INTERPRÉTATION DES PROPHÉTIES
Ce qui fait hésiter l'interprète, ce sont les procédés d'expression particuliers au prophète. Celui-ci « suppose tous les préliminaires, et s'élance du premier coup au milieu de son récit ». Il n’est pas jusqu'aux formes du futur et du souhait qu'il ne confonde souvent : « Dieu qui te protègera, te bénira; ou : Dieu, lequel te protège, te bénisse ». Tous usages dont M. Le Hir n’a guère vu la portée; il se borne à commenter ainsi des prétérits : « Les bénédictions ont déjà prévalu dans le décret... », ou : « L'action est considérée comme accomplie dans le dessein de Dieu » (57).
En revanche, il ne ménage pas ses conseils pour l'interprétation des textes identifiés. Tantôt il a l’air de croire avec Lowth que la meilleure -est la plus large : elle se conforme le mieux «à l'esprit vague et obscur de la prophétie ». Le v. 17 du Cantique de la Mer Rouge, par exemple, se comprendra de la Terre promise en général, plutôt que du sanctuaire. Tantôt, au contraire, il restreint pour l'application la généralité de la parole : au v. 7 des Bénédietions de Moïse, « il paraîtrait bien que ces mots : « que tu ramènes [Juda] vers son peuple », doivent s'entendre surtout de la captivité de Babylone, d’où Juda seul revint ». L'essentiel est de ne pas dire, quand la prédiction est bornée à l'horizon d'Israël, qu'elle annonce le christianisme. Les versets 8 et 27 des Bénédictions de Jacob ne visent chacun que la tribu en question : inutile de songer à Saint Paul en lisant le second, et quant au premier, on ne saurait sans « ridicule » y entendre le mot jischtachavou « au sens d’adoration véritable », pour rapporter le tout au Messie.
Quelles sont donc, en définitive, les prophéties particulières au peuple juif ? Tout d’abord, celles qui ont trait aux éponymes. Or, chaque fils de Jacob a reçu une bénédiction tirée de son propre nom (58), nom significatif, comme celui d’Abel (tanitas). De même que le frère de Caïn put être ainsi nommé « par une allusion prophétique à son sort », de même les versets de la Genèse où sont racontés les douze enfantements de Léa, de Rachel et de leurs servantes (59), conditionnent le ch. XLIX. C'est à cause de ces appellations premières que Jacob dit, par exemple, à Juda : « Toi, tes frères te loueront; tu es vraiment Juda [celebratus], digne de ce nom ». Si Léa n'avait pas nommé son cinquième fils Issachar, mot où entre l’idée complexe de merces, Jacob ne lui promettrait pas des terres fertiles et des richesses, tout en laissant entrevoir qu'il serait soumis à tribut. Mais cette réflexion n'est nulle part dégagée dans le Cours de M. Le Hir, attentif seulement à bien préciser le rapport du nom avec la Bénédiction : Joseph [additus] reçoit l'assurance d'une postérité nombreuse; «l’allusion au nom d'Aser est seulement dans la pensée : son nom signifie «honheur », et par suite son pain sera suceulent », etc...
Les autres endroits, où le destin d'Israël est annoncé, lui prédisent ses
(57) Ps. LXVIII, 11 et circa; Ex., XN, 13, 14; Gen., IV, 14; XLIX, 26, 9, 1,7,,25.
(58) C'est du moins explicite à partir du v. 8 (encore que l’allusion du v. 21 ne se laisse pas saisir), et probable pour les précédents, de manière que le procédé soit employé d’un bout à l’autre.