L'APOLOGISTE AURA «RÉPONSE A TOUT
‘trois ou même quatre, selon le calcul des docteurs juifs ? Qui croire enfin, de l’Apôtre ou de l’'Exode, relativement aux circonstances de l'asper- -sion qui inaugura la première alliance ? Saint Paul en ajoute qui ne figurent pas dans l'A. T. (21).
Il arrive enfin que Saint Jacques ou quelque autre citent comme de l'A. T., un passage qui ne s'y lit point. Singularité qu'on a voulu expli- -quer, en supposant que l'apôtre a puisé dans un Apocryphe. De pareils emprunts sont en effet attestés dans d'autres endroits des Epîtres. Mais le moment est venu d'en souligner l’étrangeté qui, au surplus, a beaucoup contribué au long discrédit des canoniques. Que penser, notamment, de J'invraisemblable dispute de Saint Michel et du diable autour du corps de Moïse (22) ? N'est-ce pas aussi une source bien impure que cette philosophie des Mages, d'où les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens auraïrent tiré leur angélologie ? Soupçeon d'autant plus grave que ces moms ont été inscrits dans le canon de la Messe, alors que peut-être ils ne désignent pas les bons anges.
Ainsi ce n’est pas sur un ou deux points, mais sur une ligne entière, que l'orthodoxie se voyait attaquée. Or, se laisser battre en un seul lieu, c'était tout perdre : admettre que l'Ecriture ou l'Eglise aient tort une fois, c'était accepter « la négation de l'Eglise et de la révélation ». Voilà pourquoi M. Garnier devait et pensait avoir « réponse à tout »
(23) ; et pourquoi il importe de dénombrer en les classant ses modes de ‘“éfense.
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La variété en est grande, depuis un simple aphorisme comme celuiæ&i : « Un livre apocryphe n’est pas toujours un tissu de fables », jusqu'à cette règle impérative : « Quand on rencontre dans l'Ecriture plusieurs effets qui conviennent avec le signe sacré qui confère les sacrements, on doit croire qu'elle en parle, ou au moins qu'elle y fait allusion ». Tantôt l'auteur du Cours manipule des mots ou des phrases, pour les amener à ia signification désirée ; tantôt il demande la solution à une argumentation plus ou moins subtile.
Les opérations du premier genre tendent le plus souvent à altérer le sens propre (24). Ce n’est presque jamais pour le renforcer ; le verbe « infirmatur » de Jacq., V, 14, que M. Garnier veut entendre d'un danger de mort, est à cet égard une exception. Sa tâche ordinaire est d’atténuer
(21) Opposez I Cor., VII, et Gen., II, 18 ; IL Pierre, II, 15 et Nombr., XXII, 5 (Balaam est-il fils de Bosor ou de Béor?) ; Gal., III, 17 et ce calcul que la promesse eut lieu 215 ans avant l'entrée en Egypte, où le séjour fut de 430 ans; Col., I, 18 (en comprenant ainsi le « primogenitus ex mortuis ») et 11 Rois, IV, 35-37; Hébr., TX, 4,7, 19-21 et I Rois, VIII, 9; II Par., V, 10; Lév., XVI; Ex., XXIV, 8.
(22) Voir sur tout cela supra 82. — Jacq., IN, 5 ; Jude, 9. (23) E. Renan, Souv., 264, 250.
(24) Une ou deux fois cependant, le Sulpicien s'attache à la lettre ; mais pour un
motif étranger au texte, et d’une facon peu heureuse. Ainsi voit-il dans les « princes de ce monde » (1 Cor., II, 8) non les démons, mais les chefs de la synagogue.
l'énergie des sentences. « Omne » voudra donc dire « la plupart » ef uiseiy « aimer moins » ; « indurare », « laisser s'endurcir ». Plutôt que d'abandonner un passage aux novatiens (25), on traduira aûvvaroy par « très difficile », en renonçant à le prendre « dans sa rigueur méta— physique ». ’Axoxérrew n'aura plus trait qu'au « retranchement de la communion des fidèles », et le terme de « primogenitus » sera réduit à n'affirmer qu'une prééminence de dignité ; à moins qu'on ne comprenne, avec le génitif qui suit (« omnis creaturae ») : « engendré par Dieu. uvant toute créature ».
A vrai dire, l'obscurité d’une expression comme celle-ci, et plusencore d'un passage entier, favorise l'arbitraire de l'interprétation, en. le rendant moins sensible. C’est le cas du texte johannique sur la fin du monde : selon M. Garnier, « novissima hora » doit s'entendre seulement en ce sens, que « nous sommes au dernier âge », lequel peut subsister un bout de temps (26). Le passage de l'Epître aux Philippiens est. &insi traduit : « Jésus n’a pas cru que ce fût une injustice, mais un droit incontestable de se faire égal à Dieu ». Quant à la prédication du Christ aux incrédules des lieux bas, elle n’est autre chose que sa descente aux limbes, où il apprit aux justes leur délivrance. Comment aussi ne pas mettre à profit l'équivoque du verset où Saint Paul parle des- « charbons ardents » ? On peut y voir à volonté les brûlures du remords ou celles de l'amour. : « ïls les enflammeront d'amour pour vous » ;
quoi de plus édifiant ? De même, l'Apôtre n'indique pas précisément que-
l’'encensoir d’or fût dans le Saint dés Saints ; peut-être n'a-t-il envisagé que la destination de cet ustensile. Enfin l'A. T., lui non plus, n'est pas. toujours si net, que l’occasion ne s'offrît de chercher dans l’hébreu même une voie de conciliation. Il suffirait parfois de modifier légèrement la version de Saint Jérôme : ainsi l’un des passages rapportés plus haut reviendrait au même que la citation de l'Epître aux Ephésiens, par la substitution de pro à in. Le sens seraït alors : « Il a reçu des dons pour les donner] aux hommes ».
Là où ces insinuations ne sont pas possibles, l'apologiste procède autrement. Ni l’à priori, ni la gratuité des exclusions ne semblent le: gêner, s'il s’'avise de soutenir, par exemple, que l'autel mentionné dans. l'Epître aux Hébreux « ne peut être que » l'autel eucharistique (27). Il n’est pas moins catégorique à propos de la remise de peine : elle n'a pu être effective que par la puissance du mandataire de J.-C. : « les fidèles n'y ont d'autre part que celle de leurs suffrages et de leurs prières ». De même il n'est point question d'eux dans le texte relatif à la confirmation : Saint Paul n'y parle que des Apôtres.
Des distinctions analogues permettent de résoudre plusieurs autres difficultés. C’est ainsi que l'interdiction du serment ne concerne pas ceux
(25) Celui de l’Epiître aux Hébreux, cf. supra 75 et n. 50.
(26) « Au moins autant » que les deux premiers âges du monde (règnes de la lof de nature et de la loi mosaïque), qui ont duré chacun deux mille ans. -
(27) Cf. supra 318 n. 9.