‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 231 sur 369 · DE QUELQUES PROGÉDÉS TYPIQUES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PROGÉDÉS TYPIQUES

v. 24 de Gen. III] ait été composé après l'érection du tabernacle ? », et maintes autres considérations, qui portent pareillement à faux.

Au demeurant, il arrive que le texte examiné donne raison aux adver-

. Saires; alors M. Le Hir invoque, sans les préciser, d'autres passages qui leur donnent tort. Force lui étant de reconnaître, en un endroit, la synonymie de verbum Dei et de Deus, il assure qu'il y en a « beaucoup où le Verbe de Jéhova se trouve. représenté comme une personne distincte: de Jéhova ». On sait, d'autre part, quel intérêt s'attache; pour l’apologiste, à ce que ammim désigne, non les tribus, mais les nations. Les v.6,8et 9 du Cantique de Moïse confirment ce sens (80), et Renan, sous la dictée, note au second d’entre eux : « Nous avons déjà vu et nous verrons par la suite que Moïse emploie toujours am pour. le peuple juif, et ammim pour synonyme de gojim [avec quoi il est ici en parallélisme] ». Hélas ! le chapitre suivant offre un verset (le 3°), où le pluriel ne peut s'appliquer qu'aux seuls Juifs (81). L’apologiste va-t-il revenir sur ses précédentes assertions? Point : il préfère, ren l'expliquant tant bien que mal, déclarer le cas préseñt «rare et irrégulier », sans se demander pourquoi certains textes ne rentreraient pas däns l'exception plutôt que dans la règle.

Ailleurs, il tourne l’exception en sa faveür : ainsi fe niphal de bärakh («être béni»), s'écarte de l'ordinaire, où cette forme a «quelque chose » d’un sens réfléchi. Les rationalistes ont tort en particulier : ils peuvent avoir raison en général. Cette concession même ne s'impose pas, là où d’autres fails corroborent l'opinion que l’on soutient : la lecture de Schéloh reçoit une confirmation, et de la Genèse, ch. VI, et des Juges. ch. V. Là, le v. 3 offre le mot beschagam, où le scha représente, selon M. Le Hir, la syncope du relatif; il en serait de même, ici, du scha de schagamti (82). Le vocatif « Ô cieux », au début du Cantique de Moïse, est précédé de l’article : l’objection relative à 6 6e6 n’a donc aucune valeur. « Plusieurs exemples » (on ne dit pas lesquels) prouvent que «l'usage de la langue » autorise l'interprétation orthodoxe du verset d’Aggée : les désirs des nations s’accompliront par la venue d’un seul, etc.

Cette application d’une règle grammaticale est correcte en principe. Des décisions lexicologiques n'auront pas moins impressionné Renan. L'une est celle qui réfute dédaigneusement Voltaire : «Il suffit de dire que léchem ne signifie pas exclusivement pain, et n'y fut spécialement consacré que plus tard » (83). De même, l'histoire d'un mot venge

(80) V. 6 : « Toutes les fois que Moïse parle au peuple en général, il se serc du mot am au singulier. C’est une preuve qu'il ne signifie pas tribu, car alors il faudrait le pluriel ». V. 9 : « Le singulier ammo prouve encore que am désigne toujours le peuple d'Israël en général et non une tribu. Il faudrait ammôâv. Or, jamais on ne trouve le peuple d'Israël désigné » ainsi.

(81). Cf. supra 409 n. 6. Voir aussi le v. 19, où certains ne voudraient rapporter le mot ammim qu'à deux tribus.

(82) V. 7. « Nous trouvons même le sch affecté du fathach, contre l'usage ordinaire, qui lui donne le ségol; ce qui favorise bien l'interprétation susdite de beschagam >.

(83) Gen., III, 19. La traduction de la Vulgate (« vescitur pane ») n'est pas remarquée dans les Notes.

Isaïe de soupçons injustes : zédeq pour « victoire » est ancien, puisqu'on le trouve «en ce sens dans les livres de Moïse et le Cantique de Debora. Si la dérivation mosaïque de « Babe] » est « certainement la plus régulière », c'est que l’autre a contre elle et la morphologie, et le fait que bâb voulant dire « porte » est arabe, mais nullement hébreu. Au eñ. XIV de la Genèse, v. 18, hozi, « faire sortir », équivaut à « offrir », par analogie avec l'expression corrélative «faire venir » : les protestants, qui l’admettent, sont mal venus à exclure l'idée que suggère tout le reste du passage : celle d'une offrande à Dieu, d'un sacrifice.

Ces raisons sont d'un autre ordre que l'argument de tradition. Il faudra en tenir compte dans le jugement d'ensemble qu'il reste à porter sur M. Le Hir.

VIIT -

Exégète, apologiste, le Sulpicien a pu se concilier la sympathie d'un ‘esprit modéré, par son ton habituel. Sauf exception, il ne va pas, à l'égard de ses adversaires, au-delà de l'ironie légère : ainsi lorsqu'il raille leur prétention, de « se mieux connaître que Moïse en étymologie » (84). Il prend soin, d'autre part, de disculper un confrère : Glaire voit-il dans le signe de Caïn un acte que Dieu aurait fait devant lui comme garant, M. Le Hir souligne que cette interprétation ne blesse en rien l'orthodoxie.

Il sait ignorer. Même après avoir présenté plusieurs conjectures, il avoue que la «vraie explication n’est pas encore trouvée ». Le vocabulaire musical des Hébreux, traduit en termes généraux par les Septante, suscite cette remarque : «Au fond, ils ne savaient pas de quel instrument il s'agissait ».

Il donne parfois l'impression d'un esprit rigoureux et délié, sinon quand il critique certains témoignages (85), du moins quand il remarque (si cette Note provient de lui) : « [Telle] opinion, déjà émise préalablement, puis confirmée par l'examen des lieux, atteint par Ià un haut degré de vraisemblance ». Il repousse une interprétation qui suppose « des réunions fictives d'objets » : la poésie, explique-t-il, «ne va pas [en] imaginer [de telles] pour en tirer ses comparaisons : [elle] prend les choses comme elles se présentent dans la nature ou l'état ordinaire...» (86) Il observe, à propos de jalad, que les rationalistes « s'écartent.…. du génie de la métaphore ». Le fait qu'une prophétie ne s'est pas accomplie, les « embarrassera peu; mais l'argument n'en [est que plus fort] contre eux, puisqu'ils prétendent [qu'elle à été écrite post eventum] ».

Ces facultés, à vrai dire, se sont exercées dans le sens que la discipline du séminaire leur imposa. La formation du théologien, voire du

(84) Et encore : « voulant à tout prix trouver des fautes dans Moïse ». Cf. supra 92, mouvement anologue de MM. Garnier-Mollevault. à (85) Jérôme et Sophronius (cités par FKréret) ne sont pas anciens, € mais ils ont dû travailler sur des mémoires antérieurs » : ce préjugé favorable n'est pas absolument correct.

(86) Cf. supra 3S9 et n. 91.

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