PHILOLOGIE COMPARÉE
déen « frotter ». Il est plus que probable qu'il avait la même signification en hébreu ». Ce qui n'exclut pas la diversité des nuances qu'une racine peut présenter ici et là : ainsi rab (multus en hébreu) veut dire « plutôt en chaldéen magnus, d'où on l’a prise [afin de] désigner un titre honorifique ».
La rencontre d’un chaldaïsme, au ch. XI de la Genèse (74), a pour Renan plus d'intérêt que les notions acquises en syriaque. L'une d'elles a trait à « la tournure constamment usitée dans cette langue pour le génitif » : elle invite à voir un affixe dans le vav final des mots en construit. Les autres concernent la signification de schelichim (« apôtres ») (à propos de schälach); les modifications respectives apportées à Dégel par cette langue et par l’hébreu; la différence d'usage qui fait de orach un mot commun là, et poétique ici. Bref, c’est seulement l’année suivante que l'étude du syriaque sera sérieusement entreprise.
Il en est de même de l'arabe, quoiqu'il tienne plus de place dans le Cours de 1844 (75). Pour un cas, important, il est vrai, où il diffère de l'hébreu, que d’autres où il-l'éclaire, soit par ses sens radicaux, soit par des idiotismes ! Ne disons rien du nom que beaucoup de fleuves portent dans cette langue (Géhon, courant d’eau) (76). Mais la dérivation de Elohim n'est-elle pas remarquable ? « Il vient de l'arabe älai, colere, d'où ceux-ci ont fait Allah, Dieu, avec l’article ». Le Coran, comme la Bible, offre l'expression « le Dieu des siècles, le Dieu des mondes ». Enfin l’hébraïsant ne doit pas perdre de vue ces équivalences : « devant moi, devant ou en mes mains », pour « en ma puissance »; « faire la justice » pour « combattre les guerres »; et la facon de rendre l'idée de « tout, n'importe quoi », par diverses antithèses.
Le moins qu'on puisse conclure de cette revue, c'est que M. Le Hir n’a point abusé des rapprochements entre ces langues parentes. Un plus grand nombre d’analogies lui ont été offertes, soit en grammaire, soit en lexicologie, par les idiomes qu'il avait comparés phonétiquement (77).
Non qu'ils se ressemblent toujours. Tandis que notre pronominal (« se rassemblent ») répond au niphal, cette « nuance commune » ne se retrouve pas dans congregantur (passif au lieu du moyen). Mais n'est-il pas curieux que « et il »set « qui » s’emploient souvent l’un pour l'autre, même si l’hébreu remplace le second par le premier, et le latin le premier par le second? Neutre en latin (malum), féminin en hébreu,
(74) V. 6 (jâzmou). Cf. infra 508.
(75) Ce n’est pas par sa grammaire. Voir seulement Note à Gen., VI, 17, sur la particule « affectée spécialement à marquer » une apposition.
(76) Note à Gen., II, 13, écrite d’une encre plus noire. Cf. encore Notes à Gen., XI, 16; Deut., XXXIII, 17, etc., etc.
(77) La prononciation n’est pas moins intéressée que la grammaire dans la Note à Gen., II, 9, sur l’abréviation du mot en construit : taouek se contracte en. t0k. « On trouve quelque chose de [pareil] en breton, où Yaouane se prononce à très peu de chose près Yoouane ». De même pour en et chin, sinon pour an et hin. Deut., DENT G en en dE ENT VIE LT e 205 ML NT 4 III, 20; VIN: 11e; TD INDE XD TO TEL EN LE Had ILII; 6: Gen. VI, 12; Deut., XXXIII, 21; NXXII, 42.
c'est un adjectif qui, ici et là, tient lieu du substantif abstrait. L'une et l'autre langue rendent « on » par la troisième personne du pluriel; et construisent certains sujets singuliers avee un verbe pluriel (« turba ruunt »). L'hébreu offre aussi l'équivalent de « ecce lupum » et de « si acuero». — Il dit: « les sages de ses princesses», comme le grec : où sogoi rüv àvgwrwy ; hi joue fréquemment le rôle de üx, pour introduire le discours direct (78). L'analyse de behibäreäm produirait ce décalque exact : iv t@ urifeolat aùré,. — Le lekhä du discours à Noé rappelle à la fois « sume fibi » et « prends-moti le bon parti »; min ha-jajin est un partilif, ainsi que aysiv &erov et « boire du vin ». Nous aussi, nous employons le cardinal pour l'ordinal : « le deux, le trois du mois »; et, du moins selon M. Le Hir, l'adjectif possessif dans le sens actif comme dans le sens passif. Nos locutions « l’un de l’autre », « un mien frère », se retrouvent en hébreu. Enfin notre présent narratif (« alors Moïse chante ») correspond au futur indéterminé du Kal.
Quant aux vocabulaires, les équivalences latines et grecques étant données par les dictionnaires (79), d'où les premières passent dans la traduction, on ne doit indiquer ici que les plus significatives. Locutions pareilles : telle expression du verset sur Joseph rappellerait « decus arboris » ; l’épithète « à plusieurs sommets » du psaume, « la triple colline » des Grecs. Analogies produites par les mêmes associations d'idées. Rââh et oïôa veulent dire vidi ou novi; choph et 6euos, « port » et « protéger »; (hozë et producere, « faire sortir » et « produire »:; äzab et laborare, « lravail » et « peine » (80). Le double sens de nebel (cruche et harpe) s'explique exactement comme celui de festudo (écaille de tortue et lyre) : par une similitude de forme. Le rapport de « possession » et de « troupeau » existe également en latin, où l'« on pense que opes dérive du singulier ops, lequel serait identique à ovis (ovs) ». Comment mieux faire comprendre le terme de légach, qu'en lui comparant celui de tradilio?
Le français reproduit, lui aussi, certains faits que l’on observe en hébreu. On peut considérer comme un nom significatif « ces Villeneuves que presque toutes les grandes villes ont dans leur voisinage pour désigner les nouvelles constructions ». Lors même que le nom n'est pas encore composé (« la ville neuve », « la vieille ville »), le substantif revêt un sens partiel, ainsi que /r en certains cas. Eden au pluriel désigne parfois des friandises : tel «le mets qu'on appelle en français des plaisirs » (ce rapprochement pourrait bien être de Renan). Comme jom, « jour » prend « par accident » un sens indéterminé : « à la fin des jours »; il arrive que « éternel », comme olâm, signifie hyperboliquement « ur temps très long et indéterminé ». Nous emplovons l'image « enlever la
(TS) Cf. Leopold, 170 a.
(79) C'est Gesenius, par exemple, qui cite le grec : moos fhuov (857), ou Tax pour « fenêtres » (256 a). (Renan écrit œwrec. et ohoxausrny (sic) pour rendre kâlél). (Notes à Deut., XXXIII, 23; Gen., VI, 16; Deut. XXXIII. 10).
(S0) Skoa et schouk signifient aussi, comme leur équivalent hébreu, à la fois « épaule » et € dos ».