CONTRADICTIONS INTERNES DE LA BIBLE
‘entre les fidèles et Saint Paul, el celui-ci déclare expressément, dans l'Epître aux Hébreux : « Nul n'enseignera plus son. frère en disant : ‘Connais le Seigneur ! Car tous me connaîtront.… », etc C'en est assez Pour qu'on soit, semble-t-il, fondé à récuser l'autorité des supérieurs et le ministère des pasteurs. Enfin, l'on n’a pas de peine à déceler de sérieuses divergences entre le point de vue apostolique et ia théorie <atholique des mariages mixtes, des secondes noces, etc. Les jeûnes paraissent réprouvés par ce verset : « Tout est pur aux purs ». Saint Jacques défend absolument de jurer, alors que « l'Eglise permet et ænjoint même le serment dans certaines circonstances ». Si l'Epiître aux Colossiens. n'est pas aussi expresse, elle a bien l'air pourtant de cenamner le culte des anges (17).
Est-ce tout ? Non : les Epîtres ne s'accordent pas entre elles ni avec le reste du N. T. Saint Paul n'eût pas dû dire que certains vivants me connaîtraient pas la mort, puisque celle-ci, selon sa propre expression, est le salaire du péché. Il assure qu'Abraham n’a pas été justifié par ses œuvres : or Saint Jacques prétend qu'elles ont coopéré à ce résultat. D'après la Première aux Corinthiens, « ñul des démons. n’a eu connaissance de l’Incarnation… avant la mort de J.-C. » ; or l'Evangile montre « qu'ils étaient forcés de confesser sa divinité-» (18).
Que si maintenant l’on confronte les Apôtres avec les auteurs de l'Ancien Testament, cette opération tourne, elle aussi, au désavantage de l’'Ecriture. Ceux-là, en effet, contredisent plus d’une fois ceux-ci, et tout d’abord en les citant et en les interprétant d’une manière inexacte.
C'est ainsi que Saint Paul rapporte des versets psalmiques en les déformant. Entre ses mains, les mots « Aures perfecisti mihi » et « Accepisti dona in hominibus » deviennent respectivement : « Corpus aptasti m.» et « dedit d. h. ». Même infidélité dans la relation de la visite que Joseph, selon la Genèse, fit à Jacob. Moïse montre le vieux patriar- <he appuyé sur son lit, sans force pour se soutenir, et adorant Dieu dans cette attitude ; l’auteur de l'Epiître aux Hébreux, lui, le voit adorant « le bout du bâton que Joseph tenait à la main ». L'Apôtre aurait-il commis des fautes de lecture ?
Ce qui, en tout état de cause, est indéniable, c’est qu'il altère le vrai sens des textes, chaque fois que c'est utile à son argumentation. Ne pose-t-il pas en principe que « tout ce qui est dans la Loi s'applique à ceux pour lesquels est la Loi » (19) ? Comme si les invectives de l'A. T. ne s’adressaient qu'aux Juifs ! Mais l'on ne s'étonne plus s’il tire des
MC onmelIl 0 Guen l 15 JE Cor XIe Cor eXN,:32,; VI, 18: J'acq., II, 10; IT Pierre, III, 5; II Thess., IT, 6 (d’après l'interprétation des Pères et des catholiques des premiers temps) ; 1 Thess., IV, 15 (cf. supra 70) ; I Jean, MS Con AVIS XI 3 IGICOINUL dE Ib Pienne Il 19-2018 (cf infra 327 et n. 33) ; Hébr., cf. supra 78 n. 63; Tite, I, 15; Jacq., V, 12; Col., IX, 18.
(18) Opposez I Cor., XV, 51 et Rom., VI, 23 ; ib., IV et Jacq., Il, 21 sq. ; cf. 1 Cor,
(49)-Rom., IIT, 19.
conclusions pour ces derniers, d'un psaume qui vise les nations persécu— trices. Encore cette sorte d'erreur est-elle moins fréquente qu'une autre pratique, celle qui consiste à entendre du spirituel ce qui est écrit du temporel. Les prophètes, on ne l'ignore pas, ont l'esprit souvent tourné vers la captivité de Babylone. Ainsi le « Justus in sua fide vivet » d'Ha— bacuc évoque la délivrance qu’il faut attendre avec foi : cette pensée n’est pas celle de Saint Paul, qui appuie là-dessus sa doctrine de la justifica— tion. Il rapporte à la conversion des Gentils et à l'Incarnation deux passages, l’un d'Isaie, l’autre d'Osée, qui concernent la fin de la servitude et le retour des tribus. D'Isaïe encore, un trait relatif à Jérusalem, qu'il applique à l’âme chrétienne, et une allusion aux armes de Sennachérib, qu'il transpose au temps de l'Evangile. Il y a même un passage où le prophète se met en scène avec ses deux enfants, et où l’Apôtre reconnait le Messie. Il interprète pareillement un verset des Paralipomènes qui regarde Salomon (comme aussi, d’ailleurs, deux endroits des Psaumes qui, eux. ne peuvent avoir pour objet que Dieu le Père). Ce dernier recueil ne l’inspire pas mieux dans d'autres circonstances. Là où le psalmiste a seulement voulu dire que Dieu a soumis la création à l'homme, il voit une preuve que toutes choses ont été assujetties à J.-C. Y parle-ton du transport de l'arche sur le Mont Sion, il comprend qu'il s’agit de l'ascension de N.-$. et le repos de la Terre promise devient pour lui celui du ciel. Après cela, son erreur sur le v. 4 du ps. CIII paraît bien secondaire (20).
On ne saurait montrer la même indulgence quand les Apôtres s'écartent implicitement de l'A. T. ; quand, par exemple, Saint Paul conseille aux Corinthiens de garder le célibat, comme s’il oubliait ce verset de Moïse : « Il n'est pas bon que l’homme soit seul ». Ici la difficulté intéresse la morale. Mais le plus souvent elle porte sur des faits. Pour ne zien dire d’un nom qui m'est pas le même chez Saint Pierre et dans les Nombres, comment concilier l'Epître aux Galates avec l'Histoire Sainte, quand l’une met quatre cent trente ans et l’autre six cent quarante cinq ans entre la promesse de Dieu à Abraham et le moment où la Loi ful donnée ? Comment Saint Paul a-t-il déclaré que J.-C. fut le premier homme ressuscité, alors que la Bible juive nous montre « les morts se ranimants à la voix d'Elisée » ? L'aspect du tabernacle, le cérémonial de l’ancien culte soulèvent toutes sortes de questions, vu que Saint Paul encore et Moïse les décrivent différemment. Voilà par exemple l’urne à manne et la verge d'Aaron : étaient-elles dans l'arche ou à côté? Le Saint des Saints renfermait-il l'encensoir d'or, ou le grand-prêtre l'y portait-il en entrant ? Lui-même, combien de fois l'an pénétrait-il dans ce lieu ? Une seule, comme l’assure l'Epître aux Hébreux, où deux, sinon
(20) Il a rendu par « les anges » ce qui signifie « les vents » : cf. supra 7 = Opposez Hébr., X, 5; Eph., IV, 8: Hébr., XI, 21: Rom. I, 17: I Cor. IL, 9: Au IX, 25 ; Eph., V, 14 ; Rom., IX, 27-28 ; Hébr., Il, 13: I, 5, 6, 10 : I, 78 : ? Cor. IT 20, — et ps. XIII, 1 8q.; XXXIX, 7; LXVII, 19; Gen., XLVII, 31 (selon la Vuls.) : Hab., II, 4; 18, LXIV, 4: Osée, II, 25; Is, LX, 1: X, 22-923: VIIL 17-18: I Per. XXII, 10; ps. KOVI, 7 (cf. supra id.) ; CI, 26: VIII, 6-7; XCIIL 11. ?