‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 236 sur 369 · LE PARALLÉLISME ET LE CONTEXTE · texte numérisé non relu

LE PARALLÉLISME ET LE CONTEXTE

allusion aux yeux des jeunes filles, que Joseph surpasserait en beauté. En revanche, l’« héritage » du ps. LXVIII, v. 10, ne doit pas désigner la Terre promise; il faudrait pour cela que le poète l'eût représentée comme « fatiguée par les crimes de ses habitants » : or «ce n’est pas du tout dans le goût hébreu ». Ici encore, du reste, on aurait tort de prétendre à une rigueur que les figures ne comportent pas. Va-l-on «presser à la rigueur » «les bénédictions des collines de l'éternité », au v. 26 de Gen. XLIX ? Non certes ! «Ce sont des hyperboles dans le goût de la poésie orientale ».

Celle des Hébreux comportant le parallélisme, Renan justifie par là le sens de « flèches » pour zeroa (v. 24), el de « fontaines » au verset suivant : «Le parallélisme est plus parfait [qu'avec la version de M. Le Hir] : Jacob promet à Joseph une terre fertile et arrosée d’abord par les eaux du ciel, puis par celles qui sortent de la terre ». Là où cette « perfection » n'est pas acquise, on veillera du moins à ce que le parallélisme soit «suffisant » (12). Ce Souci met Renan dans un cruel embärras à propos du v. 22. D'une part, couper après bänoth, c'est léser « le parallélisme de mots », suivant lequel ce nom devrait «commencer le vers pour faire l'opposition avec bén ». D'autre part, le parallélisme avec ajin est à peu près détruit, si l'on entend par schour, umbilicus. Grave objection, à laquelle l’auteur de la conjecture répond, que l'inconvénient est le même avec le sens d’insidiari; en outre, la parallélicité a des modes que nous aurons à décrire : l’un d'eux répondrail au cas présent, où le dernier vers du verset serait isolé des deux autres.

De cette façon lon aurait l'avantage d'une «suite plus immédiate ». « Gela », continue Renan, « se lierait parfaitement avec ce qui suit : elles ont cherché à lui faire violence., mais lui, il est demeuré ferme ». Or, cette considération à son importance (13) : c’est le contexte qui donnerait tort à M. Le Hir au v. 4 de ces Bénédictions, et raison à Quatremère, au v. 3 du ch. VI. Délicatement interprété, il éclaire le v. 15 du psaume : «Dans les deux versets suivants, il n’est question que de montagnes; puis donc que nous trouvons un nom de montagne à la fin de celuici, il est bien probable que ces idées se lient ». A s’en tenir à cette règle, il est vrai, on ne saurait que décider au v. 11 : le poète y passe subitement à la Palestine, dont il n'a pas encore parlé. Mais la difficulté n’est qu'apparente, ce pays étant «dans lesprit de tous ».

On est ainsi amené à compter avec la mentalité de l'écrivain, et avec ses habitudes de style. Si Renan suppose à un moment que le v. 22 de Genèse XLIX ferait allusion à la mère et aux fils de Joseph, c’est que celle-là «occupait beaucoup de place dans le cœur de Jacob » : il serait done «singulier qu'il n'en dît mot», ni d'Ephraïm et de Manassé, surtout

(12) A Hab., III, 5 (« Devant lui la peste; derrière, les oiseaux de proie »). — Cf. aussi le v. 9 et en général cette étude et celle du psaume.

(13) Voir sous ce rapport les notes sur le v. 22, le v. 10; sur Deut., XXXIII, 5,

ps. LXVIII, 5, etc.

après «l'histoire du chapitre précédent » (14). Autre observation. Quand Jacob s'exprime à l’aide d'une comparaison, il la continue ordinairement et il l'amplifie dans le second membre, en insistant sur « la chose figurante ». Par conséquent le v. 14, compris à la manière de M. Le Hir, ne serait «pas du tout dans le génie du reste »; il obligerait à « passer brusquement d'un hémistiche à l’autre, d’un sens à un autre », et à « couper brusquement la comparaison », en revenant de la chose figurante (l'âne) à la chose figurée (Issachar).

Tels sont les principaux critères que Renan a appliqués, en pesant chaque indice là où ils se contrarient (15). Il n'oublie rien de ce qu'il à appris, si ce n’est qu'il préférerait, fût-ce dans un verset poétique (16), n'avoir pas à «changer de sujet aux deux verbes ». Parfois même. il se montre plus fidèle que M. Le Hir aux principes posés par celui-ci. Que les Pères établissent une différence entre l’« image » et la « ressemblance », il ne se tiendra pas d'observer : « Cette distinction est belle et vraie, mais n'est pas dans le texte » (17). Et il écoute en outre les conseils, les avertissements de son génie. De Jà certaines initiatives dont il faut retracer les plus notables, heureuses ou non.

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Si neuf hébraïsant qu'il soit, il ne termine pas l’année sans pronoser certaines corrections du texte biblique. Dès le commencement &e son étude sur l’Exode (ch. IT), il observe que la Vulgate offre, au v. 22, un membre de plus que l’hébreu. Et les Bénédictions de Jacob, le Cantique d’Habacuc et le psaume lui donnent l’occasion d'exercer sa sagacité, soit qu'il lise, ou qu'il ponetue, ou qu'il divise différemment : l'accentuation et la coupe des versets ne sont-elles pas « éléments rabbiniques » (18) ? Nous ne Tapporterons ici avec quelques détails que ses conjectures sur le v. 22 de Genèse XLIX.

Ce verset est ainsi ponctué : zaqef-qaton après Joseph, athnach après ajin, zaqef-gadol après bânoth. Ce qui l’assimilerait aux versets précédents à quatre temps, où la division du milieu est pareillement marquée par l’athnach, et les deux divisions intermédiaires par deux zaqef. Mais alors, il en résulterait une « inégalité criante entre les quatre membres », et c’est pourquoi nos Bibles ne coupent qu'après Joseph et ajin (19). Elles

(14) I1 ne le serait pas moins que les Bénédictions de Noé ne continssent de jeux de mots que relativement à Japhet, et qu'il n'y en eût pas sur Cham. Cf. aussi supra 473 n. 58.

(15) Cf. surtout Deut., XXXII, 28 et ps. LXVIII, 11, où la grammaire et la lexicologie vont contre les raisons tirées du contexte.

(16) Deut., XXXIII, 19.

(17) Cf. supra 349.

(18) Gen., XLIX, 25: « £il était permis, ie voudrais couper ici [autrement]

les versets [de 24 à 26] >; 10., 24, 10; Hab., III, 9 (changer en sin le shin de schebouoth) ; ps., 15-16, 29.

(19) Aïlleurs, Renan parle de « la division en qu

' atre vers qu'on trouve dans nos Bibles ».

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