‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 193 sur 369 · ARCHÉOLOGIE SACRÉE · texte numérisé non relu

ARCHÉOLOGIE SACRÉE

ou même une famille » (6) — se composait de membres solidaires : le « Gohel » vengeait la mort d’un parent sur la personne ou un des proches du meurtrier. Les héritages se mesuraient et se partageaient avec une corde.

On avait des animaux domestiques (7), notamment des ânesses, monture des grands. L'on se servit de mules en Judée, jusqu’à ce que ‘ Salomon y répandiît et mit en honneur les chevaux. Un verset du Cantique de la Mer Rouge (le 4) mentionne l’usage de chars de combats. Les « trois éléments de l'Etat » chez les Orientaux sont bien représentés au v. 31 du ps. LXVIIT : roi, princes, peuple. Le verset suivant donne quelque idée de la cérémonie de l'hommage. Les sceptres des anciens étaient fort longs, et « c'était l'habitude des souverains d’avoir un scribe assis à leurs pieds pour écrire sous leur dictée » (8). L'écriture était si peu répandue, que savoir écrire constituait une grande distinction. Le mot légach rend le caractère traditionnel de la seience avec « une justesse remarquable, surtout en Orient, et à cette époque ». L'industrie naquit tard : « II est assez -douteux que le verre fût connu dès le temps de Moïse, et que l’on connût le procédé de le faire avec du sable ». La musique, en revanche, était très goûtée, mais l'on ne sait pas bien sur quoi elle se jouait. Le cinnor (l’« instrument plaintif » des Septante) correspondait sans doute à la lyre des anciens : il fait toujours le pendant du nébel (la harpe). Le ougäb était « probablement la flûte ou le haut-bois, ou un instrument à vent de cette espèce. Quelques-uns ont pensé que c'était la flûte de Pan, composée de tuyaux juxtaposés, mais. il faut croire que c'était un instrument plus compliqué, où il y avait des trous pour exécuter les différentes notes ».

Quant aux mesures, la coudée d'Egypte (celle que Moïse doit avoir en vue lorsqu'il parle de l'arche) valait environ dix-sept pouces français. Le calendrier des Juifs était réglé sur les révolutions du soleil et de la lune, avec interposition d’un treizième mois tous les trois ans à peu près ; l’année partait du mois de mars ou nisan (année ecclésiastique), ou du mois de septembre (année civile). — En fait de monnaie, les espèces ne sont guère entrées en usage qu'au temps des Asmonéens. Jusque-là les Juifs pesaient leurs lingots et y mettaient une empreinte qui « n'était que pour le possesseur » : ceux qui les recevaient « les pesaient de nouveau » (9).

Ces indications archéologiques habituent à tenir compte d’autres documents que les textes. Si nous connaissons la longueur de la coudée,

(6) Voilà pourquoi « populos », à Deut., XXXIII, 3, peut signifier «ses pères ». « En parlant des patriarches, on dit toujours en rapportant leur mort : appositus est ad populos suos ».

(7) Sur un animal sauvage comme le reëm, voir la Note à Deut., XXXIII, 17 et Leopold (oryx ? buffle ? sorte d’antilope ?).

(8) Jug., V, 26; Gen., VII, 11 (sens de aroubâh) ; Jug., V, 10; Gen., IX, 23; Jug., NV, 2; Deut., XXXII, 14; Ex., XV, 13: Deut., XXXII, 9; Gen., XLIX, 10.

(9) Jug, NV, 14: "Deut, XXXIT, 2, XXXIII, 19: Gen., IV, 21, VI, 15, VIII, 1 SDS XIV ITS

c’est par la colonne qui servait à mesurer la hauteur du Nil. L'histoire des alphabets hébreux est impossible, sans un recours à la numismatique (40). Des représentations plastiques nous renseignent sur la lyre des anciens, ou, comme les monuments de Persépolis, sur leur costume. Ilest regrettable qu'elles n'éclairent pas certains détails de la religion juive, et notamment ces mots d'urim et de thummim, que le v. 8 des Bénédictions de Moïse donne lieu d'expliquer : c'étaient, pense-t-on, « deux pierres précieuses que le grand-prêtre portait sur le rationnal (sic), sur [chacune] desquelles était écrit [l'un de ces mots]. Puis quand on voulait consulter le sort pour savoir ce que l'on devait faire, par exemple, ferons-nous la guerre ou non, on disait : S'il faut la faire, donnez Urim ; s'il ne faut pas la faire, donnez Thummim. Du moins c'est ce que l'on conclut de l'histoire de David, quand il consulta Dieu de cette manière (41). Les rabbins prétendent au contraire, que la pierre qui devait répondre, jetait un éclat plus grand » (12). On est mieux renseigné sur la distinction des animaux purs, et des impurs (corbeau, etc.) ; ainsi que sur les trois sortes de sacrifices en usage chez les Hébreux : lholocauste, l'offrande pour le péché, l’offrande pacifique ou d'action de grâces, dans lesquels la victime était ou consumée, ou mangée en partie par les prêtres, ou mangée en entier par les offrants.

Les prières font songer naturellement à la liturgie chrétienne. Voici une allusion au Pater, une autre au Benedictus (13). Le mot d'epinicium, dans les Notes relatives au Cantique d'Habacuc et au psaume, rappelle l'hymne ainsi nommée, le « Sanctus, Sanctus », par où finit la Préface de la Messe. L'interprétation de olâm provoque une citation furtive de ce « seculum par ignem » qui est à la fin du Libera.

Cette expérience de notre culte permet une induction sur celui des Juifs, et même elle sert à l’exégèse. Que M. Le Hir consulte le Pontifical à propos d’un mot hébreu (14), le détail est mince. Mais d'autres considérations ont une plus grande portée : la liturgie a réagi sur le texte de la Bible. « Dès les premiers siècles, on a introduit « a ligno », parce qu'on [1] ajoutait dans la liturgie à ces mots {d'un psaume (15)] : « Dicite in nationibus quia Dominus regnavit ». Pareillement, « le Pater porte à la fin une doxologie, parce qu'on le récitait à la Messe après le Puter ». Pourquoi la même chose ne se serait-elle pas produite chez les Juifs ? Comme l'Eglise l’a fait plus tard, ils auront extrait « des versets de la Bible pour les prières », quitte à ajouter les mots nécessaires à la

particularisation du sens. Ainsi s'expliquerait, notamment, une addition du nom de Moïse (16).

(10) Voir le f° 322 v., sur les médailles au nom de Judas et de Simon.

(11) S'agit-il de I Rois, XXIII, 9 sQ., ou db NNX A TeS QE d i ou XXI, 1? Cf. Renan, Hist. d'Isr., I, 278 et notes. FRS TES

(12) Cf. supra 372 et n. 44, et Buxtorf, Ler., 13. (13) Ce sont respectivement Matth, VI, 9 sq. et Luce, 1, 68 sq. (14) Lévi, « assumptus, additus : c'est à peu près le sens » (Gen:, XLIX, 5).

(15) Ps. XCOVI, 10. Ce « a ligno », selon Genebrard, est additi rophéti des Septante (Psalmi, 593). à De bre AU ee ||

(16) Cf. infra 436.

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