‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 205 sur 369 · RS · texte numérisé non relu

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La parole de vie réclame, pour être comprise, un travail aussi minutieux qu’'étendu. Premièrement, l'exégète doit étudier la constitution du texte hébreu et ses rapports avec les anciennes versions.

En un endroit, où sa thèse a contre elle les manuscrits hébreux, M. Le Hir rappelle que les plus anciens ne remontent pas au-delà du VIII: siècle : ils sont donc tous postérieurs à la Masore. Mais ne s’est-on point occupé auparavant de fixer la prononciation ? A défaut de pointsvoyelles, les rabbins marquaient les voyelles des différentes classes par la lettre faible correspondante (excepté pour l’alef), sans faire aucune différence à l’intérieur d’une même classe. Du reste, la vocalisation masorétique: n’est pas impeccable : « En général, les rabbins sont fort peu habiles à mettre les voyelles, et ils n’y vont que par à peu près, en sautant sur les. difficultés ».

Plus intéressante est la distinction du Ketib et du Keri : « Lorsque le texte offrait quelque mot obscur, quelque expression vieillie, ou qui par la suite des temps était devenue peu honnête, ou bien encore lorsque le texte semblait offrir quelque lacune... ils inséraient à la marge l’explication ou le synonyme, qui devait servir pour les lectures publiques ». Comme cette pratique aboutissait ordinairement à supprimer les difficultés, la leçon Keri rendit de grands services dans les polémiques avec les Gentils. 4

Pour nous, il s’agit de savoir si le texte original a eu à en souffrir. D'après M. Le Hir, les Hébreux « n'osaient, par respect pour le texte, y

introduire [le Keri] : ce qui nous a procuré l'inestimable avantage de le conserver pur ». Mais les faits démentent ce principe, soit que nous lisions maintenant Schiloh au lieu de Schéloh, ou que hahi ait remplacé hahou, archaïsme choquant pour les lecteurs de Moïse (1).

Ces substitutions spéciales sont-elles les seuies que nous ayons lieu de supposer dans les morceaux étudiés ? Non. Tantôt pour ne pas conserver une « faute réelle contre la grammaire », tantôt pour s'expliquer la façon dont les anciens traducteurs ont compris, ou enfin pour obtenir une meilleuw: suite avec le contexte, M. Le Hir soupçonne avec plus ou moins d'assurance qu'il faut lire autrement dans trois cas. Il modifierait aussi la ponctuation d'un quatrième (2). — Et ii admettrait quelques interpolations et omissions. Au chap. XXXIII du Deutéronome, v. 4, le nom de Moïse a dû être ajouté, mais très anciennement, car on le lit dans les plus vieux témoins. En revanche, ne manque-t-il rien au premier chapitre de la Genèse, v..26 ? L'énumération n’y est pas complète, ni semblable à celles qui précèdent. Le mot chajjath serait peut-être à rétablir entre oubekhol et hä-ârez, « puisque précédemment Moïse fait toujours mention des animaux sauvages et des animaux domestiques ». Dans ses Bénédictions, à l'endroit du v. 6, certains mots ont probablement sauté qui S'appliquaient à Siméon. Ce serait ici la place de cette tribu, d'après le modèle de Gen. XLIX ; et comme elle fut en effet peu nombreuse, la prédiction finale lui conviendrait bien mieux qu'à Ruben.

Cet avantage apologétique a été pour beaucoup, sans aucun doute, dans l'accueil fait à cette hypothèse, déjà présentée par Vatable. De même la précédente avait été « formulée depuis fort longtemps ». Néanmoins M. Le Hir ne s’y rallie que sous réserve. « Il ne serait pas étonnant qu'il y eût ici une omission ; toutefois comme on n’en saurait avoir de preuve, il ne faut pas hasarder une correction sur une pure conjecture ». « Il faut », répète-{-il ailleurs, « rarement supposer une altération du texte »; et : « Il ne faut pas être trop facile à admettre ces sortes de fautes de copiste ». La croyance orthodoxe à l'intégrité du texte hébreu restreint ainsi sa liberté de conjecture, et le cas doit être bien désespéré, pour qu'il conclue FREE à moins que le texte ne soit altéré, ce qui est fort possible » (3).

Il apporte à peu près le même esprit dans l'emploi des versions anciennes, dont il ne néglige pour ainsi dire aucune, depuis la Vulgate et les Septante jusqu'à la collection d'Origène. Fréquentes consultations du

(1)-Gen, XIAX,-10: Det XXXIE 18 (add mars): Ch Te. V, 4; II, 10. ( rein.) ; Gen., IV, 8; VIII, 5;

ù (2) A: Gen., II, 2, au lieu de eth jom, lire ha-jom ; ib., III, 15, au lieu de schouph, lire peut-être schour ; ib., XLIX, 21, au lieu de imré, lire amiré, et au lieu de ayâläh, lire éléh (en ajoutant là un yod qu’on retranche ici) ; ib.. 26, placer l’athnach après ad et réunir ad à horaj. ;

(8) Gen., XLIX, 10; II, 3; Jug., V, 14. —- Pas d'omission, selon M. le Hir, à Gen., IV, 8.

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