DES SONS ET DES IDÉES
des Italiens [sic], qu'ils prononcent djorney… », d'où le français « journée ». Pourquoi, dès lors, notre « trois » ne dériverait-il pas de schädosch ? N'en déplaise à certains, ce nom a donné, en chaldéen, thelâth ; prononcez le thaf final comme un 0, vous obtenez presque felas, et par l’aftinité de ! et de r, feras, « où l'on trouve les trois consonnes fondamentales », {,r,s.
On voit que l'intérêt de ces opérations ne consiste pas seulement dans leurs résultats, mais dans les phénomènes qu'elles enregistrent : affinité du vod et du vav et sa conséquence, facile défectivité de l’alef, etc. C’est ainsi encore que « Chabyles » a pu devenir « Chalybes », sans toucher à l'essence du mot, parce que « la transposition de b et de L'était très fréquente dans les noms anciens.». En revanche, le changement de schin en ! (Chasdim, Chaldéens) paraît « fort extraordinaire » de la part des Grecs et des Latins. La dentale sifflante, elle, devient en araméen comme en chaldéen dentale simple ou ordinaire (thav) : « Les Hébreux disaient Kousch, les Araméens Couz (th grec) », at les Arabes Cout. Elle est souvent remplacée en grec par-un esprit rude (&X pour sals, ërré), en latin par s ou x, en breton par une aspiration.
En notant que la labiale de schéba a été « simplement fortifiée » par les « langues indo-germaniques », M. Le Hir montre qu'il n'est pas étranger à la vraie linguistique. Toutefois son Cours de 1844 ne contient qu'une fois cette expression: en un autre endroit, il parle des « langues japhétiques » (Gen. I, 13). Nulle part il n’use du terme (contesté) de langues sémitiques. Peu importe, d’ailleurs, le vocabulaire, si l'esprit qui s’en sert est scientifique. Est-ce ici le cas? On n'oserait l’affirmer toujours. h
Sans doute il ne manque pas de souligner que les noms de nombres sont « presque les mêmes dans toutes les langues », et il inclinerait à y voir « peut-être les plus anciens des éléments du langage ». — Sans doute aussi, il s’essaie à rattacher telle ou telle idée au son qui l'exprime invariablement. Dès lors, l'analyse radicale ne se contente plus d’expliquer des noms significatifs, comme celui de « pharisiens » (croyants « séparés. par des pratiques particulières »). Elle aboutit à former des familles de mots, où un « fond commun de signification » n'exclut pas la diversité des nuances. Ainsi la racine bilitère par et une autre pas, groupent autour d'elles « au moins quinze ou vingt verbes marquant tous la division, la séparation ». Ce n'est pas tout : maintenant qu'on a franchi la frontière de l'hébreu, l’on peut constater ce même rapport en latin (rumpere, frango, fractus), en français (« briser »), en breton (fraillet), partout où se retrouvent les groupes br, fr. Citerons-nous aussi pars, separare, ele. ? De leur côté, Naamäkh et ses hombphones offrent les lettres am, ma, « pour l'idée de bonté, d’amabilité » (70). Enfin la relation qui existe « entre les sons et les racines » de caput, capillus, « chef », « prouve qu’elle existe entre les idées ».
(70) Gen., IV, 22. Cf. supra 117 et 249.
A ces considérations solides, M. Le Hir aurait pu sacrifier ce qu'il y ajoute. Après la faute d'Adam, Dieu dit : « Mäudite (arouräh) soit la terre (hä-adâämäh) » Or comment se disent «terre » en grec et «Jabourer» en latin? ”Apgovoa (la maudite), arare. Ces mots viendraient ainsi non du substantif du même sens, mais du participe voisin. « Il semble que [chacun de ces deux peuples] se soit approprié un [terme] de [cette] phrase ». L'invention de ces vocables serait due à une sorte de traditionalisme inconscient. d ;
Que l'Eternel, en l'occurrence, ait parlé en hébreu, le Sulpicren ne songe pas à le certifier. Il lui suffit que cette langue ait été celle d'Adam, auquel les noms de nombres remontent probablement. Ainsi reprend-t-il, à l'occasion de deux versets génésiaques, la thèse exposée plus haut (71). Tantôt il affirme l'identité initiale de l’hébreu et du chaldéen; tantôt il indique la raison qui porte quelques savants à regarder l'araméen comme l'idiome originel : plusieurs noms primitifs, et notamment celui d'Eve, s'expliquent mieux dans cette langue qu’en hébreu (72).
Ces affinités s'étendent plus ou moins aux langues de l'Orient, en sorte que le nom du Tigre, par exemple, y a partout la même racine : Dégel. Est-ce à dire que chacune n'ait pas son individualité? Loin de là; et la philologie hébraïque serait impossible, sans un recours continuel à certaines d’entre elles.
On connaît le rôle important des Phéniciens. Ils sont encore rapprochés des Hébreux pour avoir donné l'exemple aux Grecs, en utilisant les lettres de l'alphabet à la numération. — L'éthiopien diffère de l'hébreu en ce qu'il emploie mâth au singulier pour «homme » (73). — Bien plus fréquentes sont les mentions du chaldéen, du syriaque et surtout de l'arabe, encore qu'elles ne supposent point un Cours suivi, même sur ces Principes de Grammaire chaldaïque qui terminent le Manuel de Glaire. À plus forte raison les élèves de M. Le Hir ne savent-ils ni lire, ni écrire les deux autres idiomes.
Tout ce qu'ils apprennent, c'est que le chaldéen emploie, comme l’hébreu, le nombre cardinal pour l'ordinal. — Il possède, ainsi que lè syriaque et l'arabe, le verbe châwäh dans le sens de fuit, et c’est ce qui fait croire à l'existence de cette forme en ancien hébreu. Il éclaire le sens de târaph et de schouph : ce dernier mot « signifie proprement en chai-
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(73) Voir encore la Note à Ex., XV, 14 (sur la région des Philistins; Renan y écrit « éthyopien »). Elle provient de Leopold, 311 a ; comme un grand nombre d’indications relatives aux autres langues orientales (A Gen., XLIX, 13, sur Beël, forme chaldaïque de Baal; 25; IV, 22; Jug., V, 25 (et ps. LXVIII, 16) et cf. Leop., 51-52, 395 a, 233, 177 b, etc., etc.). Gesenius a aussi beaucoup servi.