COMMENT RENAN LIRAIT CERTAINS VERSETS
ont raison, en ce sens que «ce verset est évidemment de trois vers »; mais tort, en laissant un zaqgef, surtout un zaqef-gadol dans le cours d'un: vers. La seconde coupure doit tomber après bânoth, par retranchement de l’athnach après ajin, et le zagef-gadol se changeant en athnach, ou en tenant lieu. De cette façon, le v. 22 devient semblable au 4°, au 7°, au 8°.
A vrai dire, Renan ne soutient pas jusqu’au bout cette hypothèse, et il songe à «conserver [a division ordinaire, en admettant un ‘enjambement [comme ceux des v. 24 et 25] pour l'explication grammaticale ». Mais il substituerait à schour, soit schor, soit sour; il corrigerat ajin en ën, porâth en poréach, sans préjudice de deux autres lectures ! On comprend qu'il ait multiplié les précautions oratoires pour donner un air raisonnable à tant d’inventions.
Voici, en tout cas, les principaux sens auxquels il aboutit : 4° « Joseph filius foecunditatis, à. e. foecundus, ad oculos puellarum»; c’est à-dire : « pubertas Josephi excitavit concupiscentiam »; « una earua ascendit ad conspiciendum (20) ou insidiandum ».2° Ou, pour la seconde partie : «una. ascendit super umbilicum ejus.… ».3° Ou, pour la premiére: partie : «.… filius pulchriludinis, à e. pulcher (20) super oculos, 1. e. pulchricr oculis puellarum.… »; 4° ou encore : « filius foecundae (Rachel), etc, de la féconde qui a excité la jalousie..; mais elle s'est élevée audessus de ses ennemis », ou «il [Joseph] a marché sur ses ennemis », etc.
Un autre texte que Renan pense avoir ingénieusement compris, ce: sont les v. 15-16 du Chant de Debora. Les deux mots semblables (chigeqgë et chigré) ne répéteraient pas la même idée, mais seraient en «opposition formelle», l’un signifiant «résolution forte», et l’autre: « indécision » : «Je traduirais donc ainsi : C’est en Ruben que se prennent les décisions généreuses, (je me trompe), c'est en Ruben que se prennent les indécisions ». Au v. 15 du psaume il rend : « Cum disperserit. Omnipotens reges (qui sunt) in ea (terra), Nivea erit ut Tsalmon ». Une interprétation le tenterait, au v. 6 du Cantique d’Habacuc : « … Qui d’un pas franchit (enjambe) l'éternité ou l'univers ». En revanche, il n'aime pas celle de M. Le Hir au v. 11 de Juges, V : plutôt que des « bergers qui jouent du chalumeau », ce texte veut parler de ceux «qui divisent l’eau. ». Enfin, il pencherait à comprendre, à la fin du v. 3 de la Genèse, ch. VI, que Dieu donne à l’homme cent vingt ans pour venir à résipiscence avant le Déluge (21). D’autres passages qui le préoccupent beaucoup, ce sont les versets allusifs. Il se flatte de mieux saisir que son maître le second terme du rapport : « Zabulon », dans les Bénédictions de Jacob, doit
(20) Ces mots sont empruntés à la version de M. Le Hir (reproduite supra 44T n, 29).
(21) Voir encore la traduction d'Æx., IV, 26 et circa, avec l’hésitation sur le sujet de vajireph; ib., V, 16; Deut., XXXII, 28 sq. (il s'agirait plutôt d'Israël), 33 (s'applique aux Gentils), 31 (dans la bouche de Moïse). — Et des versions de premier jet, auxquelles il renonce ensuite, à Juges, V, 14, 15, 31; Deut., XXXIII, 4, 7, 17, 19, (« populi occurrent monti, et ibi sacrificabunt »), 24, 28, etc., etc.
être rapproché de jischkon, verbe de même sens, et non de la fin üu v. 13;setc.:
L'étude du psaume LXVIII donne lieu de remarquer une tendance analogue de son esprit. Comment, s'est-il dit, cette procession, où David était «le personnage le plus important », s’est-elle déroulée sans qu'il «fût mis à part [grâce à] une mention spéciale » ? Peut-être qu'en cherchant bien Effectivement, le singulier du v. 28 doit le désigner, et la «traduction paraphrastique » saura le faire entendre au lecteur : « Ici, c'est le jeune Benjamin, accompagné de son valeureux chef. ».
Aussi bien ne se borne-t-il pas à cette identification, toute cette poésie retraçant à ses yeux l'Histoire sainte, depuis l'Exode jusqu'aux événements récents (v. 19). La première partie suit, semble-{-il, l'ordre chronologique : elle chante «les merveilles de Dieu pour son peuple» au désert et dans la Terre promise, sans que l'on soit toujours sûr de distinguer exactement ces deux moments, du moins pour les versets 10 et 11. La pluie (comme la «fonte des cieux » au v. 9) rappellerait-elle la manne ? ou si le poèle a en vue la fécondité de Chanaan ? L'’explication des mots nachalâthkhà et chajâätkhä (« ton peuple » ?) n'est pas moins délicate. Il paraît bien, en revanche, que les v. 12 et 7 appartiennent chacun à l’un des thèmes : celui-là regarde les victoires remportées aux bords du Jourdain, et l’autre est un souvenir des «révoltes auxquelles tous prirent part, excepté Caleb et Josué ». Enfin, les v. 1,5 et 18 auraient trait plus spécialement à l'arche, tant à sa construction qu'à ses voyages. On discernerait dans le second de ces passages (si ardboth v signifie deserta) «quelque coutume de [ces] transports» et même ce qui s'y disait. La formule initiale de l'Ersurgat Deus était «eonsacrée pour l'action des Lévites soulevant l'arche pour ses voyages du désert ».
Ces précisions, que Renan apporte également sur un ou deux points du Cantique d'Habacue (22), permettent à l'exégète de passer au Conmmentaire. Il montre la valeur des v. 1 et 5 qui servent de signal, celui-ei pour le départ (solou). Alors commençait cette marche triomphale, dont tout ce début donne l'idée, grâce au rappel des théophanies. Le cadre s'évoque aussitôt : une plaine s'ouvre devant le cortège (v. 5): le chanteur prend le Sinaï à lémoin des phénomènes qu'il vient de rapporter : {remblement de terre, ete. Puis l'on aperçoit «dans le lointain la colline de Sion, en même temps que d'un autre côté [l'on voit] les hauts sommets de Selmon et de Basan », auxquels s'adresse l'apostrophe-du v. 17. La fin du verset suivant concerne la sainte montagne, dont on approche. Le reste est rempli par la description du cortège et par des prières et des louanges brillantes. — Ainsi, ce psaume comprend trois parties (v. 5-32). L'exorde (v. 1-5) et la conclusion (v. 33-36) seraient chacun d'une strophe (23), et
(22) Lui aussi, ce prophète peut avoir pensé aux erreurs d'Israël, et particulière- 4 aux € rayons du front de Moïse » : voir, en effet, son v. 4 et cf. Er. KXXIV < Les allusions du psaume seraient à Ex. XVI à N ï ar ÇT : 0. > allusions SE $ 12e VA. et à Nombres, X, 35: XI: XIII-XIV. ; |
(23) Renan emploie une ou deux fois le mot de « stance »,