‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 145 sur 369 · HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

HISTOIRE ECCLÉSIASTIQUE

l'Evangile, est l'Eglise. Aussi les Théologiens s'étaient-ils efforcés

Cepuis, de réduire au minimum le temps de la vérification. Disposant d’une conscience comme d’un mécanisme, ils attendaient, pour mettre

en jeu l'intelligence de l'enfant, précisément le jour où elle serait assez

forte pour le conduire très vite à l'acte de foi. Ils se flattaient qu'ainsi le sujet adhérât à tous les enseignements de l'Eglise, sans avoir à proprement parler suspendu son assentiment.

C'est qu'aussi bien — et le Cours ne manquait pas d'y faire allusion — un canon du Concile de Trente (le quatorzième de la Session VII) avait lancé l’anathème sur quiconque respecterait la liberté de cet examen et de ses suites, s’il devait en résulter un rejet des promesses baptismales. Ainsi d’autres disposent de vous sans vous, et l’on n'a pas le droit de revenir sur leurs engagements. Cette constatation parut amère à Renan, dont l'orientation était due à un enchaînement de circonstances non moins qu'à un dessein délibéré. On serait tenté de rattacher à cette «scholie» de 1844 les passages du Libéralisme clérical et de Patrice où: il a commenté le décret tridentin (21) ; mais il n’est pas sûr qu'il en aït alors connu la dure formule: elle lui fut plus probablement expliquée l’année suivante, dans l'étude du Baptême. En revanche il s’initia dès ce moment aux Actes de certains Conciles, dont Ja théorie du Dogme avait à tenir compte.

L'Histoire ecclésiastique était alors professée en Sorbonne par l'abbé Jager, dont la revue l’Université Catholique publiait le Cours. Les papiers de Renan n’en offrent aucune trace. C'est à Bérault et à Receveur qu'on le renvoyait ; à Fleury également, mais avec certaines précautions oratoires, que les critiques de J. de Maistre dictaient à ces MM.

Encore ne suivait-on pas tout de suite ces autorités : l’on avait, auparavant, à fonder l’infaillibilité conciliaïre sur la parole du Christ : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, j'y suis au milieu d'eux ». Cela ne doit pas s'entendre au pied de la lettre, car les Calvinistes auraient lieu de déclarer infaillible une petite réunion de chréliens. En réalité, « trois chrétiens réunis n’ont pas besoin de l'infaillibilité pour l’objet qui les rassemble, vu qu'ils ne jugent pas au nom de l'Eglise universelle ». Une autre erreur consiste à expliquer la promesse de J.-C. par la qualité de ceux auxquels il s’adressait, et à nier toute parité entre ces Apôtres inspirés et des évêques. Mais cette objection protestante ne tient pas devant cet autre texte : « Il a paru bon à PEsprit-Saint et à nous » (22), où les trois derniers mots ne représen-

tent pas seulement les ‘Apôtres, mais les seniores ou évêques.

Il est vrai que ce chapitre des Actes soulève une nouvelle difficulté. L’un des versets qu’on vient d'utiliser porte, dans certains manuscrits grecs : « Un décret fut envoyé par les apôtres et les anciens ct

(21) Cf. Q. C., 442 ; Fr. Int., 55-56.

(22) Matth, XVIII, 20; Actes, XV, 28 et 25.

les frères ». Ces derniers étant des laïcs, il en résulterait qu'au Concile de Jérusalem, le clergé n'a pas été l'unique juge de la foi. Comment ruiner cette hypothèse hérétique ? En supprimant — c'est ce qu'a fait la. Vulgate — le second et, et en voyant dans ces « seniores fratres », non pas les prêtres, quoi qu’en aient dit les jansénistes, mais le clergé en général, c'est-à-dire en fin de compte les évêques. Cette identification ne paraîtra pas arbitraire, si l'on réfléchit au sens qu'aurait chez nous une phrase comme celle-ci : « Le Clergé de France a condamné telle proposition ». Ne va-t-il pas de soi qu'on entendrait par là les évêques ? Donc, s'il y eut, même depuis le XIT° siècle, des prêtres, voire des diacres, pour assister aux Conciles, pour prendre part à leurs délibérations, ce n'a pu être qu'avec la permission de l'Eglise, el nullement par un mandat divin.

L'infaillibilité restreinte à ceux-là seuls qui y ont droit, quelques précisions étaient nécessaires sur son exercice. Elle ne dispense pas d'étudier avec soin les questions, elle ne requiert pas l'unanimité, mais d'un autre côté, Bailly ne voulait pas admettre, avec les jansénistes, qu’en temps de persécution, la raison et la vérité pussent se réfugier dans une minorité. En fait, la foule des évêques jointe au pape est toujours infaillible (23).

Cet axiome n'allait pas sans contradicteurs. Certains se flattaient de rencontrer dans les fastes ecclésiastiques au moins un cas où le Pontife romain et un grand nombre d'évêques ont partagé la même erreur. Cette faute commune se serait produite au IV® siècle : les quatre cents évêques du Concile de Rimini parurent, ainsi que le pape Libère, sacrifier à l'hérésie arienne. Ils souscrivirent à des formules équivoques, où le Fils était dit semblable au Père en substance, sans que le mot de consubstantiel fût prononcé (24).

M. Philpin ne pouvait laisser ses auditeurs sur cette impression. 1l commençait donc par déplorer la pression que l’empereur Constance avait exercée sur les représentants de l'Eglise. Ceux-ci avaient cédé « soit à l'amour de la paix, soit aux mauvais traitements, soit au désir de retourner dans leurs diocèses ». Il n'est pas jusqu'à la « tromperie de toutes sortes de fraudes », que leur avocat n'allégut, sans égard à l'assistance divine. Mais enfin ce n'étaient là, tout au plus, que des circonstances atténuantes. Il fallait trouver autre chose, afin de disculper et le pape et le Concile.

Gelui-ci a manqué du caractère œcuménique, et il était inférieur en nombre à l'Eglise dispersée (25). En sorte que l'adversaire ne gagnerait rien, lors même qu'on lui accorderait que les évêques sont tombés dans

l'arianisme. Mais c'est de quoi M. Philpin ne voulait pas convenir, du

(23) Of. liblaud., II, 358-359.

(24) Cf. E. Renan, Æss. Psych., 22.

(25) En insistant sur cello circonstance, M. Philpin paraissait oublier ce qu'it avait dil peu avant, qu'elle n’est pas un obstacle à l’œcuménicité.

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