‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 159 sur 369 · SAINT JACQUES · texte numérisé non relu

SAINT JACQUES

rent parler d'autant plus à l'imagination de Renan que lui-même, paraît-il, s'était fait un cal au doigt, par suite d’un fic d’écolier. Il lui aurait presque suffi de réveiller ce souvenir pour écrire de verve les pages qu'il consacre, dans son Suint Paul, au chef du judéo-christianisme. Mais les sources indiquées par son ancien maître durent aussi être consultées : l’auteur des Antiquités, et Eusèbe citant Hégésippe. De celuici, le Sulpicien n'avait rapporté une assertion qu'avec défiance : il lui semblait « fort difficile à croire » que Saint Jacques eût eu « la permis- sion d'entrer dans le sanctuaire pour y prier ». Cette attitude critique, on s’en doute, n'était pas soutenue bien longtemps. « Dans ses livres contre Celse », Origène a reproduit un passage de Josèphe qui attribue « à la mort de Jacques les malheurs qui fondirent ensuite sur Jérusalem » : cet hommage à la sainteté de l’apôtre induisait M. Garnier à considérer le texte en question comme authentique. Faiblesse que l'historien de Saint Paul a su éviter, en expliquant par une réputation plus ou moins légendaire la plupart des renseignements aire nous sont parvenus sur la personne de Jacques (55).

Peut-être n'a-t-il pas montré un esprit aussi libre dans le rapport de parenté qu'il établit entre ce personnage et Jésus. L'Ecriture, on le sait, appelle Jacques le « frère du Seigneur » ; mrtis ce mot d'adehkods ne saurait avoir ici son sens ordinaire, si l'on croit à la virginité de Marie. Dans ce cas, il faudra dire, comme M. Garnier, que « l’usage des Juifs » était d'appeler ainsi les « cousins » et « tous les parents collatéraux ». Au lieu d’une Marie, il y en a eu deux, qui étaient sœurs « Maria Jôseph » (la Sainte Vierge) et « Maria Cleophae » (56), la mère de Jacques et de Jude. Ce dernier aurait donc pu, au même titre que Jacques, être dit le frère, c'est-à-dire le parent de N.-$. $i au début de son Epître, il s’est simplement intitulé le « frère de Jacques », soyons persuadés, avec Saïnt Clément d'Alexandrie, que ce fut par humilité. — Voilà la thèse dont Renan adopta successivement les points principaux. Il commença par faire de Jacques le cousin germain de Jésus, sans se gêner d’ailleurs pour donner à celui-ci des frères et des sœurs plus jeunes. Mais ensuite, il est revenu à l’idée que Jésus fut le seul fils de Marie, Jacques et Jude étant issus d'un premier mariage de Joseph. ’Adekoos signifierait donc « demi-frère » (57). :

On connaît maintenant la substance historique du Cours sur les Epitres, et les traces qu'il a dû laisser dans l’œuvre de Renan. Certes, que celui-ci, plus tard, ait utilisé les documents de première main, on ne songe pas à le nier. Encore est-ce en 1844 qu'ils lui ont été désignés d’abord. Et certains rapprochements porteraient à croire que l’auteur des Origines, s'il ne s’est pas contenté de ses Cahiers d'Ecriture Sainte, n'a pour-

(55) Saint Paul, 79-80 et 80 n. 4; 307-308 et 308 n. 4. Chacun de ces passages, séparés par un grand intervalle, correspond justement à un stade de la légende en formation.

(56) Dans la Rédaction de Renan, cette distinction fait l'objet d'une note margi-

nale. — Cf. infra 470.

(57) Cf. Vie de Jésus, 25 et n. 1 : les Ævang., Appendice, et surtout 538-542.

tant pas dédaigné de les rouvrir. De toute façon, la période « radicale » de sa critique — celle qui va de 1845 à 1850 — était depuis longtemps passée. L'image première se ravivait, l’orientant parfois, sans qu'il s'en rendit bien compte, vers des solutions plus ou moins conformes au système orthodoxe.

C'est donc, semble-t-il, qu'au moment où celui-ci lui fut proposé, l'étudiant y adhéra sans trop de réserves. A-t-on le droit d'en dire autant de la partie théologique ? D'une manière générale, dispose-t-on d'indices. relativement aux réflexions que l'étude des Epîtres put, à mesure que les monographies lui étaient dictées, inspirer à l'auditeur de M. Mollevault ? Dernière question à élucider.

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