APOLOGÉTIQUE ET DOCTRINE
SOMMAIRE
Les adversaires de l’orthodoxie. Contre l'inspiration de la Genèse : critique du style et du plan; incohérences et contradictions. La formule « ëléh toledoth » et les deux noms divins : théorie des « fragments »; d’'Astruc aux rationalistes. — Contre la mosaïcité de certains passages : anticipations ou expressions surprenantes. De quelques prédictions inauthentiques ou non accomplies. Quels textes dits messianiques ne le sont pas; s'ils confrment la consubstantialité du Père et du Fils. — Israël et son vrai messianisme. Son polythéisme originel. Ses traditions fabuleuses : les « mythologues » et la description du Paradis. Autres désaccords entre la Genèse et l'ethnologie. Fausses étymologies. Le récit de la Création et les € recherches naturelles ». Pp. 452-458.
M. Le Hir et les apologistes contemporains. Hengstenberg sur les noms divins et le verset d'Aggée. La querelle du mot & jour »; M. Garnier et le « restitutionisme ». Comment la lumière a pu précéder le soleil : Marcel de Serres. Du préchristianisme des Juifs : le chevalier Drach; s'ils ont eu une idée confuse de la Trinité et de l’'Incarnation. Saint-Sulpice et le traditionalisme. Pp. 458-462.
Les thèses personnelles de M. Le Hir. La révélation et la science : concordances et divergénces; comment expliquer celles-ci. L’Hexaméron et l'Histoire de la Terre. L’Eden, sa situation, ses fleuves. Les preuves du Déluge, notamment par les vestiges du Nouveau Monde. Le peuplement de l’Asie Mineure. Pp. 462-466.
La révélation et la nature : des miracles bibliques; vraisemblance de leurs antécédents et conséquents. Apologie du judaïsme, Dogmatique : théodicée (éclaircissements sur « Jéhova »; autres dénominations de Dieu); distinction du Scheol et du Québer. Morale et Législation. — De l’Ancienne Loi à la Nouvelle : les sacrifices. Définitions du Concile de Trente. De la génération du Christ : sens de jalad et de qânûâh. Comment Jésus et les Apôtres ont cité l’A.T. : nouvelles observations. Pp. 466-472.
Les Prophéties. Qu'il faut a) les reconnaître; b) les interpréter (selon qu'elles se rapportent à Israël, &u Christ ou à l'Eglise) ; c) les vérifier. Réaction de cette troisième opération sur la seconde. Rôle de la géographie et de l’histoire. L’apologiste doit s'en tenir au « caractère général »; ce qui lui donne moins de prise sur l’'incrédule que sur le croyant. Pp. 472-476. É
L'authenticité du Pentateuque. Solution des antichronismes. À quels signes littéraires se reconnaît l'ancienneté d'un texte. Quelques accrocs à l'intégrité de Deut., XXXIII et de Gen., XII. Moïse écrivain : transformation des tares en qualités; l’ «€ unité admirable » de
la Genèse. À quelles conditions l’orthodoxie peut adopter le principe des Conjectures. Pp. 476-482.
VII. Conclusion sur l’apologétique. Objet et caractère : insuffisance avouée des réponses; cause :
notre ignorance. L'avenir y remédiera. Les «raisons » de M. Le Hir : arguments d'autorité, conjectures gratuites, Quel usage il fait de la philologie; de quelques procédés caractéristiques. Pp. 482-486.
VIII. Portrait final de M. Le Hir. Qualités et faiblesses; peu d'originalité. Commentaire des
jugements de Renan sur lui : celui de mars 1844, ce qu'il eût pu être en juillet; celui des Souvenirs d'Enfance. Si le professeur d'Hébreu de Saint-Sulpice a été « le sujet le plus remarquable que le clergé français ait produit de nos jours ». Pp. 486-488.
Ce n'es! pas une fois, mais deux (1), que Renan note le caractère
donné à la classe d'Hébreu par l'adjoint de M. Gärnier : il la « métamorphose en une vraie classe d'Ecriture Sainte ». Non seulement, en effet, M. Le Hir s'occupe des difficultés qu'il rencontre, mais il part de là pour
en
signaler d'autres, qui ont du rapport avec les premières, et que des
(1) Fr. Int., 245, 256; cf. déjà supra, 109.
discussions ont mises en vedette. Son élève ne s'en plaint pas; au contraire. Si curieux qu'il soit des faits du langage, il prend un intérêt majeur aux idées qui posent devant Jui la «question biblique »; il regarde, en attendant d'y descendre à son tour, le champ clos où s'affrontent adversaires et soutiens de l’orthodoxie.
Le vocabulaire lui-même l’atteste, M. Le Hir ne pense plus avoir à « se débattre. contre le fantôme évanoui du XVIII: siècle » : le mot d'«incrédules » ne se lit guère qu'une fois dans les Notes (2). Presqu'aussi rare est l'intervention des «protestants » : ils dénient aux catholiques le droit de voir une mention du Sacrifice dan£ le récit de l’entrevue entre Abraham et Melchisédech, au chapitre XIV de la Genèse : à leur avis, le v. 48 n'y parle que des rafraîchissements offerts au nouveau venu et à son armée. Cette objection ne fait pas grande figure à côté de tant d'autres que l'A. T. a suscitées. Non que celles-ci soient également dangereuses. Lors même qu'elles proviennent des « savants allemands », voire des «rationalistes », elles peuvent ne porter que sur l’alphabet carré, par exemple, qu'ils disent beaucoup plus moderne qu'Esdras. Ou bien la thèse qu'ils attaquent peut n'être qu'un raffinement apologique : ainsi lorsqu'ils argumentent d'un verset de la Genèse, pour affirmer que la locution «le Verbe de Dieu » n’est qu'une façon périphrastique de désigner «la nature divine » (3). Parfois aussi, M. Le Hir présente par le petit bout la diffi= culté qu'ils soulèvent : que la syncope de aschér ne se rencontre pas, selon eux, dans le Pentateuque, cette opinion ne fait que les ranger aux côtés des « partisans de la leçon Schiloh ». Enfin, il y a des remarques critiques qu'on ne leur impute pas, ou dont on ne nomme pas les auteurs.
Telles sont les Notes relatives au style et à la composition de la Genèse. Que de répétitions, que de reprises ! Moïse piétine; ou il s’interrompt maladroitement, pour intercaler des mots inutiles; ou il sépare inconsidérément deux membres de phrase (4). Et ce désordre se retrouve dans le plan général, particulièrement dans les généalogies. Voici l'histoire d'Abel et de Caïn, avec toute la descendance de celui-ci; elle remplit le chapitre IV jusqu’au v. 24 : pourquoi cet arrêt ? pourquoi cette reprise d'un nouveau récit au début du ch. V? Et Noé et ses fils? Moïse en parle à la fin du ch. V, mais c’est pour les oublier jusqu'aux v. 8-9 du ch. VI. Puis il délaisse à nouveau la postérité du patriarche, et il ne s'en occupe plus guère qu’au v. 18 du ch. IX, en attendant de lui consacrer le ch. X. Même procédé ou à peu près pour la race de Sem, dont il est ques-
(2) A propos des noms patronymiques (Gen., X) ; cf. infra 457.
(3) VI, 6. L'expression traduite par « in verbo suo » y signifie évidemment « in semet ipso ».
(4) I, 27 : « A son image, à l’image de Dieu il le fit » ; I, 29 : « portant semences » (deux fois) ; II, 2-3 : « Dieu. Dieu » (au lieu de : il). Cf. encore VI, 19-20: VII, 18-19; IX, 12 et 17. — 1b.: « Dieu dit >», au milieu du discours divin. — 11, 5-6: « non erat vapor » eût dû suivre immédiatement « non pluerat » (M. Le Hir fait indûment porter sur le v. 6 la négation du v. 5, on verra bientôt pourquoi).