‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 171 sur 369 · NOUVELLES LECTURES · texte numérisé non relu

NOUVELLES LECTURES

SOMMAIRE

I. Coup d'œil d'ensemble. Renan délaisse les théologiens proprement dits. Bossuet et som Histoire par M. de Bausset. Les historiens de l'Eglise: abbés Lhomond et de Bérault- Bercastel. Pp. 361-364.

II. J. de Maistre. Son influence à Saint-Sulpice. Son œuvre théologique: Du Pape et De l'Eglise gallicane. Si Renan a connu le second de ces ouvrages: quelle importance a eue pour lui la lecture du premier. Pp. 364-367.

III. L'abbé Maret, et son Essai sur le Panthéisme; échappée sur les Dialogues philosophiques. La Théodicée chrétienne; circonstances de sa publication. Pp. 368-370.

IV. L'abbé Fleury et Saint Augustin. Le De veritate religionis christianae de Grotius. Quelles parties surtout en ont servi à Renan: Livre I sur la Genèse; livre VI, contre les Mahométans; livre V, contre les Juifs. Dans quelle mesure le Christ a-t-il aboli l'ancienne Loi? La messianité de Jésus. Philon et le Logôs. L'érudition de Grotius appréciée par Renan. Pp. 370-374. ;

V. Les Leçons de R. Lowth sur la poésie sacrée des Hébreux, et l'Histoire de la poésie des Hébreux de Herder. Renan ne lut à Saint-Sulpice que le premier de ces ouvrages. Comment il le jugea dans la suite; raisons de sa sévérité. D'où vient l'estime qu'il en a faite en 1844. Esprit de Lowth: critique des rhéteurs, goût de l'initiative, naturalisme, bons principes de méthode (« devenir Hébreu soi-même »). Mérite des Leçons: de læ théocratie juive; un florilège biblique; du «génie » de la poésie hébraïque; comparaison avec les lettres profanes. Pp. 374-382.

VI. Emprunts du séminariste aux Leçons. Quelques traductions de versets bibliques. Distinction de la poésie et de la prose. Théorie de la versification hébraïque: du parallélisme. Les parties poétiques de l'A. T. Les images typiques et leurs sources. ue et l'œuvre postérieure de Renan: de l'Essai Psychologique à L’Antechrist. Pp. 382-

VII. Les questions doctrinales dans les Leçons. Par qui et quand ont été composés Job, les écrits sapientiaux, les Psaumes et le Pentateuque. L'àfouroralerz divine. Les Juifs ont-ils cru à l'immortalité de l'âme ? Du dogme de l'inspiration biblique dans ses rapports avec l’histoire et la théorie de la Poésie. Un passage peu «inspiré » du £Livre de la Sagesse; une églogue presque «inspirée » de Virgile. Equivoque de cette épithète, et de celle de « divin »; conséquences. Pp. 385-890.

« Les livres de M. Le Hir étaient à ma disposition, et il avait une bibliothèque très complète » (1). Cette indication des Souvenirs ne se rapporte certainement qu'à la seconde année de Saint-Sulpice. En 1843-1844, Renan n'est encore qu'un élève, auquel on désigne les volumes à lire. Il reçoit, il est vrai, la visite de l'abbé Tresvaux, quand celuici vient à la Bibliothèque du Grand Séminaire (2), et cette intimité lui a peut-être ménagé quelques vues particulières sur cette collection, qu'il dit être « belle et nombreuse » (3). Toutefois, si les ouvrages consultés par l’historiographe de la Bretagne ont donné des idées à son jeune ami, elles ont dû profiter au futur auteur du Broyeur de Lin ou de Saint Renan, bien plutôt qu’elles n’ont favorisé l'émancipation du

clerc.

1) Souv. d’Enf., 252-253.

(2) Cf. supra 250.

(3) Lettre à Mme Renan du 15 mai 1844.

Il est certain, en effet, que les livres lus par celui-ci dans les premiers mois de 4844 n'ont pu envelopper sa pensée d'une atmosphère d'orage. La liste en est assez facile à dresser, d’après ses écrits de cette époque, qui portent aussi la trace de lectures antérieures. On y rencontre les noms de Bossuet et de Son historien; ceux de divers annalistes de l'Eglise, et d'un polygraphe comme J. de Maistre ; le philosophe abbé Maret ; un apologiste, Grotius, et un littérateur, R. Lowth. Seuls ont été négligés, à ce qu'il semble, les Théologiens proprement dits. Non que les professeurs de Dogme et de Morale aient omis de les signaler à leurs élèves. Non qu'il n'y ait pas eu alors, dans ce genre, des ouvrages réputés : la presse catholique faisait au contraire grand cas, par exemple, de la Symbolique de J.-A. Môhler, où se continue la polémique de Bossuet contre les protestants (4). Maïs l'esprit de Renan était si peu tourné de ce côté que les œuvres théologiques de Bossuet lui-même ne paraissent pas l'avoir occupé, du moins directement.

Ce qui, en revanche, continue de lui être familier, ce sont les Sermons. Il y fait plusieurs allusions vagues (5), et il consacre deux ou trois lignes précises au Sermon pour la véture d'une nouvelle catholique, qu'il a très présent à la mémoire, sinon sous les yeux. Sans doute songe-{t-il aux Ælévutions, quand il évoque «les théories de Bossuet sur les mystères ». Enfin il rouvre l'Histoire Universelle, non seulement à l'endroit du Concile de Chalcédoine, mais aussi pour y lire les pages relatives à cette création du monde, dont ïl est en train de traduire le récit avec M. Le Hir (6).

Ces indications sont les £seules qu'on puisse donner avec quelque assurance. Le manuscrit du Cours de Dogme porte bien cette addition, en marge d'une définition de l'Eglise : « Bossuet la prend avec Claude, il ajoute : «externa seu visibilis », mais il a besoin de le prouver, car les protestants nient ». Cette note vient-elle directement de Bossuet ? On n'est pas obligé de le supposer, si elle s'explique, à la rigueur, par Bailly (7).

On doit aussi tenir compte d’un livre où les controverses de l'évêque de Meaux ne sont pas peu développées : l'Histoire de Bossuet du Cardinal de Bausset, si célèbre à Saint-Sulpice, et que M. Philpin recommandait à propos de la Déclaration. C'est alors, semble-t-il, que Renan lut cet ouvrage, la plume à la main. $i l'auteur n’en est pas toujours exact (il atténue, par exemple, les signes de l'hostilité que les quatre

(4) Voir, sur l'importance de ce livre, E. Vermeil, Jean-Adam Môhler et l'Ecole catholique de Tubingue (1815-1840), ch. X et XI. Renan a écrit sous la dictée « Meler », et il n'a pas corrigé. IL est vrai qu'autour de lui, l'orthographe n’est pas toujours respectée. Ainsi Maret imprime « Moelher ». De mème pour Perrone (Renan : « Peronne » ; Maret : « Perone »).

(5) « Saint Grégoire est un de ceux dont [Bossuel] à le plus fait usage en ses Sermons... » ; € Bossuet, dans ce Discours comme dans ses autres sermons.…. mule dont il se sert ou d’une autre semblable dans ses Sermons ».

(6) Cf. la Vulgate de Renan, note à Gen., I, 31; et infra 370.

{7) Cf. Theologia, t. II, 233 et 251 n. 1.

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