LES ÉPITRES
SOMMAIRE
TI: Préliminaires sur l'admission de certaines Epitres au Canon. De la dogmatique des écrits pauliniens. Du salut et de la grâce: nouvel examen. Quels sacrements sont indiqués dans les Epiîtres ; de l’Extrême-Onction et de son institution par J.-C. Comment le Sulpicien va faire face à ses adversaires. Pp. 315-319.
I. Principales objections. L’Ecriture dément les attributs de Dieu, la sainteté et la dignité d’un apôtre. Elle surprend notre morale, contredit nos eonnaissances, choque notre logique. Elle met en péril l’enseignement de l'Eglise. Les Epîtres ne s’accordent pas entre elles, ni avec l'Evangile ; et encore moins avec l’A. T.: elles le citent ou le comprennent à faux, ou elles
s'en écartent implicitement. Elles puisent à des sources impures. Pp. 319-328.
III. Les réponses de M. Garnier. Traductions, exclusions, distinctions arbitraires. Autres arguties. Additions au texte sacré. La rhétorique au secours de l’orthodoxie. Saint Paul a pu prendre l'A. T. dans un sens figuratif ou accommodatice, et ses thèses demeurent bonnes, en quelque sens qu’il l’ait pris. Cohérente et plausibilité des -Epitres. Comment s'expliquent certaines divergences, et se réfutent certaines interprétations. Circonstances des Epîtres : quelles erreurs les Apôtres ont dû combattre, et quelle opinion ménager, Valeur de cette considération. Pp. 323-329.
IV. Diverses indications sur le monde antique: idées, mœurs, littérature. Païens et Juifs. Les Apocryphes. Les origines chrétiennes : premières hérésies. Les grands apôtres: Paul, ses. rapports avec Pierre, sa personne, Ses itinéraires. Pierre, son sejour à Rome, sa stérilité littéraire. Jean et l'Asie Mineure. Jacques, son portrait, sa parenté avec Jésus. Pp. 329-336.
V,. Renan et les Epîtres: images et idées ; destinée du corps et de l'âme ; 1 Cor., XIII et II Jean, 40. Renan et l’apologétique sulpicienne.- Dans quelle mesure ses sévérités postérieures s'expliquent par des souvenirs de 1844. Pourquoi il a pu, sur le moment, être moins sensible aux défauts. — Sa part personnelle dans la Rédaction. Obhjections accentuées, interprétations nouvelles. Avatars et nature de J.-C.; Néron l’Antechrist. L’'Ecriture Sainte et la philologie sémitique. Pp. 336-342.
Les monographies qui firent suite aux Prolégomènes apportèrent toutes sortes de précisions, sinon quant à l’authenticité des Epîtres, du moins sur leur dogmatique, sur les points où elles prêtent à controverse, enfin sur leurs auteurs et le temps où elles parurent.
Que les Epîtres fussent authentiques, ce n’était pas, on l’a vu (1), le problème le plus important pour M. Garnier. Il s'occupait bien davantage de leur canonicité, particulièrement à propos des Epiîtres canoniques, dont l'accession à cette dignité, il ne le cachait pas, a été laborieuse et lente. L’antiquité n’a reconnu d'emblée que les deux premières Epiîtres de Pierre et de Jean ; « toutes les autres ont donné lieu à des doutes plus ou moins longs », notamment l'Epître de Jude, que plusieurs anciens, selon Saint Jérôme, n'acceptaient pas, et qui -manque d’ailleurs dans la version Peschito. Cependant, au IV* siècle, elle fut reçue de presque tous, et au V° « on ne trouve plus aucun doute ». En définitive, « la canonicité de ces Epitres, d’abord contestée.
(1) Cf. supra 80.
a été ensuite et depuis longtemps admise de tous ». Ce sommaire historique suffisait à M. Garnier, qui n'insistait sur les contestations premières que pour en diminuer la valeur : les « particuliers » d'où elles émanaient n'ont jamais formé qu’une minorité.
Ainsi cette partie du Canon est aussi respectable que tout le reste, et fournit à la vérité catholique un fondement non moins sûr. Toutefois sa dogmatique est plus pauvre que celle des Epiîtres pauliniennes, Aux indications déjà données sur ces dernières (2), l’auteur du Cours ajoutait d'autres preuves et d'autres thèses. Ce n'est pas seulemen! l'Epître aux Ephésiens, c'est aussi la Seconde à Timothée qui « exprime clairement » la visibilité, l'infaillibilité de l'Eglise enseignante. Le temps était venu, en outre, de citer les textes relatifs à la Trinité. Le Sulpicien ne craignait pas de faire état, à cet égard, du verset contesté de la Première Epître de Jean, et il y joignait un passage de la Première aux Corinthiens, « le plus fort peut-être », disait-il, « qu'il y eût dans la Bible, pour prouver la distinction des personnes de la Trinité par la distinction des opérations » (3). Quelques chapitres plus haut, l'Apôtre parle d'une œuvre qui brûle, et dont l'auteur subira la perte : « pour lui il sera sauvé, mais comme au travers du feu ». Il est.manifeste que ce verset établit l'existence du Purgatoire : aussi bien le Concile de Florence en a-t-il ainsi décidé.
Tous ces points ne faisant pas difficulté, du moins à ses yeux, M. Garnier s'arrètait davantage à deux questions autrement délicates, la théorie du Salut et de la Grâce, et celle des Sacrements.
‘Ni l'une ni l’autre n'étaient nouvelles pour le professeur et les séminaristes (4). Mais jamais encore on ne les avait soumises à un examen aussi rigoureux. La première surtout rendait l'auteur du Cours aussi perplexe qu'attentif. Non plus que M. Icard, il ne pouvait admettre que les philosophes eussent été sauvés, ‘en ne suivant que les lumières naturèlles ; il devait donc, quoi qu'’ait écrit Saint Paul en un endroit de l'Epiître aux Romains, éviter qu'on ne le prit dans un sens favorable à la justification des païens. Tâche aisée, en comparaison de celle qui l'attendait ensuite. On le sait en effet, l’Apôtre, en général, a plutôt l'air de rétrécir la voie du salut que de l'élargir, et la sévérité de ses formules à de quoi embarrasser un adversaire des protestants et des jansénistes. L'auteur des Prolégomènes ne s'était que trop laissé aller à écrire, dans le courant de ses éloges : « Avec quelle force Saint Paul re marque-t-il pas ce choix si libre et si indépendant, qui précède tout mérite et toute possibilité du mérite, même la naissance ! » Cette « élection gratuite de Dieu » — qu'indique aussi Saint Pierre dans sa première Epitre — ne saurait faire de doute, semble-t-il, pour qui
(2) Cf. supra 76 et n. 56 ; 79 et n. 65.
. (3) € Il y à diversité de dons, mais le même Esprit; diversité de ministères, mais le même Seigneur; diversité d'opérations, mais le même Dieu, qui opère tout en tous » (7 Cor., XII, 4-6). — II Tim., II, 19: Z Cor. IIXL, 15.
(4) Voir notamment supra 77.