COMMENTAIRE MÉTAPHYSIQUE ET MORAL
sinuation : le démon fait le familier, comme s'il avait déjà eu de longues conversalions avec elle. Or ça, dites-moi donc. ». C'est un peu dans le même esprit qu'il s'applique à mettre en relief une phrase ou un passage. La prophétie sur Ruben, conelut-il, « est plutôt une malédiction qu’une bénédiction », et il montre en quoi. Il suit le discours de Jacob, qui « enchérit sur ce qui précède », ou qui reparle du traitement infligé aux Sichémites : « Il appuie beaucoup sur ce point, comme ayant [produit] beaucoup d'impression sur lui durant sa vie », etc. (43).
Jusque-là le commentaire des idées paraît plus satisfaisant que celui des fails. Mais il n'échappe pas, lui non plus, aux conséquences des principes théologiques, qui gouvernent aussi bien la métaphysique que la morale. ,
A en croire M. Le Hir, le v. 5 du chapitre II de la Genèse, compris comme ent l'a dit, « exprime proprément laction créatrice. Dieu fait encore maintenant {out ce qui existe, mais non comme il les fil alors. Il les fit alors avant qu'ils fussent, il les fait maintenant continuer d'être, il les conserve ». Quelque attache que la théorie de la création coutinuée puisse avoir avec l’'Epitre aux Hébreux (44), son intervention est ici plu- {tôt inattendue. Sait-on, d'autre part, pourquoi Moïse emploie les deux mots d’ « image » et de « ressemblance » ? Selon certains Pères, c’est afin d’ « exprimer [à la fois] la nature humaine » « avec ses facultés naturelles », mais aussi en tant que « la grâce sanctifiante l'élève jusqu'à une fin surnalurelle ». Il est vrai que les mêmes lermes reviennent plus loin, dans un verset où il ne s’agit que d'Adam : il suffit alors de faire valoir la « haute idée morale » de cette nouvelle application. A ce compte, on n'a pas grand'peine à tirer un sens édifiant de la notice sur les géants. Sans doute le Sulpicien ne retient pas les traductions d’ « aposfatae », de « dejecti, lapsi a Deo ». Mais il n'en estime pas moins que les grands dont cette race est issue représentent les « hommes pieux », ceux qu'un verset précédent autorise à appeler « enfants de Dieu » (45). Ges « purs » disparurent par le mélange, et «il n'y eut plus de race élue » (46).
C'est que « l’homme est de ehair » : comprenons, avee Valable, «.….. plongé dans les affections de la chair ». Et si celte paraphrase est encore laconique, la Genèse contient assez de passages obscurs pour que le {héologien puisse y disserter à son aise. L'historien d'Israël nous l'apprendrait, l'idée du péché n'est pas absente de la rédaction jéhoviste. Qui pourtant reconnaîtrait le vieux texte dans ces analyses, bien dignes du P. de Carrières ? « Le désir du péché sera à ta porte comme un animal
(43) Jugés, N, 22: Deut., XXXIII, 25; Gen., XI, 31; III, 1; XLIX, 4, 8, 6, etc. (44) I, 3 : « Portansque omnia Verbo virtutis suae ».
(45) Gen., IV, 26 : « On commenca dès lors », avait dit M. Le Hir à cet endroit, « à faire la distinction des enfants de Dieu et des enfants des hommes ». Ceux-là étaient « fils de Jéhova », comme le chrétien porte le nom du Christ. — Cf. supra 342 n. 73.
(46) Gen., I, 26 et V, 3; VI, 1 sq.
furieux désirant se jeter sur toi, et toi tu seras maître de l'arrêter ou non... ». « Si tu fais mal, le péché sera. un monstre prêt à te dévorer, soit par le remords qu’il produira en toi, soit par les funestes suites qu'un premier péché commis entraîne après lui. Mais toi tu seras libre d'échapper [aux maux qui en résulteraient], en ne consentant pas aux mauvaises habitudes que ton péché tend à développer en toi, ou en t’en repentant » (47).
Les images qui rehaussent ces abstractions prêtent à l'ennemi de notre salut une impatience violente. Il apparaît sous une autre forme au chapitre III, que M. Le Hir interprète classiquement : « Par sa souplesse à se glisser, le serpent étant le symbole de la ruse, il était plus propre à servir à la ruse du démon ». C'est à celui-ci que le v. 14 s'applique symboliquement : ses « inclinations viles et basses » y sont désignées. Et comme cette figure se suffit à elle-même, on entendra sa postérité de tous les démons, plutôt que des méchants. Du reste, sa locomotion n’a pas été nécessairement modifiée par Ja sentence divine, qui aura seulement fait de sa reptation naturelle le symbole et le mémorial de son crime. De même, l’arc-en-ciel existait avant que Dieu le prit pour signe de sa réconciliation avec l'homme (48).
S'ils n’épuisent pas la iiste des sens figurés que ces morceaux comportent (49), ces exemples suffisent pourtant à compléter l'idée que l’on doit se former de M. Le Hir commentateur. On achèvera de caractériser son exégèse, en examinant la part qu'elle fait à diverses autorités, dont toute étude biblique tient compte plus ou moins,
Il est assez difficile de savoir comment il en use avec les Juifs, parce que les Notes doivent contenir plusieurs indications que Renan lui-même a transcrites de Buxtorf ou de Grotius (20). Quoi qu'il en soit, les rabbins consultés sont Kimchi, Salomon, Aben-Esra, Bechai. On apprend des ‘falmudistes le sens qu'ils donnent à olâm, et leur Livre du Sanhédrin renseigne sur les diverses appellations du lion, On y lit un passage plus important, relatif au nom du Messie (51). Du reste, ce mot et ceux de jâbo Schiloh, soumis au calcul cabalistique, donnent une parfaite équivalence entre la somme de leurs lettres (52).
Les Juifs ont également, dans leur littérature, des écrits polémiques ou controverses avec les chrétiens, dont le {itre ordinaire est Nizzachon,
(EL OS 0 0 En CO AA À (48) Cette assertion vise à répondre à l’objection indiquée infra 458 n. 18.
(49) Le v. 28 des Bénédictions de Jacob peint métaphori de Joseph en prison », etc., etc. 7 PRES Ne DU
(50) Cf. supra 373 et n. 49, et infra 503. Voir aussi Notes à À .n. 49, et 3. ss s à Do. NI, 3 = mologie que les Talmudistes assignent au nom divin Schaddaj PURES
(51) Voir Trav. de Jeun., 134, note 6, lignes 2 et 3. (52) Deut., XXXII, 13; Juges, V, 12; Gen., XLIX, 5, 6, 9-10: Hab”, AXEL 6: