NOUVEAUX ÉCRITS — UN ESSAI CRITIQUE
SOMMAIRE Le Recueil des prophéties, appliquées par les auteurs du N. Tr: arrétér à Matth, XITE 55: L'étude du Sermon sur l'Unité de l'Eglise. Pp. 343-344.
T. Nouvelle vue sur la philosophie de Renan: Théodicée, déterminisme historique: la psychologie au service de l'Histoire ecclésiastique. Le Commentaire du Sermon: sa valeur littéraire. Portrait de l'évêque de Meaux: ombres et lumière. Le prestige. théologique de Bossuet. Mérites de son Dicours. Jugement d'ensemble sur lui: les lacunes d'un grand génie: dans quel esprit Renan les signale. Conflit du Beau et du Vrai. Pp. 345-348.
II. L'induction appliquée à la philologie et à l’histoire. Défauts à éviter: l'arbitraire des «théories », la résistance à la contradiction des faits, le rejet des «arguments négatifs». La yraie méthode : principe de la «passivité ». Vérification des données, extension des recherches. L'interprétation; autour du verbe videre: Renan contre Chrysostome et Bossuet. Analyse et comparaison: le criterium de la « couleur ». Pp. 348-352.
II. L'étude du Sermon et la Théologie. Renan en face-de la controverse sur Is droits du Pape. Son attitude confrontée avec celle des Sulpiciens. Par où il semblerait pencher vers le gallicanisme. La contre-partie. Examen du Concile de Chalcédoine; l'autorité pontificale avant et pendant le V‘ siècle. Si cette histoire donne raison aux ultramontains. Impartialité de Renan dans son jugement du passé; sa ligne de conduite pour le présent. Pp. 352-355.
IV. L'Etude du Sermon et l’Ecriture Sainte. L’exégèse de Gal., II: deS véritables dispositions de .Saint Paul envers Saint Pierre; s’il est exact que celui-ci reçut « la charge du tout »: indices équivoques. Un problème évangélique: l'imposition du surnom de Pierre et ses circonstances; divergence des récits. Doutes sur le gouvernement de Saint Pierre à Rome. Saint Paul vu par Renan: portée apologétique de cette conception. Pp. 355-358.
W. Quelles idées semblent menacer l’orthodoxie. D'où vient cependant que le danger n’est pas grave. En quel sens Renan a pu prendre son exactitude critique pour une marque de respect et d'obéissance. Qu'il s’abusait : le malentendu sur la Tradition. La part de l'esprit humain dans le commentaire et la composition des Livres sacrés. Pp. 358-360.
A mesure que ses Cours prennent plus d'ampleur, et qu'il s’adonne davantage à l'hébreu, les travaux personnels de Renan diminuent d’importance. Deux seulement paraissent dater des premiers mois de 1844. L'un n’a pas été achevé : c’est un Recueil des prophélies, appliquées pa” les auteurs du N. T. L'autre est une étude, qui n'a pas été conservée en entier, du Sermon de Bossuet sur l'Unilé de l'Eglise (1). ù
Le Recueil paraît être en rapport avec une lecture dont il sera reparlé, celle de Grotius (2), et généralement avec les Cours d'Ecriture Sainte et d'Hébreu. Peut-être Renan s'est-il borné à le transcrire de quelque ouvrage ; plus probablement, il l'a composé lui-même. Il aura lu dans sa Vulgate le premier Evangile, en s'arrêtant aux versets où Matthieu cite, comme accomplies, des prophéties de l'A. T. Ces citations, il les recopia, avec la référence que les Notes de sa Vulgate lui fournissaient au bas des pages. Mais il n'est pas allé plus loin que le v. 35 du chapitre XIIT.
(1) Cf. respectivement vol. 11.480, f°° 36-38; et Trav. de Jeun., 99-117.
(2) Ci. De vgrit. relig. christ., 1. V, ce. XVII (« On prouve que Jésus est le Messie, par les choses qui ont été prédiles du Messie »), notamment pp, 264-265. Au S 19, commentaire d'’Is., LIIT.
Ii rencontra ainsi deux versets psalmiques, sept passages d'Isaïe, un de Jérémie, un d'Osée, deux de Michée, deux de Malachie et le « Quoniam Nazareus vocabitur » qui ne se lit pas dans l'A. T. A part cinq d'entr'eux (3), tous sont appliqués à J.-C. Le premier est relatif à Ia conception d’une Vierge ; les suivants expliquent la naissance à Betbléem, le voyage en Egypte, l'établissement à Nazareth et à Capharnaüm. Un autre, dont le jeune Breton éprouva par lui-même la eruelle vérité, fait dire à Jésus : « Je suis venu mettre la division entre le fils et son père, la fille et sa mère, etc. » Le célèbre morceau : « Voici mon fils, que j'ai choisi » offrait derechef au catéchiste l'image du Messie passant en silence : « Il ne disputera pas :; il ne criera pas (4) ; on n’entendra pas sa Voix dans les places publiques. Il ne brisera pas le roseau froissé ; il n’éteindra pas la mèche encore fumante ». Cependant que ce demi-verset : «Il a pris nos infirmités; il a porté nos maladies », rappelait le portrait encore plus important de l’homme de douleurs (5).
‘ Ces citations paraissent si suggestives, qu’on serait tenté de voir dans l'interruption du Recueil le signe d’une foi inquiète. Renan, se dit-on, n'a pas voulu s'exposer davantage. Conjecture vraisemblablement inexacte. De quoi, en effet, le collecteur s'est-il avisé en transecrivant ? De nommer, après chaque citation, l’auteur de l'application. Le plus souvent, elle est faite par l'Evangéliste. Mais il arrive aussi qu'elle le soit par la synagogue, Satan, Jean-Baptiste ou « N.-$. lui-même ». Voilà sur quel détail Renan a porté son instinct de précision ; et certes, il était difficile de prendre le problème par un plus mauvais bout.
Le jeune homme a été mieux inspiré en d’autres circonstances. Qu'il s'agisse des tentes de Jacob, ou du tabernacle de l’ancienne Loi, il n'y admire pas sans réserve une préfiguration de l'Eglise (6). En quoi il résiste moins à l'autorité de l’Epître aux Hébreux qu'à l'ascendant de Bossuet, ainsi qu'on s’en rend compte en examinant son Commentaire du Sermcen sur l'Unité.
Cette étude à un rapport évident avec les Cours de MM. Philpin et Mallevault. Par l’un comme par l'autre, Renan a été conduit à l'analyse d'un Discours si propre à lui fournir d'utiles compléments, tant à propos du gallicanisme que des. apôtres Pierre et Paul. Ce travail lui a donné l’occasion de mettre en valeur, sinon sa philosophie, du moins son talent littéraire. S'il se forme une idée quelque peu nouvelle de Bossuet, c’est. qu'il lenvisage sous l'angle de la critique historique. Exercice auquel sa propre Méthode doit s'adapter et s'adapte, en produisant des résultats qui ne coïncident pas toujours avec l’enseignement sulpicien.
(3) Trois de ceux-ci se rapportent à Jean-Baptiste : le « Voæ clamantis… etc. > (Is, XL, 3; cf. Mal., FI, 1) et le « Zpse est Elias qui venturus est » (cf. Mal. IV, 5). Deux à divers : au Massacre des Innocents (Jér., XXXI, 15), et aux Juifs endurcis (Zs., VI, 9).
(4) Cf. Trav. de Jeun., 16 n. 15.
(6) Cf: Is, VII, 14; Mich., V, 1; Os., XI, 1 ; Is., IX, 1; Mich:, VII, 6:1s., XLI, ANS qe AUTTEAA -
(6) Cf. Trav. de Jeun., 101-102