LES NOMS SIGNIFICATIFS
zâäaqg et zâchag y sont écrits avec un zadé initial. Archaïsme encore, le vâlâäd Ue Gen. XI, 30, etc.
Le second avantage que l’on obtient en étudiant les mots historiquement est de comprendre les noms significatifs. L'Eden est un lieu de volupté (de la racine âdan, à laquelle une idée de délices est associée); nod (de noud) désigne « un lieu. de fuite » : « nom. qui devint propre ensuite, parce que Caïn s’y était réfugié ». De même, « il est naturel de penser que la ville de filoh ne reçut son nom, qui signifie « repos, station », qu'à cause du repos qu'y fit l'arche, après les courses du désert ». Ce mode de dérivation vaut, sauf exception (45), pour les noms de personnes. M. Le Hir l’applique dès le ch. IV de la Genèse, soit que le verbe « rire » (séchag) lui suggère « Isaac » (46), soit qu’il commente ainsi Aethouschäël : « homme de demandes; probablement il avait été obtenu de Dieu par des prières ». S'il conjecture ‘ici, ce soin lui est épargné au ch. XLIX, Moïse ayant raconté, dans l'intervalle, comment Jacob et ses fils avaient reçu le jour et un nom. « Jacob », par exemple, vient de äqgab, calcem tenuif. Pourquoi? Le ch. XXV de la Genèse, v. 26, nous l’apprend : le frère d'Esaü était sorti du ventre maternel en tenant le talon de son jumeau. Ces indications, toutefois, ne doivent pas être aveuglement suivies par l’exégète des Prophéties. Le verset qui concerne Benjamin laisse croire que le patriarche voit plutôt dans ce nom l'expression de la force; alors qu'il l'avait donné à son dernier né par une tendresse particulière. L'’hésitation est aussi permise sur le premier composant d'Issachar : « M. Le Hir penserait volontiers que ce serait jissä, futur de nâsû, adfert mercedem.… ». Enfin, là où le nom ne reçoit aucune lwaière du contexte, on peut être réduit à n’en pouvoir rendre un compte rigoureux, même si l’on sait que la racine de Cilla (47) est « tinnivit » « où « obumbratus est ». On observe seulement une « tendance continue à donner aux femmes des noms marquant l’idée de beauté, d'agrément ». « Ils se distinguent par là des noms d'hommes, marquant surtout la force, etc. », à moins qu'il ne s'agisse d’ « Abel » (vanitas), où s'exprime sans (loute « la brièveté de la vie humaine après la chute ».
Ainsi la signification du mot est tantôt personnelle, et tantôt générale. Les noms communs rentrent naturellement dans le second cas (48). Ougäb vient de la racine ägab, amawvit, « être délicieux » : « c'était probablement pour [traduire] le son mélodieux de l'instrument, et son alliance avec la volupté »; le terme signifiant « usure » dérive de mordere, « parce que celui qui l’exerce est censé mordre celui sur qui il l’exerce ». De même
(45) Quel est le véritable rapport entre le nom de Joubal, le fils de Lamech, et jobël ? Il se pourrait bien que le second teïme vint du premier (Gen., IV, 21).
(46) Voir aussi à G2n., VIII, 10, une Note sur le jâsaph (additus) d'ib., XLIX, 22.
(47) L’une des femmes de Lamech (zâlal). Même incertitude pour l'autre, Adda (Gen.,.IV, 19). ;
(48) Pour certains (l’entre eux, le fait significatif est morphologique : « Les noms des différents âges de {a vie, et de la vie elle-même, n’ont pas de singulier. En effet, ils représentent des idées collectives, des réunions de moments » (Gen., II, 7, à chajim).
l'idée de « calomnier » se rend par « enlever un morceau de quelqu'un ». Schâaph, dont Gesenius rapproche schouph (indûment, selon M. Le Hir), veut dire «respirer, avoir la bouche béante vers quelque chose, hostiliter anhelare ad aliquid ». Ischon, homuncio, homulus, à comme second sens pupilla, « sans doute parce que l’homme se peint en petit dans la prunelle » : quelle naïveté d'observation ! Toubeou (submersi sunt) « fait peut-être harmonie imitative ». Ne dirait-on pas « le son d’un plomb tombant dans l’eau, surtout par le ayin, sorte de déglutition » ? (49)
Lors même que l’analyse ne conduit pas jusqu'à la sensation originelle, comment ne pas souligner la valeur descriptive du pihel de râchaph : « légère agitation des ailes d'un oiseau voltigeant au-dessus » ? D'autres vocables appellent spécialement l'attention, ‘par leur obscurité (ainsi mischpethäjim) (50), ou leur importance.
Toledoth s'emploie par abus pour « histoire », « parce qu'on les com— mençait par là ». Le nom de Nephilim, que le Sulpicien rattache à une racine signifiant «tomber » (nâbal), désigne «une race d'hommes remarquable par sa taille gigantesque et ses violences ». Le tardémah où Adam fut plongé est « un sommeil profond, extatique, où Dieu parle. Job dans sa vision était dans [cet] état ». Chattâth veut dire « en même temps peccatum, et poena peccati [comme avôn]. Toutefois M. Le Hir pense que ce mot n’a que le sens de péché, et qu'il n'indique la peine, qu'en tant que le péché est lui-même la peine du péché ».
Cette étude du vocabulaire doit aussi révéler les nuances entre deux synonymes, par exemple entre les verbes qui rendent l’idée de « fermer ». «Ces nuances se saisissaient facilement, tant que la langue était vivante: mais maintenant, quoique quelquefois nous les saisissions, souvent aussi elles nous échappent, à cause du petit nombre d'auteurs, pour faire la comparaison, et de la connaissance imparfaite du génie de la langue ». Tel qu'il se laisse caractériser, le vocabulaire hébraïque, pauvre sous d’autres rapports, est riche : 1° « pour tout ce qui regarde les choses naturelles, afin de mieux exprimer leurs différentes espèces »; 2° en mots appartenant à la morale religieuse. Au v. 2 du Cantique de Moïse, que de termes indiquent la pluie (rebibim, ete..)! Arjëh n’est pas le seul nom du lion; on en compte six pour le désigner « selon ses divers âges ». D'autre part, jâschär (rectus) correspond à |’ « une des idées pour lesquelles cette langue réunit un plus grand nombre de mots : droiture, justice, sainteté, jugement. Ainsi dans le ps. [CXIX] Beati immaculati in via, 11 y à au moins douze ou quinze synonymes pour exprimer les com mandements de Dieu : Testimonia, lex, mandata, justificationes, ordinationes, etc... » (51).
(49) Gens IV 160 SSI 20 O0 IV AO IS END EVE EST 17; Deut., XXXII, 10; Er., XV, 4:
(50) Ce pluriel représenterait « les deux pierres du foyer, qui servaient de trépied pour poser la marmite. D'où, au sens métaphorique, les foyers >» (Gen., XLIX, 14). Voir aussi la Note sur lâäkhën (IV, 15).
OL) Gens 2:rDeut NRA IC ME E Gen MISERERE XILIX, 9; Deut:, XKXXII, 4.