OMIS ANSE AVI
(7) Glaire, lui, l'appelle « médecin de Bruxelles » ({ntrod., t. III, 10), à cause du lieu d'édition des Conjectures.
de deux ou trois fragments différents ajoutés ensemble ». Cette idée n'avait rien de subversif dans l'esprit de son auteur, mais les rationalistes allemands s’en sont emparés, et ils ont « indiqué jusqu'à douze fragments différents ». Les deux que nous aurions ici sous les yeux paraissent être des relations passées « dans la tradition populaire ». Moïse s'est borné à les « réunir bout à bout », sans s'apercevoir qu’il y avait entre elles des contradictions ». C'est ainsi que le Pentateuque tout entier a dû être fait : «compilation maladroite de pièces différentes et souvent discordantes », il s’en ira, sous l'analyse, «pièce à pièce ».
Que le négligent collecteur de ces morceaux soit Moïse, certains textes portent à en douter fortement. Moïse, qui mourut au seuil de la Terre promise, n’a pu écrire ce v. 6 de Genèse XII : « Le Chananéen était alors dans le pays ». L'adverbe, en effet, date cette phrase d’un temps où « les Chananéens n'étaient plus maîtres de la terre » : c'est «comme si l’on disait : Quand Clovis entra dans les Gaules, alors les Romains y étaient encore. Cette tournure suppose qu'ils n'y sont plus ». Le mot de Negueb (8) ne donnerait pas moins à réfléchir que ce verset 17 d'Erode XV, où sont, semble-t-il, désignées «particulièrement la montagne de Sion et les montagnes environnantes ». Mais les objections ne redeviennent explicites qu'au ch. XXXIII du Deutéronome. Le v. 5 n'y peut remonter à Moïse, s’il signifie: «il y a eu un roi en Israël », ce sens exigeant, de toute évidence, que l’auteur ait vécu «après l'élection d'un roi». Entendra-t-on que ce roi, c'est Moïse ? L'application serait «extraordinaire et insolite », surtout de sa part. On n’est guère moins surpris de le voir, au v. {, se décerner à lui-même le titre d'« homme de Dieu »: et le v. 4: « Doetrine que Moïse nous a donnée», déconcerte tout à fait, par son quatrième mot, sinon par le troisième. Ces invraisemblances sont aussi contraires que les -anticipations à la mosaïcité du passage.
Est-on davantage fondé à croire authentiques les Prédictions de Ja- .cob? Nullement : le v. 18, si peu lié au reste, y éveille à bon droit la défiance. En réalité, selon les rationalistes, le morceau n’anronce pas l'avenir: il ‘enregistre le passé. « Fabriqué après les événements auxquels il fait allusion », c'est une prédiction post eventum, dans laquelle on a «caractérisé chaque tribu [par] quelqu'une des circonstances qui l'avaient rendue célèbre ». Pareillement, disent-ils, « toute la deuxième partie d'Isaïe » est « postérieure à la captivité de Babylone », et « pour justifier leur hypothèse, ils y ont cherché des mots récents. ». Or — M. Le Hir le souligne — les chapitres en question sont précisément ceux qui offrent «des prophéties si manifestes, où Cyrus est nommé par son nom, ete. » (9).
(8) Gen, XII; 9; NILI, 1:
(9) Note à Deut., XXXIII, 21 (à cause du mot sédeq signifiant « victoire » ‘qui serait un de ces mots récents) ; cf. Gesenius, Ler., 855. Voir déjà supra 388 n. 88 et rapprocher de Souv. d'Enf., 258 : « Que devient ce miracle, si fort admiré .de Bossuet : « Cyrus nommé deux cents ans avant sa naissance se si la partie du livre d'Isaïe où Cyrus est nommé a été justement composée du temps de ce con- -quérant ? » N'avons-nous pas ici l'écho lointain, mais fidèle, du choc produit sur le -séminariste par l'indication de son maître ? :