RENAN TRADUCTEUR DE L’A
Enfin il a rédigé, pour le n° 1, une «traduction paraphrastique » en français, et pour les quatre premiers chapitres de l'Exode, une traduction française sur deux colonnes (version littérale, et version «dépouillée d'hébraïsmes ») (5).
Le n° 5 contient quatorze fois les mots « je » ou « me », C'est dire qu'il faut y voir un travail personnel de Renan, dont les premiers pas, cireonspects et lourds, ne tardent pas à devenir plus assurés et plus vifs. Le n° 4 correspond fort bien au témoignage du 29 mars 1844: «Nous expliquons la Genèse en classe »; on y trouve la Note à laquelle l’auteur des Cahiers de Jeunesse renvoie ainsi : « V. Not. de M. Le Hir sur » etc. (6). Les autres textes offrent ce caractère commun, d’appartenir au genre « poétique »; ils auront donné lieu ‘à une sorte de second Cours, que M. Le Hir a peut-être professé parallèlement au premier. Deux d’entre eux, cependant, doivent être mis à part: il n’est pas sûr que les numéros 1 et 9 aient été expliqués en classe. On croirait plutôt que Renan y a travaillé tout seul, en recourant de temps en temps à son professeur, ou mieux en s’aidant de Notes que celui-ci lui aurait passées.
Cette hypothèse résulte de remarques trop nombreuses et trop menues pour être rapportées ici. A fortiori ne pouvons-nous indiquer toutes celles qui autorisent à présenter comme suit l’ordre chronologique de ces études (ce n’est pas celui qui a présidé au foliotage):
Deuxième trimestre : premier cours, Gen., I-VI; second Cours, Gen. XLIX; travail personnel, Ex., I-VII (du moins sa majeure partie). Troisième trimestre: premier Cours, Gen. VII-XII; second Cours, les trois Cantiques de Moïse et le Cantique de Debora; à part, l'étude sur le Cartique d'Habacuc et le psaume LXVIIT.
Le moins sûr dans ce tableau serait la place du chapitre XLIX de la Genèse. On ne saurait affirmer non plus lequel des deux derniers morceaux à été traduit après l’autre.
Quant à distinguer les parts respectives du maître et de l'élève, cette difficulté se sent avec plus d’acuité que jamais. Sans doute certains com pléments se reconnaissent-ils à leur titre, à leur présentation, à d’autres signes matériels: ainsi l’on voit bien ce que Renan a ajouté de lui-même dans sa Rédaction sur le verset 22 des Bénédictions de Jacob. Mais ce sont. là des exceptions: en général les Notes brutes de classe (que nous n'avons plus) se sont amalgamées avec les réflexions de l'étudiant. Iei le document Glaire fait défaut, et l'étude imprimée de M. Le Hir sur le Cantique de Debora et le psaume Exsurgat n’est pas telle qu'on puisse en tirer grand parti. 11 faut donc se résoudre à attribuer une opinion au Sulpicien ou au séminariste, selon qu’elle s'énonce à l’aide de la première personne du,
(5) Celle-ci manque à Æx., IV, 24-26 : c'est le passage sur la circoncision et 1’ « époux de sang ».
(6) C'ahiers, 30.
pluriel (7) ou du singulier. L'on imputera aussi à Renan les considérations qui s'accordent plus ou moins mal avec le contexte, depuis les négations jusqu'aux parenthèses, en passant par les objections, les réticences («II faut avouer pourtant. »), les hypothèses («ne pourrait-on voir, etc...? 5»), Sans négliger les additions qui confirment l’idée de M. Le-Hir, ou qui la développent: elles sont plus rares.
Cette discrimination est indispensable, si l'on veut savoir, parmi les auteurs que Renan mentionne, ceux dont il parle par oui-dire, et ceux qu'il consulte personnellement. La graphie onomastique donne, à cet égard, des indications précieuses. S'il avait lu de ses yeux Niebuhr, sans doute il n'aurait pas écrit Nibourg, etc. (8). Toutefois ce critère n'est pas décisif. Renan a eu entre les mains un opuscule de Franck, ce qui ne l'empêche pas d'omettre le c de ce nom, Il emploie partout « Pagnini » au lieu de Pagnin, ce qui n’est guère concevable que si M. Le Hir a commis lui-même la faute, soit en confondant l'hébraïsant du XVI° siècle avec l'humaniste du XVII, soit plutôt en prenant tel quel le génitif d'un titre. L'habitude de cette forme explique que Renan n'ait pas fait la rectification, bien qu'il en ait eu l'occasion.
Ainsi, n'eût-on que celle sorte d'indice, on serait embarrassé. Même combinée avec d’autres, elle ne porte pas toujours la conviction danse l'esprit. C’est sous cette réserve que l’on va exposer les résultats acquis, en tenant compte aussi d'un manuscrit de peu postérieur (9).
IT
En fait de Grammaires, le Manuel des séminaristes, on le sait, est celui de l'abbé Glaire : Principes de grammaire hébraïque et chaldaïque. Renan s'y reporte surtout au début, en abordant l’'Exode, mais il y emprunte encore plus d'un détail à la fin de l’année (10). Les renvois tombent juste sur les numéros de la première édition, mais non, du moins dans le manuscrit de Tréguier, sur ceux de la troisième; nous n'avons pu consulter la seconde. La croix qui accompagne certains numéros est le signe employé par Glaire pour avertir les commençants qu'ils doivent passer ou lire plus vite.
La Grammaire de Schroeder fait seulement l’objet de trois mentions: au terme des Notes sur le chapitre IX de la Genèse, et, coup sur coup, à propos des Bénédictions de Jacob (v. 15 et 17). Les « règles de Schroeder » seront rappelées à Tréguier, où Renan fondera une conjecture sur la
:(7) Voir à Gen., II, 25 : « Nous ne sommes pas partisans d icati ten. : < S pas partise e cette explicat {C'est M. Le Hir qui parle) ». É de
| (8) De même, les îles « Gambiés » pour Gambier. Comment s'explique la correction de « Dracke » en Drach (£° 296 r.) ?
(9) Le travail sur les Psaumes. Voir le dernier Livre du présent ouvrage.
(10) La note au v. 5 de l'Æxrsurgat (usage du merkä-mahpach dans les Psaumes le Livre de Job et autres livres poétiques) est transcrite des $ 58 et 52 F.