv, d’Enf. et de Jeun., 249.
e (6) Voir De la Religion etc. et Résumé etc « Félix Baudin [sic] dit que l'Eglise primitive était indépendante comme une République fédérative sous Saint Pierre comme président » (Note marginale de Renan).