ISRAEL RAPPROCHÉ DES AUTRES PEUPLES
Dieu particulier » «était usitée chez les nations païennes, surtout celles qui avaient des mystères secrets [les Egyptiens] ». Aussi Moïse et Aaron en parlent-ils à Pharaon comme d'une cérémonie connue. Une autre analogie éclaire peut-être la notice sur les géants : «Les fils de Dieu » seraient non point ce qu'a prétendu M. Le Hir, mais les grands (plusieurs traduisent ainsi); «les fils des hommes, le peuple; l’union des deux, illicite » : «il faut avouer que cela ressemble beaucoup aux distinctions de castes des Indiens, etc. »
Les mêmes institutions religieuses et sociales se retrouveraient done : chez différents peuples de l’ancien Orient. Et les mêmes croyances. Considérons, par exemple, celle des chérubins-griffons; qu'en pense Renan ? Son avis paraît exprimé dans ces deux phrases: «Il faut plutôt dire que ce sont là comme des fragments d'une même tradition conservés parallèlement chez tous les peuples»; «il faut voir, il me semble, en tout cela un fonds d'idées communes à toutes les traditions de l'Orient ». A la rigueur, et à des yeux de traditionalistes, cette opinion serait correcte encore, s’il était entendu que la tradition ne s'est conservée pure que chez les Hébreux. Mais loin de leur reconnaître ce privilège, Renan met ceux-ci sur le même pied que les autres. Et la seule fois où il indique le sens de l'influence —- sur un point qui n’est secondaire qu’en apparence, — c'est pour faire une remarque que son étude personnelle de l'Exode lui a suggérée : « Moïse sortant d'Egypte devait être porté à se servir de dénominations égyptiennes » (Deut., XXXII, 42). |
Le peuple juif a donc partagé le sort commun, et ses procédés nsycho- Jogiques ont dû être ceux de l'humanité. Si la Note sur le tanin du verset deutéronomique ne convainc pas Moïse d'erreur (53), elle n'en marque pas moins que le « dragon », la bellua marina, comme rend Leopold, est un de «ces animaux fantastiques. qu’on trouve dans l’idée de tous les peuples ». Qu'importe à Renan lexplication consacrée de Gen.,
24? L'auteur de ce verset ne savait pas ce qu'Hénoch était devenu; alors il a dit, selon l'habitude des anciens : « Dieu l’a pris » (Deut., XXXII, 24). Quant aux éponymes, « il était également dans l'esprit de ces nations antiques de personnifier les peuples en un homme, comme un homme en un peuple ». Renan se souvient d’avoir rapporté, dans sa Dissertation sur les fleuves paradisiaques, le nom de cet ancêtre des Arméniens (Phas ou Pase), «dont les descendants s'établirent vers les sources du fleuve en question ». « Du reste », ajoute-t-il en marge, «il est possible que le Phaz ne soit qu'un de ces personnages imaginaires, auxquels on donne le nom d’une nation pour en faire le père : comme Gallus des Gaulois, Britannus des Bretons, etc. ». L'exemple n'est pas emprunté aux Hébreux. Mais on sent qu'il pourrait l'être.
Ainsi, de ces adversaires contre lesquels M. Le Hir s’évertue si vaillamment, son élève, petit à petit, se rapproche. Et les faits qui nous restent à signaler sont encore plus caractéristiques.
(53) Ces animaux, dit la note, sont « ewistants ou fabuleux » (cf. Trav. de Jeun., 237) ;: et à l'endroit dont il s’agit (Deut., XXXII, 33), il faut traduire par « Ser-
pent ».
Certes, s'il sacrifie à la vérité qu'il croit entrevoir, ce n'est pas d'un cœur léger, Le moindre indice favorable à l’orthodoxie, il le relève. A défaut d'une considération générale comme celle qu'il a naguère fait valoir (54), il veut voir dans les Bénédictions de Moïse, au v. 3, «une allusion à la manière dont la loi fut donnée », et aux v. 8 et 9, un rappel de l'Erode : «Toutes ces allusions à des faits récents me semblent prouver l'authenticité du morceau, et qu'il faut en effet le rapporter à la sortie du désert ».
On ne voit pas non plus qu'il aille bien loin dans la critique de la tradition relative à l'Exsurgat. Que ce psaume ait été composé par David pour le transfert de l'arche en sa tente, il ne semble guèré en douter. A ses yeux, les rebelles du v. 19 ne sont autres que « les Philistins, qui naguère avaient renvoyé l'arche, etc. ».
Il connaît donc les précédents, et le récit de l’action proprement dite ne lui est pas moins familier (55). Cependant il ne s'occupe nullement des incidents qui y sont relatés. Quant au cadre présumé, il s’en soucie moins encore, puisque le chanteur est censé «dire en le montrant : Voyez le Sinaï»; même les autres perspectives, sans être aussi impossibles, ne satisfont pas le géographe, si l'arche venait de Kiriath-Iearim. Le seul détail qui poserait peut-être devant Renan la question de l'authenticité serait le v. 7, à supposer qu'il eût trait, comme on pourrait le croire, au retour de la captivité de Babylone. Mais il se rapporte plutôt à la sortie d'Egypte : «Ces mots : Il n'y a que les rebelles qui soient restés dans le désert, semblent indiquer un fait passé, et par conséquent qu'il ne s'agit pas de la Chaldée ». « Du reste », ajoute l'élève de M. Le Hir, « le nom de David se trouve dans le titre », et il vaut mieux le rattacher à ce qui suit (« Psaume ») (56) que de traduire « au maître de chœur de David ». Ainsi, à cette date, Renan regarde encore l'attribution initiale des psaumes comme un signe décisif d'authenticité.
Il n’est pas toujours aussi bien pensant. Le v. 17 du Cantique de la Mer Rouge, qui n’a pas fait sourciller son professeur, l'incite, lui, à cuvrir cette parenthèse encore prudente : « Une critique chagrine verrait là des marques de non-authenticité ». Au ch. XII de la Genèse, c’est bien autre chose. Le parti que les rationalistes ont tiré de 4z au v. 6, la rendu clairvoyant : les noms de lieux des v. 8-9 lui paraissent révélateurs : « Voyez surtout », continue-t-il, « la circonstance du v. 1 du ch. XIII (57).
Qu'est-ce que «cela suppose », sinon «un séjour des Israëlites en Judée quand ceci fut écrit » ?
(54) Cf. supra 209.
(55) C'est le ch. VI de II Rois. Voir infra 516 et n. 8 i PDU Ro f b et n. S4, et Hist. du Peuple
(56) Toutefois, il ne semble pas que les deux mots « soient en fonction génitive »
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Et ils ne doivent pas l'être non plus, même quand « Psaume » précède « David » I1 faut rendre alors : « Psalmus. Davidis ».
(57) « Abraham remonta d'Egypte au Negueb » ete.