VII
Certaines d’entr'’elles visent à éclairer l'origine du Livre de Job Est-il dû, comme le croit Heath, à un inconnu qui l'aurait composé pendant la captivité de Babylone ? Lowth repousse une pareille hypothèse, mais il s'émancipe quelque peu au sujet des éerils sapientiaux. S'il attribue à Salomon l'£cclésiäste et le fond des Proverbes, il ne lui reconnaît à aucun litre la paternité de l'£cclésiastique ni de la Sagesse. Bien entendu, ces « idées systématiques » sont relevées au passage par Sicard, qui allègue, pour les rectifier, l’« illustre » Huet et sa Démonstration évangélique.
Il n'a pas besoin de faire appel à cette autorité dans la question äes Psaumes. Lowth et Michaelis s'accordent à ne pas permettre qu'une <ritique audacieuse rabaisse jusqu'après le retour de Babylone la composition de ces poèmes (82). Une pareille théorie, déclarent-ils, ressemble aux rêveries du P. Hardouin, « qui voulait que les odes d'Horace fussent du siècle de la plus basse latinité ». Cette exécution sommaire est tout à fait dans la manière du traducteur lui-même, qui opère en son nom contre les adversaires Ue la mosaïcité du Pentateuque. Ces modernes, « incapables de lire une ligne des Livres Saints dans ie texte original» (c'est le cas de Sicard, mais il l’oublie !) n'ont-ils pas osé Cavancer, dans leur présomptueuse ignorance, que le Pentateuque...
(81) Essai, 71 (sur les collèges de prophèbes) ; Cah., 3 (sur le style « parabolique ou sentencieux ») ; Revue de Paris, art. laud., 461 et n. 2 (voir encore Leçons, II, 128-129, 213-214), 462 n. 8 et cf. Renan, T'rav. de Jeun., 178 n. 3; Hist. des L. Sém., Ie éd., 84 n. 1, 95 n. 2; C'ant. des Cant., 83-84 et notes, 133 (cf. H. Tronchon, Ernest Renan et l’étranger, 318, 319 n. 1) ;Vie de Jésus, 447-448 ; Antechr., 330-331.
(82) Toutefois Michaelis date ce temps le ps. CXXXVI, « quoiqu'il soit de la dernière élégance » (Leçons, II, 63 n. 2).
n'avait été écrit qu'au retour de la captivité de Babylone, et qu'Esdras en était le véritable auteur » ? « Système téméraire, déjà. réfuté et mis en poudre par les démonstrations les plus victorieuses », et Uont les auteurs devraient bien « rougir », maintenant que « M. Lowth et M. Michaelis » ont déclaré l’un comme l’autre « que le Pentateuque offre le modèle le plus parfait du langage hébraïque De ce fait incontestable, ne résulte-t-il pas en faveur de l'authenticité du Pentateuque unepreuve qu’on peut appeler matérielle. ? » (83)
Que Renan ait résisté à cet endoctrinement, rien n'autorise à le croire. L'impression qu'il éprouvait à déchiffrer le texte original de la Genèse et de l’Exode dut Méconsidérer à ses yeux l'excès simpliste de la thèse adverse. Lowth n'aura pas eu plus de peine à lui faire partager ses vues. sur ce qu'il appelle l’ayfcwrordbetx divine. Loin (le nier les faits, il reconnait au contraire que l'A. T. attribue à Dieu toutes les passions humaines « sans nulle sorte d’adoucissement », y compris celles qui « semblent souillées par le’ mélange du limon terrestre, telles que la colère. la haine, la vengeance ». Mais ces représentations sont légitimes, eu égard à la constitution de l'esprit humain. Dieu n’a pu « rendre sa nature sensible aux perceptions obtuses de notre entendement » qu'à la condition de «rétrécir… sa grandeur infinie » : c'est ce qu'il a « daigné » faire, en l'enveloppant à nos yeux d'« emblèmes grossiers ». Cette explication s'accompagne chez Lowth d'analyses ingénieuses, destinées surtout à empêcher (mais y réussissent-elles ?) que l'on ne disculpe pari modo Homère d’avoir, comme Longin le lui a reproché, «fait des hommes de ses dieux ».
Quoi qu'il ait pensé de ce dernier point, Renan donna certainement plus d'attention à un problème déjà rencontré au Cours lle Théologie morale (84), et qui se présentait de nouveau. Un certain « Warburthon » (sic) a, dans son ouvrage De la divine mission de Moïse, avancé «cette assertion étrange que le livre entier de Job n'offre aucune trace » de la croyance à une vie future. Heath a épousé cette ‘idée, en expliquant par là l'impuissance de l’auteur de ce drame à résoudre le problème du mal. A quoi Michaelis, qui rapporte ces théories surprenantes, n'oppose guère que, son indignation (85). Réponse W'autant moins suffisante que l’accusation portée contre Job peut s'étendre, selon certains, à la plus grande partie de l'A T. Il en ressortirait que les Hébreux n'ont point toujours admis « la permanence des âmes après la mort». C'est ce qu'ont soutenu entre autres Leclerc et aussi « M. de Voltaire», dont Sicard formule ainsi les conclusions : « [L'idée] de la permanence des âmes ne fut adoptée par les Juifs que pendant la captivité de Babylone, et les Sadducéens, qui niaïent cette permanence, avaient seuls conservé l'ancienne croyance ». Thèse dont le tra- Uucteur se débarrasse, en n'y voyant qu’un « renouvellement de SYStèmes anciens et déjà réfutés ».
(83) 1b., I, pp. XIV-XV.
(84) Cf. supra 42.
(85 Leçons, II, 336-337.