APERÇUS SUR L'ORIENT ET L'OCCIDENT CIVILISATIONS ET LANGUES
SOMMAIRE
FE La «géographie sacrée » : Palestine et pays voisins. L’habitat, le vêtement, la toilette, les repas, ir famille, les animaux domestiques: la vie publique; les sciences et les arts; les mesures et les monnaies; la religion. Quelques mots sur la liturgie des Juifs et des chrétiens. Pp. 407-411.
TT, Les références bibliques dans le Cours de 1844. L’Ancien Testament. Ses rapports doctrinaux avec Saint Jean; la philologie hébraïque au service de l’exégèse évangélique, — Génie littéraire des Hébreux : habitudes de composition, figures et thèmes : la «marche triomphale de Dieu »; rôle poétique du Sinaï. Pp. 411-414.
III. Nouvelles indications grammaticales. De « l’investigation de la racine ». Conjectures sur un état antérieur de la langue; archaïsmes bibliques. Les noms significatifs de lieux et de personnes. Autres mots intéressants à divers titres. Si Fon peut saisir toutes les nuances de l'hébreu. Ses richesses spéciales. — Caractères de la poésie sacrée : constructions, vocabulaire, versification. — Influence des mœurs sur la langue et le style; éléments d’une psychologie d'Israël. Pp. 414-421. Ù -
IV. L'écriture de l'hébreu; sa prononciation. Comparaison phonétique des langues. Homophonies (noms de nombre; mots usuels); leur interprétation. Les sons, leurs transformations, leurs relations fixes avec les idées. Où le théologien reparaît. Pp. 421-424.
V. Les idiomes orientaux. — Le grec, le latin et le français, rapprochés de l'hébreu (grammaire, lexique). — Conclusions : lois de linguistique; le génie des langues. Pp. 424-428.
VI. Civilisations et lettres classiques. L'immobilité de l'Orient et ses avantages; les Arabes. Parallèles occidentaüx. Emprunts à notre littérature. Pp. 428-430.
Il n'est pas besoin d’avoir lu Lowth pour sentir que l'exégète doit être un bon orientaliste. Il a intérêt à connaître même le régime des eaux et le climat des lieux où l'histoire biblique s'est déroulée. Les « fleuves éternels », par exemple, ce sont ceux qui ne cessent pas de couler, « parce qu’en Orient on [les] distingue [de] ceux qui ne sont que temporaires dans la saison des pluies et dans la fonte des neiges ». Par « souffle (ou frais) du jour », entendez le « vent frais [qui] s'élève ordinairement en Orient au Fa du jour » (1).
Une topographie exacte serait aussi bien nécessaire. NE rte ment, sous ce rapport, les anciens ne peuvent guère nous instruire : ils n'avaient sur les contrées éloignées que « des notions très confuses ». Le Nord, pour eux, c'était seulement un « pays sombre, lieu de tempêtes ». Un nom comme celui du Phase était si loin de leur rappeler une idée précise, « qu’ils l’appliquaient à trois cours d’eau ».
Au Sud, en revanche, l'Egypte est entrée dans l'horizon des Hébreux, assez pour que l’auteur du Cours fasse deux ou trois remarques sur ses
(1) Gen., XLIX, 24; à propos de « fluvios Ethan » ; III, 8
mœurs et son histoire (2). Il explique l’origine du nom de Souph (jonc), donné à la Mer Rouge : son fond est couvert d'herbes marines. À fortiori l'amateur de « géographie sacrée » s'intéresse-t-il et aux régions voisines de la Palestine, et surtout à celle-ci. Il localise Théman (en Idumée) et le Pharan (en Arabie Pétrée); il rattache Sidon à sa racine (zajid, chasse, pêche), qui répond à sa situation sur la côte d'une mer poissonneuse. Autre nom commun devenu propre : le Négueb, pour désigner la plaine comprise entre les hauteurs de l'Idumée et celles de Jérusalem (que l’on appelait : « la montagne »). Comme productions, la terre de Chanaan offre ses chesnaies : celle de Moré (ainsi connue, selon M. Le Hir, du nom de son possesseur), et celle de Basan, nourricière de bêtes féroces. C'est aux biens de la Palestine que Moïse fait peut-être allusion, au v. 13 de son Cantique : « On [n'y] recueille guère que le miel sauvage dans les rochers, et... les terrains même inféconds et pierreux [y] produisent l'olivier ». Quant à la vigne de Sorec, dont parle Jacob, elle « produisait un raisin des plus délicats » et « était en grande réputation parmi les Juifs » (3).
Ceux-ci sont l'objet de remarques, dont les unes les concernent particulièrement (4), les autres valent aussi pour les Orientaux et les Anciens. Elles ont trait, en premier lieu, à l'habitat. Les « maisons fixes » des contemporains d'Habacuc, avec leurs fenêtres garnies de treillis (le besoin d'air rendant les vitres insupportables), ont succédé aux tentes, où l'on « pendait la vaisselle au clou ou cheville », — où les grands avaient coutume de se tenir assis sur des tapis. — Au sujet du vêtement (tunique, robe, etc), l'ancien étudiant d'E. Quatremère donnait à ses auditeurs des renseignements assez circonstanciés. « On trouve en Orient plusieurs espèces de manteau dont plusieurs sont taillées. Les plus remarquables de cette sorte. se composaient de deux pièces, l’une devant, l'autre derrière, lesquelles se nouaient sur l'épaule ; ce qui donnait à ce vêtement absolument l'aspect d'une chasuble ». — Un seul détail de toilette : les Orientaux,-dont la chevelure était habituellement retenue par des turbans, la déliaient quand ils voulaient la laisser flottante. — De Fleury, on tenait quelques indications sur les repas (5). On spécifiait que « les reins étaient chez les Hébreux le morceau le plus recherché de l'animal ». Leurs « cruches (nebâlim) avaient. la pointe. enfoncée en terre afin de mieux conserver le vin ».
La famille — et à l'origine « chaque peuple [n’était qu’] une tribu
(2) Les Egyptiens pratiquaient la circoncision. Sésostris a-t-il vécu avant ou après Moïse ? M. Le Hir se pose la question sans la résoudre avec certitude.
(8) Ex, KV, 4; Hab., III, 8; Gen., X, 15, XII, 8-9, 6: Deut., XXXIII, 22: Gen., XIIX, 11.
(4) Sur leur nom et son rapport avec celui d'Israëlites et de Juda, voir Note à Gen., XLIX, 10. Sur «la tribu de Ruben, près du Selmons, voir Note à ps. LXVIII, 15. Et infra 516.
; (6) CÊ. supra 370. Voir aussi la Note à Deut., XXXII, 14, sur la crème et le romage. d