‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 172 sur 369 · LES HISTORIENS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES HISTORIENS DE L'ÉGLISE

articles rencontrèrent à Rome), si l'on piétine avec lui, et si la masse des textes qu’il apporte fait perdre de vue la perspective générale, d'un autre côté la richesse de cette documentation originale permet au lecteur de se former une idée personnelle et très vivante des principaux personnages du temps. Des lettres comme celles à l’abhé de Rancé ou au cardinal d'Estrées aident à comprendre le Sermçen sur l'Unité. On les trouve mentionnées dans le travail de Renan. Mais sa curiosité ne s’est pas limitée aux événements de 1681-1682. C'est Pausset qui l’instruisit des disputes de Bossuet avec Grotius et R. Simon (8) ; c'est à lui qu'il emprunta plusieurs traits relatifs au grand prélat et à son œuvre. Et cette influence ne fut pas sans lendemain, si peut-être des notes prises à la lecture la prolongèrent. En 1845-1846, il se souvenait encore du paragraphe où M. de Bausset parle des études mathématiques de Bossuet, et de la réflexion qu'avait inspirée à cet historien l’état dans lequel l’auteur et son neveu laissèrent les Sermons : « Bossuet, qui a obtenu tant de gloire, ne pensait jamais à la gloire. Tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a écrit, était commandé par un devoir pressant, ou par un grand intérêt. Il ne concevait même pas comment on faisait un livre pour faire un livre » (9).

De pareilles vues justifient l'intérêt de Renan pour cette chronique religieuse du XVII siècle. I1 y retrouvait aussi des figures connues, comme celle de l'abbé Fleury, dont l'Histoire ecclésiastique était au nombre des livres signalés par M. Philpin. On ne sait si le jeune homme suivit cette indication, ni s’il utilisa l'ouvrage de l'abbé Receveur, auquel le même Directeur renvoyait à propos du Concile de Rimini (10). L'Histoire abrégée de l'Eglise de l'abbé Lhomond, lui fournit un détail. Mais son auxiliaire ordinaire a été l'abbé de Bérault-Bercastel, qu'on 2 déjà eu l’occasion de nommer, et que le professeur de Dogme avait recommandé pour l'affaire du monothélisme. Renan prit sur le tome VII de lHistoire de l'Eglise des Notes qui nous ont été conservées (11), et il avait le tome V sous les yeux quand il rédigea son étude du Sermon sur l'Unité, tantôt le transcrivant presque textuellement, tantôt mettant son gallicanisme en forme. Car Bérault était gallican comme Bailly, son contemporain (12).

Ces deux derniers ouvrages, écrits avant la Révolution, ne tardèrent pas à paraître peu en harmonie avec l'esprit du nouveau siècle. Ils furent remaniés dans un sens ultramontain, ou « interprétés ». C'est

(8) Cf. E. Renan, Trav. de Jeun., 106 et n. 29 ; mais aussi le présent ouvrage, supra 74. ‘

(9) Voir respectivement Notes à De la connaissance de Dieu, etc..…., p. 188 (cf. Hist. de Bossuet, Livre I, ch. VIII), et Nouv. Cah. de Jeun., 267 (cf. Hist., Pièces justificatives du livre II°, 755).

(10) Cf. Receveur, Hist. de l'Egl., t. II, 1. VIII; et supra 25 n. 11. (11) Cf. Bérault, lib. laud., 99 sq.

(12) Le dernier des vingt-quatre volumes de l'Histoire de l'Eglise parut en 1790. L'auteur s’en délassa en préparant, pendant les affres révolutionnaires, une réédition de son Traité complet pour l’éducation des serins (1795).

ainsi que J. de Maistre voulut bien, en faveur de l'intention qu'il lui prôtait, excuser Bérault d'avoir « conféré aux évêques le pouvoir de juger le Pape » (13). Cette décision, certes, « prêterait le flanc à des réflexions sévères » : mais il faut savoir « qu'elle n'était, de la part de l’estimable auteur, qu'un innocent artifice pour échapper aux Parlements et faire passer le reste ».

Quoi que vaille ce commentaire, ce n’est pas sans dessein qu'on l'a reproduit. L'Histoire ecclésiastique, en 1844, est depuis de longues années sous la férule de l'écrivain savoyard, qui se l’est adjugée d’une main tour à tour habile et brutale. Bien que ni les maîtres, ni les livres classiques n'y soient ouvertement ultramontains, bien même qu'on n'ose trop s’y réclamer de J. de Maistre, Saint-Sulpice n'en a pas moins subi son influence. On le voit et aux autorités qu'il met en ligne en face des gallicans, et à l'usage qu'il fait de ceux-ci.

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Sans l’ascendant de J. de Maistre, il n'est pas sûr que M. Philpin eût fait état des ultramontains Bellarmin et Orsi, et qu'il eût songé à exploiter les Nouveaux Opuscules de Fleury. En revanche l'Histoire de cet « ami intime » de Bossuet lui aurait inspiré plus de confiance, et il l'aurait recommandée sous une forme moins restrictive et réticente qu'il ne l’a fait, en disant seulement à propos du Concile de Rimini : « Fleury, assez exact sur ces [événements] ». Il n'est pas jusqu'à Bossuet, que la critique adroitement modérée de l’auteur du Pape n'ait quelque peu atteint dans l'esprit de ses admirateurs. Le professeur de Dogme n'était pas loin de penser, comme J. de Maïstre. que Bossuel s'était «repenti» d'avoir écrit la Défense de la Déclaration, au moins ie passage relatif à la chute de Libère ; et que la preuve en est une cerlaine note, empruntée par M. de Bausset au Journal de Ledieu (14).

Si forte qu'ait été l'action maïistrienne dans la controverse gallicane. elle débordait encore ce sujet. Non seulement M. Icard utilisait, on l'a dit, les Lettres sur l’Inquisition, mais la Dissertation de Renan sur la Charité et la Rédaction de son Cours d'Hébreu portent toutes les deux la trace d’une idée fort répandue älors (15), et qui provient moins des Soirées, où elle n'est qu'effleurée, que de l'Eclircissement sur les Sacrifices (16). Nous voulons parler de cette opinion, que « l'âme des animaux est dans leur sang ». Maistre l'avait fondée sur deux textes bibliques, tirés du Zévitique et de la Genèse (17). Le premier était rappelé

(HSMCE DV Pape, Lulu ; (14) Cf. Du Pape, 1, 144; et Hist, de Bossuet, 780** (Pièces justificatives du livre VIe).

(15) Cf. par exemple E. de Moy, dans Univ. Cath., avril 1840, 272, 275, n. 1.

(16) Cf. J. de Maistre, O. ©, € V, 125, 295 sg. |

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