‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 187 sur 369 · LES DICTIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES DICTIONNAIRES

Grammaire de Ladvocat (11). Il se reporte aussi à son propre Cahier (12), comme le prouve une Note au chapitre VIT de la Genèse, v. 22: «V. not. grammat.…. ».

Le Dictionnaire nommé le plus tôt et le plus souvent — il a surtout été d'un usage courant dans l'étude de l'£Exode —, c'est le petit Lexique d'E. F. Leopold : ouvrage élémentaire, dont les Sulpiciens n'avaient rien à craindre, bien que son auteur fût « protestant » et noté comme tel {13). Nous avons dû travailler sur une édition postérieure; aussi, quand elle n'offre pas exactement ce qu'on lit chez Renan, n’en peut-on rien inférer,

Plus tard, M. Le Hir autorisa l'usage du Lexique de J. Buxtorf, mentionné à propos du chapitre VI de l’Exode, v. 3. Jusque-là, l'élève s’en est passé, une citation antérieure (sur le sens de Keroub, Gen. III, 24 étant due très probablement au professeur. En tout cas, Renan l'utilise à partir du chapitre VI, et surtout au chapitre XLIX de la Genèse: il y trouve alors l'intérêt de la nouveauté. Mais il l’a, au total, beaucoup moins consulté que Leopold; et cette constatation s'étend au travail de vacances, où, sauf pour trois psaumes (n°° 4 à 6 -dans l'ordre du manuscrit), Buxtorf n'a dû être ouvert qu'à intervalles assez éloignés. La raison en est peut-être qu'à la différence de tous les autres, ce Lexique demande à être feuilleté de droite à gauche, ce qui ne laisse pas de rebuter.

L'on s’expliquerait ainsi que l’exemplaire de la Nationale (acheté d'occasion) soit relativement frais. Il répond, en tout cas, aux références de Renan, références très précises puisqu'elles comportent souvent — pratique plutôt rare chez lui — le numéro de la page.

Quand ik traduit le v. 13 du chapitre XLIX de la Genèse, et le v. 23 du chapitre VIT, il déclare n'avoir trouvé quelque chose ni chez Leopold ni chez Buxtorf, et il ne dit pas l'avoir cherché ailleurs. Par conséquent, à cette date, ces deux Lexiques sont les seuls dont il se serve. Il ne s’est procuré qu'ensuite celui de l'abbé Glaire.

Cet ecclésiastique, qui avait publié un premier Dictionnaire en 1880, venait d'en faire paraître un second en 1843. Bien qu'il présentât celuici comme une réédition augmentée de celui-là, ils sont notablement différents. L'un suit l'ordre des racines, l’autre l’ordre alphabétique. Comme le remarque un rédacteur anonyme de l'Ami de la Religion, détracteur à la fois fielleux et douçâtre, l'ouvrage de 1830 a pour fond le Lexicon de J. Buxtorf, et celui de 1843, le Lexicon de Gesenius (14). Aussi bien l'au-

(11) Ps. XIX, 5 et LXXI, 18. — Abhé J.-B. Ladvocat, né à Vaucouleurs en 1709, mort à Paris, en 1765. Premier titulaire de la chaire d'Orléans (cf. infra 546), il ne pouvait, d’après les statuts de la fondation, employer que quinze jours, un mois au plus, à exercer ses élèves sur la grammaire. Il se flattait, par ce manuel, de leur inculquer les principes de la langue dans ce laps de temps.

(12) Ce sont les feuillets intitulés Sur l'alphabet hébreu; cf. supra 115. (13) Cf la Note à Gen, VI, 3.

(14) Voir dans l’Ami, t. CXX, les deux articles des 6 et 23 janvier 1844 (pp. 34 et 158) avec les réponses de Glaire (20 janvier, 17 février).

teur, dans un mouvement de modestie, le reconnaît-il lui-même: « J’aï suivi en grande partie le Manuel de Gesenius, le reproduisant souvent à la lettre ». Cependant il revendique comme siennes un certain nombre d'explications nouvelles, signalées par l'encadrement de deux astérisques. L'anonyme en compte cent-vingt-quatre en tout, et il se charge de dire à quels hébraïsants Glaire les a empruntées. Cette compilation n’a donc pas grande valeur scientifique. Son principal intérêt est d’un autre ordre: l’'anonyme de l’Ami le définit clairement quand il reconnaît à l’abbé Glaire le mérite d'avoir «mis l'œuvre du protestant rationaliste d'accord avec les principes catholiques ».

De cet ouvrage assez épais, Renan est demeuré plusieurs mois sans se servir. C’est M. Le Hir qui prend position à l'égard des reproches adressés à Glaire pour le sens adopté par lui, au chapitre IV de la Genèse, v. 15, «dans la dernière édition de son Dictionnaire ». En revanche, le travail sur Habacue IL offre cette Note (au v. 6): « Voy. en Gl. Dict. plusieurs exemples de ce sens, olâäm, 2, a », section qui n'existe que dans le Lexicon de 1843. C’est le même que visent, à n’en pas douter, les références relativement nombreuses de l'étude sur le ps. LXVIII (15); le même aussi que le jeune hébraïsant cite à propos du v. 22 des Bénédictions de Jacob (16). C'est donc à la fin de l’année scolaire qu’il aurait rédigé cette explication personnelle; et qu'il a dû emprunter un exemplaire du ZLexicon de 1843, pour l'emporter en Bretagne, au moment voulu.

Reste la question la plus importante, celle de Gesenius. Que Renan l'eût consulté dès lors, et le rationalisme aurait imprégné directement sa pensée. Mais il n’en a rien fait, ni avant son départ pour Tréguier, ni pendant ses vacances.

À priori, cette thèse négative est vraisemblable. Quel ouvrage pouvait-il utiliser? Les Lexiques en allemand? Il ne savait pas cette langue. Le Thesaurus, d'ailleurs inachevé (17), était trop volumineux et (rep savant. Il a possédé, il est vrai, le Lexicon de 1833. Mais l’exemplaire de la Nationale (18) n'a été acquis que dans la seconde année de Saint- Sulpice : plusieurs indices, et notamment la nature de ses Notes marginales, ne laissent aucun doute à ce sujet. Ainsi, à l’époque où nous sommes, il aurait fallu que le Leæicon fût prêté au séminariste, et il n'a pas dû l'être.

Que l’on songe, en effet, à la réputation de Gesenius parmi les catholiques. Le jugement de M. Le Hir nous est connu. Mais l’anonyme de

El au ns Roue signale que Glaire donne à arâboth « le sens de plaine. par accident », et au v. 14, il lui attribue pour schephathäjim la version falisca: or cf. Lex. de 1843, 445 et 583, et opposez celui de 1820” (251, 358). : NES (16) « V. Giese Dict. ad hanc vocem [schour] », et « C'est. le sens que M

aire en son ictionnaire donne à sad » (cf. Lex. à 154 - È opposez celui de 1830, 335 et 282). ten SR TRUE 1e

(17) IL s'arrêtait au mot schâbar, la mort ayant frappé Gesenius le 23 octobre 1842.

(1S) Cf. H. Girard et H. Moncel, Bibl. renan., p. 19, n. 50,

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