‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 234 sur 369 · RENAN EN FACE DE M. LE HIR · texte numérisé non relu

RENAN EN FACE DE M. LE HIR

SOMMAIRE

s le Indépendance de Renan par rapport à M. Le Hir, aux auxiliaires contemporains, aux anciens traducteurs. Ses principes de méthode : ceux de son maître, mais aussi la considération de l'esprit antique (vague, simplicité, « préoccupation du sensible »); des idées, des images, du goût des Hébreux; de la mentalité de l'écrivain et de ses habitudes destyle. Pp. 490-494. à

II. Notes personnelles de Renan. Sa façon de lire Gen., XLIX, 22. Diverses interprétations et identifications. Ps. LXVIII et Hab., III : caractérisés en particulier, rapprochés. des autres Cantiques. Les monuments historiques de la Genèse. Origine des Bénédictions: de Moïse. Pp. 494-499.

III. Renan et l'apologétique. Accord de la géologie et du récit génésiaque. Les périodes antérieures à l’homme et leurs révolutions. Effets, étendue, durée du Déluge; les fossiles et les: sauvages. — Premiers symptômes d'émancipation + réserve”sur la justesse d’une décision: tridentine. Des miracles bibliques. Critique de certaines prophéties. Noms et représentations: de Dieu. Assimilation d'Israël aux autres peuples re pe croyances, procédés psychologiques). Pp. 499-505. er

IV. De la mosaïcité du Pentateuque:; indices favorables et contraires. Interpolations supposées. De l'hypothèse des sources à celle des fragments. Hétérodoxie de ces vues : les « légendes » de la Genèse; les rationalistes auraient raison. Pp. 506-509.

V. Philologie hébraïque. Etymologies et figures significatives. Prononciation de l'hébreu. Ses rapports ‘avec les autres langues : analogies phonétiques, grammaticales, lexicologiques, stylistiques. La mentalité antique. Poésie et éloquence dans la Bible. Observations complémentaires sur la versification. Pp. 509-514.

VI. La personnalité de Renan. Equilibre des facultés d'invention et de contrôle. Qualités diverses. Comment la Bible, sous son regard, devient. document : son instinct’ historique. Qu'il est à la fois savant et artiste. Curiosités spéciales de son imagination. Comment il sait rapprocher de nous le passé. Sens esthétique; attrait pour les genèses et les, métamorphoses. Pp. 514-519.

VII. Importance du Cours de 1844 : apprentissage de la critique; premier contact avec læ science germanique. Un exercice de traduction française. Initiation à la linguistique. Préparation lointaine de l'Histoire des Langues sémitiques. Quelques coups d'œil sur le N.T. Pp. 519-521.

« J'ai pris au sérieux ce qu'on m'a appris >

(Souv. d'Enf., 266).

Si Renan n’eût été que disciple, ce chapitre serait sans objet. Mais comme il] s'était, à Issy, opposé à M. Gottofrey, il ne tarda pas à penser par luimême, au sujet des questions agitées et résolues par M. Le Hir. Seulement, instruit par l'expérience et conseillé par son intérêt, il ne laissa point éclater ce divorce symbolique. « En critique », «les incompatibilités: se produisaient à chaque pas [entre M. Le Hir et les Allemands]. grammaire, au contraire, l'accord était facile ». Cette phrase des Souvenirs-(1) s’appliquerait assez bien aux relations de l'élève et du professeur: de Saint-Sulpice. Après n'avoir touché aux points vitaux que d’une maim

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timide, Renan a fini par porter à l'orthodoxie des coups assurés. Ses Notes concernant les derniers chapitres de la Genèse sont à cet égard révélatrices. Si l’on n'en saurait dire autant de son étude sur l'Exsurgat et le Cantiqu2 d'Habacuc, c'est que ces morceaux offraient moins de prise à sa critique, et peut-être aussi qu'il était quelque peu distrait par la perspective.de son départ imminent.

Quoi qu'il en soit, l'ensemble de sa Rédaction ne laisse aucun doute sur l'indépendance de son esprit. Certes, il ne refuse pas son hommage à son guide ordinaire : «Cette explication», écrit-il, « probablement la meilleure, est de M. Le Hir». Volontiers, il lui vient en aide : «Je pense que l'induction suivante donne beaucoup de force » (à ce sentiment), etc. Mais il est souvent d'un avis différent, qu'il soumet à son maître : « Moi, je l'avais ainsi entendu. M. Le Hir m'a objecté..» ; «J'avais pensé qu'il serait plus naturel. M. Le Hir m'a dit..». Il se rend aux raisons qu'on lui fait valoir: «peut-être, en etfet», ou «cela est plus probable », à moins qu'il ne s'obstine : «M. Le Hir se refuse à admettre cette explication. Néanmoins je persiste à croire. ». Et ces désaccords ne vont pas sans quelque froissement d'un amour-propre, que le Sulpicien ne prend pas toujours soin de ménager. « Je craindrais d'être subtil... », écrit Renan pour insinuer une hypothèse, ou « serait-il puéril… ? » : ne sent-on pas que ces épithètes ont dû lui être appliquées ? Aussi se revanche-t-il sur Je papier : «M. Le Hir croit avoir reconnu. Il faut avouer pourtant»; «M. Le Hir pense. Mais cela ne me paraît pas du tout naturel »; « Cela n'est pas une raison »; « Quant à telle hypothèse. elle n’est pas admisstble, selon M. Le Hir. Pour moi, je la trouve la plus probable »; «M. Le Hir se trompe quand il regarde ce caractère comme particulier » (à tel objet) ; «M. Le Hir a pris [tell sens. Mais cela est impossible »; « M. Le Hir pense. Mais cela est faux, car » (2).

S'il s'écarte ainsi de son professeur, c’est pour suivre plus ou moins ses autres auxiliaires : il ne serait pas loin d'adopter une traduction de Quatremère, dont Glaire lui vante l'érudition (3). Mais il n’en croit aucun sur parole, ni parmi les orthodoxes, ni parmi les rationalistes : il ne s'inféode pas même à Gesenius. S'il constate avec plaisir que Cahen se rapproche en un endroit de sa propre interprétation, il l’abandonne ailleurs pour se ranger au côté de Franck (4).

(2) Gen. II, 3 ; ps. LXVIII, 15 (cf. encore Deut., XXXII, 42: Gen., XLIX, 22) : Deut., XXXIII, 19, 4; ps. LXVIIT, 32; Hab., III, 11; Gen., VI, 8; III, 17; IV, on Deut., XXXII, 24, 31; ib., XXXIII, 7; Gen., VIX; II, 10 (en addition) : VIIL, 3: ps. LX VIII, 15. S rs

(3) « Qui jamais comme Toi a puisé et recueilli tant et de si grandes richesses aux sources si abondantes de l'Arabie, de la Perse, de l'Arménie et de l'Egypte ? » (Dédicace latine du Lericon de 1843). — Cf. Gen., VI, 3. A

(4) J'ug., V, 11, 25. — Cf. Deut., XXXII, 24, 98 sq. 33 (contre M Hir, av Glaire, Gesenius, Vatable) ;: 4, XXXIII, 20: Gene STE 2 a abere M. Le Hir, avec Leopold). — Ps. LXVIII, 15-16 (altéré selon $S. de Sacy et en Deut., XXXII, 14; Ex. V, 3, 16 (contre Vatable ‘et Glaire) ; ib., 11

, etc. : :

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