‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 194 sur 369 · RÉFÉRENCES A L'ANCIEN TESTAMENT · texte numérisé non relu

RÉFÉRENCES A L'ANCIEN TESTAMENT

Cette remarque de critique textuelle suffit pour l'instant. Ce qu’il convient ici de passer en revue, ce sont les parties de l’Ecriture avec lesquelles le Cours d'Hébreu à familiarisé Renan, accroissant toujours dans sa formation, par rapport à la culture gréco-latine, la part du génie oriental.

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Il connaît bien la Vulgate, où, remarque-t-il, l'expression « et nune » a souvent le sens de « enfin » (17). C'est là qu'il aura lu, sauf exception, les passages utiles à l'intelligence des Morceaux choisis. L'un d'eux, l'histoire de Rachel, lui a laissé un souvenir un peu sommaire : cette femme de Jacob, assure-t-il, fut féconde et excita la jalousie (18). Sans doute l'étude du ch. XV de l’'£Exode l'a-t-elle engagé à revoir le récit du passage de la Mer Rouge. Les flots, lui fit remarquer M. Le Hir, « revinrent sur les Egyptiens par derrière, puisque leurs cadavres furent rejetés du côté de l'Arabie ». Ensuite le peuple d'Israël était entré au désert : on l'y suivit. On assista à l'épisode des eaux de contestation (19), à la scène du Décalogue, au zèle des enfants de Lévi : « Descendant de la montagne, Moïse s'écria à la vue des abominations du peuple : qui a le zèle de la loi me suive. Lévi seul le suivit, frappant sans distinction ce qu'il trouvait ». Enfin la Terre promise fut en vue : « Le peuple », dit une Note additive à Gen., XLIX, 10, « ayant consulté Dieu pour lui demander qui monteruit à sa tête contre les Chananéens, Dieu répondit : Juda ». Le Premier Livre des Rois fournit (I, 6) un parallèle au v. 39 du Cantique de Moïse (20).

Les Psaumes contiennent des passages qui se répondent. Une Note renvoie au ps. Il, v. 9 : « Reges eos in virga ferrea ». Une autre porte sur les endroits où le poète érige une tente au soleil, « aux extrémités de la terre, à l'horizon où il se couche et se lève ». Il emploie fréquemment la formule « stabilisti eam » (la Terre promise) (21). Le Livre de Job n'offre pas de textes moins frappants, depuis la célèbre interrogation : « Quis genuit stillas roris ? » jusqu'à l'expression « flèches de Dieu » et au mot réscheph, qui y désignent respectivement la peste et les oiseaux. Au Cantique des Cantiques, ce dernier nom s'entendrait des « traits de l'amour divin » (22).

(17) E«x., III, 9 (Note à ve atâh).

(18) Cf. pourtant Gen., XXIX, 31 sq.

(19) Voir une allusion à cette journée dans le ps. XCV (v. 8), que Renan traduisit pendant l’été de 1844.

(20) « Après que j'ai fait mourir, je ressuscite; après que j'ai frappé, je guéris >. « Deus ad inferos deducit et redueit ». Cf. Trav. de Jeun., 174 et n. 3. — Ex., XIV, 80; XVII, 4, 7; XX, 3; XXXII, 26-28 (et cf. infra 487) ; J'ug., I, 1.

(21) Je ne trouve que « stabilivit caelos » ? encore est-ce dans Prov., III, 19.

(22) Cf. ps. LXVIII, 7, etc. et ps. CXIII, 9, ete... ; ps. XIX, 5; Job, XXI 28, VI, 4, V, 7 (Notes à Gen., VII, 11, XLIX, 10; ps. LXVIII, 10; Hab., SABRE Deut., XXXII, 18, 23-24).

Un autre écrivain sacré appelle Dieu la Sagesse; pareillement Michée dit du Messie : « Erit iste pax ». Jérémie et son angoisse ( « Mes os ont tremblé » ); Daniel, dont l'apostrophe : « O rex, in æfernum vive », prouve que les mots soulignés ont parfois un sens restreint; Ezéchiel, ses chérubins à six ailes, sa description du roi de Babylone (sic) aux enfers ; Isaïe, qui a représenté la même scène, et dont l'ironie défie les dieux étrangers de prédire quoi que soit, — cette sorte de citations, qui gagnerait à être plus abondante, n'en maintient pas moins le lecteur de -Lowth en contact avec le génie prophétique (23).

Il est aussi amené, par cette voie (24), au Nouveau Testament, qui offre avec l'Ancien maintes analogies. Les unes ont peu d'intérêt, soit qu’elles concernent le sens d'un mot (bévaros, « peste ») dans l’Apocalypse, ou l'ouverture du premier Evangile, ou le «abiit in montana» du troisième, ou le « in corde terræ » du parallèle de Jonas et de Jésus. Les rapports doctrinaux n'existent guère qu'entre l'A. T. et Saint Jean. Quatrième évangile : la déclaration « vos ex patre diabolo estis » répond à la malédiction du serpent ; ses « doctrines » sur la création de l'univers par le Verbe seraient à rapprocher du début de la Genèse, interprété d’une certaine façon. Première Epître : les mots hora novissima, « le dernier âge du monde », sont ceux dont les premiers chrétiens se servaient pour désigner leur époque : tant l'expression be-acharith était « passée en usage chez les Juifs », comme indicatrice des temps messianiques- ! Apoculypse : la périphrase du ch. I, v. 4, s'explique par le sens mystique de Jéhova chez les anciens (25).

Le grec des Evangiles s'éclaire aussi grâce à certains hébraïsmes. C'en est un que ce tour : « Non cognoscebat eum, donec peperit ». Le ôre (OU Gray) suivi de xa (« Kai Gr: ërhñoünsay [fuécat] xai ëxi0n ») rappelle tout à fait le « lorsque vous aurez mangé, et vous serez » de la séduction diabolique. Les remarques de vocabulaire ne sont pas moins profitables. L'une explique la composition du nom de Beelzébul, qui se lit chez Marc, et surtout chez Matthieu et Luc; l’autre, l'étymo-

logie du terme de rabbin (de râbäh) : « Rabboni (magister). C'est ainsi que Magdelène [sic] appelle N.-$. ». L'acception figurée de cornu en hébreu livre la clef de cetle phrase : « Et erexit cornu salutis nobis ».

«il nous à donné un sauveur puissant ». Olâm « est probablement

(23) Mich., V, 5; Jér., XXIII, 9; Dan., III, 9: zéch., XXVI, 16 sq. (prophétie contre Tyr) ; Zs., cf. infra 469-470 et 470 n. 47: XLI, 22 sq. (Notes à Gen., XLIX, 10; Deut., XXXII, 11; Gen., VI, 4; Deut., XXXII, 22,180).

(24) La mystérieuse « racine de Jessé » d'Isaïe (XI, 1, 10), reparaî . @ € e £ à. ; , reparaît dans l'Epître aux Romains (XV, 12). « Il semble », observe à son sujet une Note sur Deut., XXXIII, 28, « qu'il faudrait dire les rejetons : c'est la partie pour le tout ».

(25) Matth., I, 1 (équivalent de ëléh toledoth) ; Luc, I, 39 et Gen., XII, 8 (voir aussi à Luc, IT, 36, une mention de la tribu d’Aser) ; Matth., XII, 40 et Es. XV, 3 (be-lèb jûâm) ; Jean, VIII, 44 et Gen., III, 15: infra 44S et 461 et n. 23: I Jeunz TI 18 et Gen., XLIX, 10: infra 468. te oEe

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