‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 213 sur 369 · M. LE HIR ET LES MODERNES · texte numérisé non relu

M. LE HIR ET LES MODERNES

{a Rédaction, sinon celui du Cours : on à peine à croire, en effet, — mais c'est peut-être à tort (60) — que M. Le Hir parlerait sur ce mode ironique d’un travers auquel il n'échappe pas. En tout cas, il rapporte fort sérieusement ailleurs l'opinion de Saint Thomas sur la forme que le culte aurait revêtue au paradis : il eût comporté des sacrifices, à défaut de sacrements,

Une allusion à Saint Bernard, qui a expliqué, à propos des chérubins, le symbolisme de leurs ailes, — et c'est tout ce que le professeur d'Héoreu emprunte au christianisme médiéval. L'usage beaucoup plus habituel qu'il fait des modernes, surtout des contemporains, n'est pourtant pas tel que le XVIII* siècle, par exemple, soit largement représenté dans lès Notes. A part l'abbé G. B. de Rossi (1742-1831), qui a « examiné un nombre si prodigieux de manuscrits hébreux », les trois ou quatre noms que l’on rencontre appartiennent à la Dissertation sur l'emplacement du Paradis. Fréret y est entendu au sujet de la Colchide ancienne ; d'Anville, blâmé pour avoir confondu Boas et Phase ; dom Calmet, cru sur parole quant aux perles qui se trouvent, assure- nie il, dans les mers vsisines de ce dernier fleuve, : d

Ces renseignements, et d’autres qui nent d'ouvrages russes, donnent une idée du genre d'érudition qu'offre, par exemple, la Bible de Vence : Renan l’a peut-être consultée. Mais le célèbre Bénédictin y est abondamment exploité, tandis qu'il ne paraît que cette fois-là dans le Cours (61). Il est vrai que Voltaire lui-même n'y occupe guère plus de place. M. Le Hir le mentionne à propos de la malédiction d'Adam et du peuplement du Nouveau Monde. Dieu n'aurait pu condamner l’homnie à gagner son pain à la sueur de son front, pour la raison que le pain n'était pas encore inventé. Et le voyage d'Amérique n'eûl pas demandé moins de quatre mille ans à un paresseux.

Voilà tout ce que le Sulpicien laisse voir à ses auditeurs du « hideux sourire », En une ligne, il se débarrasse de l’objection voltairienne, non sans la qualifier d’«inepte » (62). « Vous parlez de Voltaire », avait dit naguère E. Guinet au clergé français, « mais il est mort ; ce sont les vivants qui vous assiègent » (63). Cela, M. Le Hir l'a cru et l’a senti, et cetle persuasion s'est communiquée à son élève. Seulement, la vieille apologétique n'a été modernisée qu'en apparence. Le même esprit, où à peu près, s'est appliqué à des problèmes nouveaux. Et ces vivants qui ont tant obsédé sa foi, à supposer qu'il les ait bien identifiés, que pouvait contre eux le professeur de Saint-Sulpice, avec ses entraves et ses mauvaises armes ?

(60) Une pratique peut fort bien, à Saint-Sulpice, être dénoncée, sans qu'on se l’interdise soi-même, quand la cause l'exige. Si obscur que reste, même paraphrasé, le v. 7 de Genèse IV, on ne veut pas douter que les Théologiens ne s’en soient servis à bon droit, pour « prouver la liberté de l’homme », ete. Cf. supra 446 et infra 469.

(61) On l'y tient pour un auteur grave, puisqu'on lui suppose des autorités, bien qu'il n’en eite pas, — Cf, infra 564 et n. 11.

(62) Cf. infra 485.

(63) « Un mot sur la polémique religieuse » (Revue des Deux Mondes, 15 avril 1842). Cité par A. Houtin, La question biblique au XTX® siècle, 41.

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