‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 232 sur 369 · PORTRAIT FINAL DE M. LE.HIR · texte numérisé non relu

PORTRAIT FINAL DE M. LE.HIR

rhéteur, se révèle à plus d'une expression (87), ainsi qu'à certaines spéculations caractéristiques. La promesse à Lévi, par exemple, oblige à chercher comment les décrets de l'Eternel s'insèrent dans notre temps. Ayant dit que «Dieu n'avait pas encore choisi [cette tribu pour son. rôle] sacerdotal avant [son] témoignage» de zèle, M. Le Hir se reprend : « ou du moins, s'il l’avait choisie, il ne commença que dès ce moment à exécuter son choix ». «C’est au moment de l'exécution qu’il faut toujours rapporter l'acte immanent de la divinité » (88).

Cette éducation explique également l'espèce de tutiorisme que M. Le Hir transporte du Traité de la Conscience à l’exégèse : « IL est plus sûr de s’en rapporter à Moïse.», et tant d'autres précautions du même genre. Son imagination même ne change pas facilement de pays, si l’on en juge par l'accueil qu'il fait à un récit de voyageur : « Quoi qu'il en

.soit de ce [trait de mœurs] singulier, il n’est pas croyable que les anciens

connussent ce mets étrange » (Gen., IX, 4).

Au total, et bien que certaines omissions donnent à son enseignement un air plus moderne, M. Le Hir ne paraît pas avoir été d’une classe supérieure à celle de M. Garnier. Ses interprétations personnelles ne sont ni très fréquentes, ni toujours heureuses (89). La lecture de Schéloh ne lui appartient pas même en propre : il l’a empruntée à Jahn. Son information n'est point d’une sûreté exemplaire. Si la Note sur djorney, si horn pour home (90), sont imputables à son élève, il en est autrement, croyonsnous, des erreurs sur « Pagnini », Astruc et Gesenius.

Or, de ces faiblesses, Renan n'est pas encore en mesure de s’apercevoir très bien, au mois de mars 1844. En revanche, les qualités ont dû le frapper, surtout par comparaison avec d’autres Directeurs. A voir celui-ci donner si fermement la contradiction à Quatremère ou à Gesenius, il l'aura pris pour un maître égal aux plus grands, — ou du moins destiné à le devenir. Car il faudrait encore, estime-t-il, « dix ans de vie» à M. Le Hir pour être le champion accompli de l’orthodoxie. Est-ce là une réserve ? Nous ne le pensons pas, vu l’âge relativement jeune du Sulpicien, et parce qu'il a pu lui-même faire cette réponse modeste à un compliment : « Oui, dans dix ans, peut-être... ». Mais les mois s’écoulèrent, et si le correspondant de Liart avait écrit sur M. Le Hir en juillet, il eût mis une sourdine à son hymne d'admiration. La preuve en sera bientôt donnée, son génie naissant s’est laissé gouverner par l’ascendant de son professeur moins de temps qu'on ne le croit.

(87) « IL répugne >»: « prosopopée », « énallage », « antonomase » (Deut., XXII 3110 en, NII EXTI 18 /et19/"etc.).

(88) Voir aussi supra 471 et, dans le N. T., Actes, XIII, 33 et Jean, XIV et XV, 26, XVI, 7 (où Saint Paul et Jésus fixent respectivement la génération éternelle du Verbe à l'instant de la résurrection, et la production du Saint-Esprit au moment où le Père et le Fils l’enverront). à

(89) Voir infra 490; Gen., II, 3; Deut., XXXII, 24 (« M. Le Hir, après avoir comparé les divers sens où ce mot est employé, croit. »).

(90) Cf. note à ps. LXVIII, 7: « A la maison [c’est-à-dire] dans leur patrie; il y a une locution analogue en anglais (horn) ». Une note à Æx., NV, porte « le PAS Niebuhr, comme s’il s'agissait d’un moine ; mais la faute ne se reproduit pas à Deut.,

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