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CE QUE RENAN PERD ET CE QU'IL GAGNE

séminariste continue de penser très sérieusement aux carrières que l'Eglise peut lui offrir (62). Est-ce donc que ces illuminations s'évanouissent sans laisser de traces, ou s’il espère les reconnaître un jour pour illusoires? Appliqué à mettre au net ses Notes de cours, et entraîné à consigner les idées qui l’envahissent, il cède à ce devoir et à cette impulsion tour à tour. Retenue entre des parenthèses, juxtaposée à l'opinion de son maître, sa contradiction demeure fragmentaire, et une difficulté chasse l'autre. Seulement son souci s'aggrave de vérifier le catholicisme, au prix d'une enquête longue, très longue, qui ne pourra se poursuivre matériellement qu'au sein de l'Eglise.

En attendant, il sent qu’il gagne d'un côté, s’il perd de l’autre. Aussi visera-t-il moins à secourir l’orthodoxie qu'à mettre de côté, en vue d'une construction future, les matériaux solides qu'il reçoit ou qu’il trouve. &i lon veut une autre image, il absorbera la substance positive de l'enseignement et de la littérature catholiques, jusqu'au jour où, n'ayant plus rien à apprendre de Saint-Sulpice, il lui laissera le résidu théologique. Cette évolution se dessine décisivement vers le milieu de 1844, du moins en ce qui concerne la philologie hébraïque. és

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Des mois ont passé depuis ces premières traductions de la Bible, où le respect pour le fond et l'admiration de la forme se renforçaient mutuellement chez l'élève de M. Le Hir. Alors, il n'avait pas craint de dire que les « divines paroles » reçoivent de la langue hébraïque « une nouvelle sublimité ». Car elle est la plus belle de toutes, si « simple » et si « naïve » ! On « tombe des nues » en s’apercevant que cet idiome à l'aspect rébarbatif n’a ni construction, ni presque de syntaxe : « Tu sais », écrit Ernest à Liart, « comme parlent les enfants, par propositions de deux ou quatre mots : voilà l’hébreu ». Oui, c'est « une vraie langue d'enfant », « la pure idée dans son expression nue ». Bien que ces considérations soient voisines de celles que Lowth a traduites, ne doutons pas que Renan ne les ait prises très sincèrement à son compte (63).

Maintenant qu'il n’est plus un débutant, il consulte les Lexiques avec d’autres yeux. Les recherches étymologiques sont de celles qui l’opposent parfois à son professeur. Moschib ne vient point de schoub, mais de jâschab. Le sens primitif de réscheph n'est-il pas plutôt celui d’ « ardeur » que celui de « trait » ? Nephilim, ce sont les « fameux », de pâlé, insignis : « la racine bilitère est pal, ayant le sens de quelque chose de merveilleux et d’'extraordinaire ». Quant à ajin, Sa « racine s'applique immédiatement à la passion jalouse; or de là au sens de « concupiscence », le pas est insensible ». La ressemblance de leurs féminins ferait croire que isch dérive de la même racine que énosch. Schor pourrait être rattaché à la racine schärar; or « schorer signifie aussi umbilicus,

(62) Voir infra le ch. VII de ce Livre. | (63) Cf. Fr. Int., 256-257 ; I. in. à Mme Renan du G février; supra 382 et 394.

done schor pourrait aussi avoir le même sens, et en effet Leopold le lui donne expressément » (64).

Parmi les noms ainsi soumis à l'examen, ceux des patriarches ont spécialement retenu Renan. Il n’a pas attendu pour s'en occuper l'étude des Bénédictions de Jacob. Dès son premier travail sur l'£Erode, le chapitre I de ce livre lui offre la liste des « fils d'Israël, venus en Egypte avec ‘Jacob ». Il les interprète alors, depuis Israël « pugnator Dei », jusqu’à Joseph, « additus ». Voici ses traductions : « Videte filium », « auditio », « copulatio », « celebratus », « positus est merces », « habitatio », « filius dextrae », « judex », « luctatio mea », « felicitas ». On remarquera l’avantdernière. Nephtali, à quoi elle correspond, intitulera, en 1846, le quatrième des Cahiers de Jeunesse : cette « petite pédanterie d’hébraïsant » a ici son origine (65). Les noms significatifs que le jeune exégète a rencontrés dans la suite ont moins d'importance, sauf « Moïse » : « Moschech », note-t-il au v. 10 du ch. IT, « signifie en hébreu extrahens, en égyptien ex aqua extractus ». Au v. 18, il écrit, à propos de Reouel : « Leopold donne pour étymologie ecuth,chald.,, voluntas (voluntas Dei). J'aimerais peut-être mieux le faire venir de réa …socius ». Aaron veut dire libidinosus, Elisabeth cujus jusjurandum Deus, etc, Gersam est à rapprocher de guër, puisque Moïse dit lui-même, en le nommant : « J'ai été voyageur en la terre étrangère ».

Ce dernier passage a pour analogues les récits déjà mentionnés de la Genèse, et dont l’un sert d’épigraphe au Cahier Nephtali : « J'ai lutté des luttes de Dieu », dit Rachel quand sa servante eut enfanté un second fils. Douze versets plus loin, le narrateur raconte la naissance du fils de Léa, Zabulon. Renan s’y réfère pour justifier, contre M. Le Hir, l'explication qu'il persiste à donner de ce nom: « Il est certain que ie passage de la Genèse où sa naissance est rapportée est positif pour ce sens, puisque l'allusion est faite avec le verbe dans le sens d'habiter » (66).

Là où ce secours manque, on peut encore se guider sur la composition ordinaire de ces mots. Dans ceux qui comportent deux éléments, le second serait un accusalif : ainsi Mechoujäël, au v. 18 de la Genèse, ch. IV. signifierait « percutiens Deum ». Renan procède également à l'analyse du premier, et il ne s'intéresse pas moins à la morphologie d'Issachar : il y observe le deuxième schin, « sans scheva ni point diacritique, qui doit tenir lieu d’une radicale ». Mais ce qu'il cherche surtout à reconnaître, c'est «la forme future » : « je croirais volontiers », écrit-il, « que le yod n’est là que pour » elle. Et sur Jehoudäh : « Je pense que [c'] était la vraie forme du futur hophal de jädäh…., au temps où ce nom lui fut donné; que par la suite on l'a contracté en joudäh, mais qu'on à conservé la forme ancienne dans le nom propre... » (67).

(64) Ps. EXVIII, 74 Deut., XXXII, 24; Gen. VI, 4: XIIX 22 ï i comment porâth proviendrait de pârâh, fructifier) : Ex., Ir + etc. Has

(65) C'ah. de Jeun., 189: Sour. d'Enf., 266 et n. 1.

sa Note à Gen., XLIX, 13. Cf. Gen., XXX, 8 et 20.

7) C’est à peu près la seule remarque de Renan sur l'histoir 4 À e a seule arque € e de l'hébreu.

Notes sur l'archaïsme hahou d'Eæ., III, 8 (où il est représenté par le keri hahi) En V, 5, reproduisent l'indication de son maître. :

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