DÉFAUTS:DE LA MÉTHODE THÉOLOGIQUE
JEcriture et la Tradition offrent heureusement de quoi les ruiner, aussi bien dans les paroles de J.-C. que dans ses actes. A-t-on oublié, par exemple, la parabole du Berger, et tant d’allusions à ce « royaume. des cieux » par quoi l’on peut entendre l'Eglise de ce monde ? Et si Jésus, ayant fait choix des Douze, a institué pour eux le Baptême, l'Eucharistie, etc. la collation n’en appartient-elle pas aux successeurs des Apôtres ? Niera-t-on cette vérité, malgré les Corinthiennes (7), et tous les autres textes réunis aux différents Traités des Sacrements ? PEL TDE
Dès cette première escarmouche, ‘on reconnaît la méthode habituelle du Théologien: Le sens et la portée de tel verset, il essaiera plus -ou-moins heureusement de les fixer, mais sans jamais discuter sur son origine, sur sa date. Jésus et les Apôtres ont bien réellement dit et fait tout ce qu'on voit rapporté ; les lettres aux Ephésiens, à Tite, à Timothée expriment bien authentiquement la pensée paulinienne. Qu'il v-eût là un problème, ni M. Philpin n’a paru s'en douter, ni Renan luimême, dont toute la supériorité consistait, en ce qui touche au Nouveau Testament, à l'interpréter plus délicatement qu'oñ ne le faisait autour de. lui. RE
Ainsi point de critique véritable. Si la raison intervient, c'est à un titre tout différent : l’auteur du Cours ne la juge bonne que pour confirmer les vérités positives. Ici, par exemple, elle est appelée À montrer que Jésus à dû agir comme il est écrit. Qui veut la fin veut les moyens. Le christianisme n’eût pu être assuré de l'avenir, sans l'existence d’une société qui le gardàt intact et pur. Supprimez-la, et le salut des simples devient impossible : « Toute secte qui oblige le chrétien à former sa foi par lui-même, à [la faire dépendre d'une enquête savante], ne saurait être la véritable, puisqu'il se sent incapable de ce travail qu’on veut lui imposer. Plus vous le supposerez ignorant, faible, borné, plus il devra sentir le besoin d’une autorité qui l'éclaire sur ce qu'il doit croire, et le dispense de discussions et de recherches au-dessus de ses forces ». Cette longue Note en français de Receveur (8) achevait de rappeler à Renan les considérations féneloniennes de M. Gosselin. Ce n'était pas non plus une nouveauté pour lui, que la démonstration à priori de l'infaillibilité de l'Eglise et de la nécessité d'une hiérarchie (9).
Celle-ci avait dû exister dès l'origine, et par l'institution même de J.-C. Ni les explications de M. Mollevault, ni un passage antérieur de son propre Cours (10), ne dispensaiént M. Philpin d'éclairer derechef ce point d'histoire, en attendant une proche occasion d'y revenir encore.
(7) I Cor., IV, 1; II Cor., V, 18, 20; comme M. Mollevault, M. Philpin prenait la précaution de souligner que Saint Paul n’a pas entendu par là remettre l'exer- <ice du ministère au peuple fidèle,
(8) Bailly, lib. laud., II, 311, note.
(9) « [1 répugnerait.. que le Christ eût imposé aux fidèles l'obligation de croire l'Eglise, s’il permettait que celle-ci pût enseigner l'egreur ».
(10) Cf. supra 86 et n. 88, et 40 n. 55. 5
Avec le P. Pétau (41), il montrait comment l'expansion croissante de la.
religion chrétienne avait exigé qu'on eût toujours une « provision d'évêques ». Et voilà pourquoi, dans les premiers temps, Ja plupart
des prêtres étaient ordonnés évêques.
Ainsi le clergé catholique est le seul, avec les fidèles qui lui obéissent, à représenter la vraie Eglise. D'où l'intérêt qui s'attache à bien connaître la constitution de cette société, et tout d'abord son pouvoir et son chef. Bien qu'il se réservât de revenir sur ce dernier point, l’auteur du Cours n'attendait pas davantage pour distinguer l'ordre et la juridiction, pour exploiter en faveur de Pierre et de ses successeurs les mots et ie mouvement de l'Ecriture, et pour établir à sa manière que le chef des Apôtres est venu à Rome (12). Néanmoins ses indica- + tions demeuraient si sommaires qu'on n'eût pu dire dès lors, quoiqu'il renvoyât au Discours de Bossuet sur l'Unité de l'Eglise, s'il partageait ou non le très net gallicanisme de Bailly. Il préférait se hâter vers des questions moins délicates, dont une seule mérite d'être retenue, parce que Renan l’a traïtée plus tard (13). Passant sous silence les événements du XIV® siècle, M. Philpin constatait que la primauté papale a été annexée à l'épiscopat de Rome : ce lien est-il indissoluble, même si la Ville venait à être détruite, ou occupée par les infidèles ? Hypothèse à peine concevable ; mais enfin, si elle se réalisait, le pape aurait le droit de transférer ailleurs le centre de la catholicité, tout. comme Saint Pierre a pu substituer Rome à Antioche.
Les difficultés théologiques ne tardaïent pas à reparaître, et tout d'abord à propos des membres de l'Eglise. Les partisans de Wiclef, ceux de Luther et de Calvin, ne reconnaissent comme tels que les prédestinés. S'il définissait cette élection d'une façon assez précise, mais peu satisfaisante pour la raison, le Sulpicien n'étayait pas beaucoup par ailleurs la négation qu'il opposait à ces hérétiques. Laissant aux prises thomistes et molinistes, il parcourait divers sujets sur lesquels on à vu déjà M. Icard s'expliquer. C'était le cas, notamment, pour la théorie de la «nécessité» de l'Eglise. M. Philpin allait-il énoncer enfin ce dogme « Hors de l'Eglise, point de salut », qui avait tant choqué certaines consciences (14) ? Bien plutôt imita-t-il ses confrères en visant à la bénignité sans léser l’orthodoxie. Plus habilement que le Professeur de Morale, il mettait en avant tous ceux qui peuvent être sauvés en dehors du catholicisme : enfants et adultes baptisés dans une communion séparée, et même adultes non baptisés. Mais l'effet qu'il se flattait de produire était compromis par les conditions requises, du moins pour ces adultes. Les premiers, en effet, doivent ignorer invinciblement, et avoir ou conservé la grâce du baptême ou la contrition
(11) Voir le Commentaire que celui-ci a donné d'Actes, XV, 28. (12). Cf. infra 333:
(13) Cf. notre Renan, 251.
(14) Receveur en convenait, dans la Note où il tente de l'expliquer (Baïlly, lib. laud., IT, 245 n. 1) : J.-J. Rousseau n’a-t-il pas poussé l’indignation jusqu’à exclure de l'Etat quiconque professerait une pareille maxime ?