‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 238 sur 369 · LE CANTIQUE D'HABACUC ET LE PS. LXVIII · texte numérisé non relu

LE CANTIQUE D'HABACUC ET LE PS. LXVIII

le milieu se répartirait en neuf strophes : v. 5-7, 8-11, 12-14; 15-17, 18, 19, 20-24; 25-28, 29-32. Quant au genre littéraire de ces morceaux, et à leur exécution musicale, on s’en rend compte, grâce à certains détails.

Au v. 12, le terme de omér est pris dans le sens d’'epinicium (« Le Seigneur nous donnera lieu de chanter un Cantique de victoire »),etil en est de même au v. 9 d'Habacuc III, que Renan, au v. 15, appelle « ode ». D'autre part, son v. 1 porte le mot schigjonoth; le singulier désignant «une certaine sorte de vers, ou de poème, ou de rythme », cette indication (avec al) signifie que « le Cantique devait être chanté sur l'air des hymnes qu'on appelait » schequijon. Le nom qui le termine {neguinoth) marque, accompagné de praecentori, que le maître de chœur avait à le faire exécuter sur des « instruments à cordes ». Moins précise est l’annotation initiale du psaume : Mizmor schir (v. 1). Si l'un « en parallélisme à à peu près le même sens » que l’autre, le v. 26 distingue pourtant les chantres des instrumentistes (psallentes). Schir doit représenter un « cantique à voix seulement », mizmor, un « cantique chanté sur des instruments », et «tous deux réuñis, un cantique chanté avec accompagnement ». Quant au séla (24), « on croit que c'est une note musicale. Pause ». A

Comme le Cantique d'Habacuc l'offre, en deux endroits, au milieu du verset, la correction de ses coupes est mise en doute par Renan. Il les tient tout d’abord pour prosaïques. Mais finalement il restreint ce jugement à la ponctuation des accents : «Je suis persuadé maintenant que la coupe des versets est bonne. Seulement le rythme a cela de spécial que les versets sont fort longs, et composés de beaucoup de vers ». Le psaume en compte qui ont aussi feur ampleur. Le 5° est «à grande coupe en’ quatre membres ». Le 36° et dernier se remarque par les deux petits membres (« Deus Yisrael », « Benedictus Deus »), qui y suivent deux grands, etc...

Certaines de ces coupes intérieures, et plus encore les parenthèses qu'il serait possible d'établir en quelques endroits (25), portent à eroire que l'Exsurgat a dû, lui aussi, être « chanté par des chœurs dialoguants ». Le difficile serait de délimiter les paroles de chacun. Faut-il mettre le v. 13 dans la bouche des chanteuses ? Quelques-uns l'ont fait, mais M. Le Hir « aime autant l’attribuer directement au poète ». On ne sait pas davantage si le v. 27 est « une exhortation que [celui-ci] adresse aux chantres en apostrophe », ou s'il est dit par ces derniers.

Le style et le fond de ces poésies n’appellent que de brèves remarques. Habacuc « aime beaucoup à retrancher les particules au deuxième membre parallèle ». Le psalmiste emploie be en toutes sortes de sens (26); il & « tendance à rendre {out concret », par exemple au v. 31, où il représente la soumission par une attitude «et un don. Le v. 6 livre

CPHEPS EX VITL 8,120; 200, TIL 519 13;

(25) Aux v. 5 (depuis solou jusqu'à veileou), 9, 19 (des « captifs » aux « re- ‘belles » exclusivement).

(26) Hab., III, 15: ps. LXVIII, 15, 31 (où be, à deux reprises, veut dire <« avec »).

l'idée générale» de la pièce: «bonté de Dieu pour les pauvres, les faibles ».

Ce qui éclairerait le plus ces morceaux, c’est leur rapprochement. Renan vérifie et complète à ce sujet les indications de son maître. Les v. 8 et 9 du psaume «sont pris presque identiquement des Bénédictions de Moïse ou plutôt du Cantique de Debora », dont ils reproduisent l'exorde et notamment l'allusion au Sinaï (27). Le chapitre d'Habacuc dépend en partie de ces modèles et du Cantique de Moïse (28). II est, de plus, « moulé sur-les psaumes pour le titre, les sélas, etc. ».

Bien que ce soit à d’autres titres, les plus anciens passages de la Genèse ne $e recommandent pas moins à l'attention de Renan. Il em identifie même qui n’offrent pas un aspect poétique bien accusé. Cependant c’est l'indice de Lowth qui l’arrête devant le chant de la Tour, au ch. XI: les v. 3 et 4 présentent un «parallélisme frappant», preuve que «ce discours est en vers, comme celui de Lamech au ch. IV ». Ajoutez-v qu'il contient des oppositions, voire des jeux de mots. Les Bénédictions de Noé, elles aussi, doivent en cacher, que M. Le Hir n'a pas aperçus. Ce serait le cas pour l’avant-dernier mot du v. 25, si proche du nom de Jéhova, et pour celui de schèm aux deux versets suivants (29) : ils s’appuieraient l’un l’autre, en sorte que «tout le morceau en est Cousu ».

La notice sur Nemrod est curieuse par son «dicton ou expression proverbiale », qui marque un superlatif. Elle « peut nous servir de type »: on voit par elle en quoi consistaient «les monuments historiques de cette époque », de même que les versets relatifs à Babel représentent « une sorte de chant ou récit populaire que Moïse a intercalé ». Un texte deutéronomique, le ch. XXXIIT, a sans doute une origine analogue : il a été recueilli auprès de «chaque tribu [qui] avait et conservait de mémoire son petit vers ». On comprend dès lors son « incohérence » et ses « embarras », résultats ordinaires d’une tradition orale.

Ces intuitions du jeune exégète furent si vives et si justes, que l'historien des langues sémitiques n'eut guère qu'à les reproduire : « Le Pentateuque », écrit-il, «rapporte souvent, dans leur forme rythmique, des dires populaires, dont le style a une physionomie très ancienne. Au premier rang de ces antiques fragments, il faut placer. le dire de Lémek.…., le récit de la tour de Babel, plein de rimes et de jeux de mots..; la devise étymologique de Japhet.…, les bénédictions de Noé... et surtout, malgré quelques interpolations plus modernes, les deux bénédictions de Jacob et de Moïse » (30). -

(27) Cf. encore ps. LXVIII, 22, et Deut., XXXII, 42; Jug, V, 2.

(28) Cf. Hab., III, 5, 19 et 4, et Deut., XXXII, 24,13; XXXIII, 2, ete.

.(29) Au v. 26, on jouerait sur l’acception spéciale de schèm (le saint nom de Dieu), et au v. 27, sur son sens de fama : « qu’il habite des tentes de grand renom ».

(30) Hist. des L. Sém., 111-112, avec la note 1 de la p. 112, qui sera util e ; ARS er nt rapprochée de Trav. de Jeun., 186, cité infra 604. Le lecteur SeUt GOSUTLEE EE

ces dits et leurs dates probables, A. Causse, Les plus vi : : 35 sq., 46, 101. p vieux chants de la Bible,

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