‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 196 sur 369 · NOUVELLES INDICATIONS GRAMMATICALES · texte numérisé non relu

NOUVELLES INDICATIONS GRAMMATICALES

passif : « ma crainte » est celle que j'éprouve, ou que j'inspire. — Certains noms (mâth, etc.) ne s'emploient qu'au pluriel. Beaucoup, et particulièrement des noms propres (36), ont une origine verbale. La locution « filius arboris » pour « ramus » est un hébraïsme, ainsi que les substantifs en régime, qui suppléent à la pénurie des adjeetifs. « Comme les Hébreux avaient peu de substantifs et d’adjectifs, ils se servaient. ou de la tournure ben avec un nom abstrait, ou de la tournure baal, domi nus sagiltarum ».

L'état construit est d'autant plus remarquable en hébreu, que « les cas n'y sont pas distincts les uns des autres » (37). C’est la forme que: prend le premier composant de quelques noms propres. Alors le yod ou le vav du milieu servent à agglutiner-les deux parties du mot : Malkizédek signifie « roi de justice » (et non « mon roi. ») (38), et Mathouschalem, «vir pacis ». Cette sorte de jonction est assez déterminante pour qu'on se passe de l’article; ainsi fait-on dans l'expression Malakh Jahvé. Si elle ne: rappelle pas un ange quelconque, dont l’auteur aurait déjà parlé, elle signifie « le Verbe ». Pour qu'on doive entendre « un ange du Seigneur », un ange ordinaire, il faut que le second terme soit précédé d'un

lamed. >

Cette préposition se lit aussi très souvent dans le titre des Psaumes: (« un psaume à David » pour « de David », selon Muis et Vatable) (39). Comme marque du datif, elle s’omet fréquemment en poésie. Avec le verbe « dire », elle a le sens du de latin. — La conjonction ad (donec} n'implique pas, comme « jusqu'à ce que » en français, que « ce qui suit soit la limite de ce qui précède ». M. Le Hir désire si vivement ne lais— ser aucun doute sur ce point, qu’il s’'autorise de « mille exemples », dont il cite deux. Voici le second : « Sede a dextris meis, donec ponam.… » « ne veut pas dire que le Christ cessera d’être à la droite du Père, lorsque ses ennemis seront terrassés » (40). Quant au vav, si l’indistinction des cas ne permet pas d'assurer qu'il ait, en un endroit, « l'emploi arabe: de avec », on connaît bien, en revanche, son influence sur le verbe.

Il en change les temps (vav conversif) : le prétérit prend le sens du futur ou de l'impératif; le futur, celui du prétérit, voire, quoi qu’on en ai dit, du plus-que-parfait (chez Isaïe). Dans certain cas, le vav relatif fait aussi d'un verbe un futur. Mais la condition du futur précédent n’est pas toujours remplie: ainsi dans l'usage (si fréquent au début d'un discours, d’une prophétie) de l'expression ordinaire « il arrivera que. », « prise pour [indiquer] un futur ». Emploi du prétérit en la place du futur, passage de l’un de ces temps à l’autre et wice versa, quand lécri-

(36) « Un grand nombre de noms propres » sont des futurs non réguliers, mais seulement approchants, ainsi Jehouda. — Schiloh dériverait de la racine « tranquillus fuit », avec insertion d’un yod (Gen., XLIX, 1, 10).

(37) Cependant ia Note à Deut., XXXII, 14, mentionne une huitième déclinaison. (38) Cf. Trav. de Jeun., 170 et n. 15.

(39) Cf. ibid., 124-125 et 125 n. 2.

(40) Ps. CX, 1. Voir aussi Gen., VIII, 7, « donec siccarentur aquae ».

vain « rapporte au futur ce qui s'est déjà fait », — autant de phénomènes que M. Le Hir ne s'est pas lassé de décrire. Dans un « tableau », « la vraie manière de traduire serait par le présent »; dans un autre, où le passé et le futur « sont représentés comme se passant actuellement », le futur, au sens d’un présent indéfini, peut se rendre par l’imparfait. — Conclusion : ces temps, « véritable aoristes », « ne sont pas bien fixément déterminés ». Et « plusieurs hébraïsants » en sont venus « à n'établir dans la conjugaison hébraïque aucune distinction de temps, mais une distinction de modes, le mode indicatif, et le mode subjoncif. » (41).

. La plupart de ces Notes ont leur équivalent dans la Grammaire de Glaire (42), qui se termine par un Appendice sur « l’investigation de la racine ». De son côté, M. Le Hir observe — et Renan le rappelle à propos d'Issachar — que les noms antiques offrent à cet égard des difficultés, leur « dérivation n'étant pas toujours très régulière ». Parfois l’on se demande si le mot est primitif ou non. Ainsi isch vient peut-être de änasch, « être mortel, affligé, misérable, comme le sont d'ordinaire les hommes ».

Cette enquête conduit à deux résultats, qui dédommagent de ce qu'elle peut avoir de pénible. Tout d'abord, elle donne des vues sur lhistoire de la langue (43), ou du moins sur son état antérieur. A constaler ies ressemblances de ces verbes : nachèm et nouach pour la forme et le sens, on serait porté « à croire que les racines, dans l’origine, auraient été bilitères, et que dans la suite on n’ajouta la troisième radicale que pour exprimer les diverses nuances de l'idée ». La morphologie des noms propres suggère (à Renan?) une autre réflexion : leurs « formes futures. prouvent que ce que nous appelons futur n'était en effet primitivement qu'une forme abstraite du verbe ». Certains d'entre eux ne se sont pas « conservés dans la langue » :-ainsi la « forme. très ancienne » que représente Mathouschalem. Il en est de même d'un verbe comme chäväh (notre châjäh), qui n'existe pas dans l’hébreu biblique.

Celui-ci, en revanche, offre des particularités en rapport avec l’âge des parties où on les rencontre. Les livres anciens (l'£xrode par exemple) contiennent « quelquefois. pour le singulier une forme plurielle ». Il arrive souvent que « la quiescente qui accompagne les voyelles [n'y est] pas écrite : on ne conserve que le point ». Les vav et les yod, que l « on trouve toujours en Job », disparaissent dans ces leçons défectives, spécialement fréquentes chez Moïse (44). D'autre part, des verbes comme

(A) Gens XTIX, 22% LE XLIX 8: IV, LOL 25 SONT Det EX TRE 4, 1: Gen: XUIX; 10; 1,155 1125 1V, 146 Er, XV, 414: ps XVIII 11: Gén, I, DECO r NV CT. f

(42) Cf. Priic. de Gram., 25, 33, 83, 94-95, 110, 113-114, 119, 126, 145-146, 148-149.

(43) Très peu de généralités à ce sujet dans le Cours de 1844 : à la langue « antique et pure » de la Genèse est seulement opposé le langage rabbinique, « moderne et corrompu ». ‘

(44) Autres Notes à Gen., VI, 17, sur l’omission des quisscentes en cas d’allon- EUX surtout dans le Pentateuque. — Jug., V, 26; Gen., I, 28, 14, 21: XIAIX, 21: , 10. : Ds

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