‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 215 sur 369 · INCOHÉRENCES ET CONTRADICTIONS DE L'’A. T · texte numérisé non relu

INCOHÉRENCES ET CONTRADICTIONS DE L'’A. T

tion une première fois dans ce ch. X (v. 21 sq.), et seulement ensuite à partir du v. 10 du ch. XI. |

On en dirait autant des deux mentions de Babylone, avec cette remarque aggravante, que cette ville existe, d'après la notice sur Nemrod, avant d'être bâtie. En effet, «les circonstances du récit, au v. 3 du ch. XI, prouvent que tout ceci s'est passé avant ce qui est rapporté au chapitre précédent ». Les chapitres I et IT vont aussi mal ensemble, sous un autre rapport : le v. 27 du premier « dit que Dieu créa l'homme mâle

et femelle; tandis que le second raconte la création séparée de l’homme et de la femme ».

Une égale incohérence s’observe à l'intérieur de certains passages. Si l’on n’adopte pas la construction de M, Le Hir, Moïse « détruit lui-même la raison qu'il donne de l'impossibilité de la végétation », puisqu'il montre Dieu suppléant à la pluie par une vapeur qui en remplit l'office. Lisez maintenant la scène de l'ivresse de Noé, au chäpitre IX : c’est Cham qui se rend coupable envers son père (v. 22), et c'est son fils Chanaan qui est maudit (v. 25). Cominent l’auteur de la faute n'est-il pas le sujet de la peine ? ;

Mais la difficulté la plus complexe, dans l’ordre d'idées qui nous occupe, a trait aux voyages d'Abraham (ch. XI et XII). Celui-ci vient d'Ur- Chasdim avec son père Tharé; ils s’établissent à Charan, où Tharé meurt. Abraham, à qui Dieu apparaît et ordonne -de quitter le lieu de sa naissance, part pour le pays de Chanaan. Or 1° si l'apparition s’est produite à Charan, cemme le récit semble l'indiquer, l’ordre de Dieu n'a pas de sens : originaire d'Ur, Abraham ne peut « quitter le lieu de sa naissance », puisqu'il n'y est déjà plus. L'apparition se situe-t-elle à Ur, pourquoi Abraham va-t-il sans se presser à Charan, où il n’a que faire, et s'y arrête-t-il si longtemps? C’est là, on l’avouera, mal obéir à Dieu. 2° Selon le ch, XI, Abraham a cent trente cinq ans à la mort de Tharé (5); or, le v. 4 du ch. XII ne Jui donne, au moment où il quitte Charan, que soixantequinze ans; et pourtant il ne quitte Charan — la narration ne permet pas d'en douter — qu'après la mort de Tharé. Soit une différence de soixante ans.

Voilà de troublantes constatations, et sur lesquels l’exégète ne saurait rester. Il remarquera donc la répétition d’une formule : « Voici les générations, etc..», sorte de «nouveau titre », indicatif d’un « nouveau livre », et qui se lit en trois endroits (6). Le premier offre une double particularité : il sépare deux récits de la création, et le nom divin d’« Elohim » y est précédé de « Jéhova », inemployé jusque-là, mais qui reparaît dans la suite, parfois seul. « De [ce fait], et de plusieurs autres indices, Astruc, médecin hollandais (7), crut découvrir que le texte de Moïse était composé

(5) Tharé engendre Abraham à soixante-dix ans (v. 26), et meurt à deux cent cinq (v. 32). 2

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