‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 245 sur 369 · ÉTYMOLOGIES ET FIGURES SIGNIFICATIVES · texte numérisé non relu

ÉTYMOLOGIES ET FIGURES SIGNIFICATIVES

Cette sorte d'examen décèlerait ailleurs un phénomène assez curieux. Deux verbes, noua et nouach, ont une signification opposée (« s'agiter », « se reposer »), tout en ne différant que par la troisième radicale, encore est-ce une gutturale. Il en serait de même de châgag et châqar, l'un voulant dire résolution forte et l’autre indécision : « le changement d'une seule lettre introduit une différence immense dans le sens » : c'est le principe des « mots ressemblants ». Considérés isolément, certains noms ne laissent pas d'être instructifs par l’idée qui s'attache à leur racine. Avant que M. Le Hir lui ait expliqué ce mot, Renan a eu l’occasion de noter le rapport entre nâschim, énosch et la racine anasch, gravi morbo affectus fuit, « d'où l’idée de mortel, d'homme »., L'instinct s'est traduit,

d'autre part, dans un terme comme acham, puella, où almäh, « une jeune personne (68) à l’âge nubile » : l'un se rattache au verbe râcham, « intimo amore amplexus est », et l’autre à âlam, abscondere, et « coeundi

cupidus fuit » (69).

, D'autres mots ont un intérêt moral ou religieux. Le commentaire de Vatable et de M. Le Hir sur chattäâth recommande schephot à l'attention de Renan : Judicium, poena : « Ici comme dans bien d'autres cas analogues, combiner ces deux sens, pour avoir l’idée pkïine ». Malakh, qui provient d’une racine arabe (misit), est donc essentiellement le nuntius, le legatus divinus, prophète ou ange. Enfin ne pourrait-on « voir un rapport entre [le verbe schäba, juravit] et le nombre sacré sept, schéba? » ;

La langue reflète aussi les mœurs du temps, même par une forme comme Oorchi: « Nom patronyinique en ?i. Mœurs orientales : les Barmécides, les Sassanides, etc. ». Est-il besoin de rappeler la racine (vindicare) de gâalti, ou le sens propre de chäâgag : « II a tourné en cercle, il a dansé, et par suite célébrer des fêtes » : « c'était la manière des anciens, et surtout des Orientaux de ces contrées ». Les figures de style ne sont pas moins expressives : « Nasus pour tra, ce qui paraît le plus, chez les Orientaux, ce qui caractérise. Très propre, surtout dans la colère. Aussi fastus, car c’est le nez qui joue le grand rôle ». L'image « les reins du froment » est en rapport avec le goût des Hébreux pour cette partie de l'animal (70). Le v. 11 du Cantique d'Habacuc confirme que « les usages. d’un peuple. se peignent en toutes les images de sa poésie ».

Renan, qui s'en souviendra sans doute dans le commentaire du ps. XVI, n’a pas moins remarqué des locutions comme « fons [filius] Jacob » ou « radix David » (71). Celle-ci ne permettrait-elle pas d’'enten-

(68) C’est l’euphémisme ordinaire; cf. supra 95, et le Journal des Jeunes Pergsonnes, où Renan fit ses débuts littéraires.

(69) Gen., IV, 12; Jug., V, 15; Eæ., I, 19; II, 1; Jug., V, 30; Gen., XLIX, 25; Ex., IL, 8; Deut., XXXII, 25; cf. Leopold, 26, 368-369, 283-284. Negëbâh (Gen., V, 2), est sous la racine nâqab, perforavit (ib., 245 a).

(70) Contre Glaire (Chrest., 108), qui recourt à la « ressemblance prétendue entre les reins... et le blé bien nourri ».

(71) Apoc., V, 5; XXII, 16.

dre « ceux dont la racine est de », comme s'il y avait « la postérité d'Ephraïm »? Et celle-là, de prendre métaphoriquement « les ruisseaux de. », pour « la race de Ruben » ? Pareillement, l’hébraïsme très fréquent : « filius injustitiae » (injustus), rend vraisemblable l’équivalence de « f. foecunditatis » et de foecundus. L'expression « les bras de là main » voudrait dire « tropiquement vwires, potentia manuum ». Le mot sibloth (« fardeaux »), dans le sens d’« oppression », rappelle le rapport ‘entre « possessions » et « troupeaux », mais à l'inverse : ici, c'est « l'espèce la plus générale qui est employée pour le genre » (72).

En notant que ce procédé servait pour « suppléer à la pénurie des mots généraux », l'élève de M. Le Hir consigne la seule remarque qu'il : ait faite alors sur les caractéristiques du vocabulaire hébreu. En revanche, il n'a pas négligé certains indices relatifs à la prononciation de cette langue : à savoir la transcription des noms propres dans les versions anciennes. La Vulgate a représenté par un g le ayin de Reouel. fon Gersam pour Guérschom prouve « l’affinité de l’a et de lo ». Des considérations de cet ordre vont intervenir dans les exercices de philologie SH parée auxquels le jeune Breton s’est adonné.

Il n'a guère envisagé, et pour cause, les autres langues orientales. On a dit quel secours il avait trouvé sous ce rapport en Leopold : l’un de ces idiomes y est souvent nommé à la suite du mot hébreu et de cette indication : « rad. inus. », Sans que le maître ni l'élève, semble-t-il, en aient tiré d'inductions critiques relativement à l'origine du langage. Le sens de « chef » pour paroth, à l'avant-dernier verset du Cantique de Moïse, se confirmerait « par le nom de Paroh donné aux rois d'Egypte ».

S'il croit, dans ce cas, à un emprunt, ordinairement Renan n'a pas l’air de songer à cette explication, pour les analogies qu'il découvre entre l'hébreu et les langues indo-germaniques. Il ne marque pas comment zépheth à donné « asphalte » : celte étymologie est « évidente ». La ressemblance phonétique autoriserait encore maints rapprochements plus ou moins étroits :

Avec le grec : 4gab, ayardéo ; le latin : chârâh, iratus, cholera; le breton : amäthäh (« ancillam suam »), mates (« servante »).— Avec le grec et le breton: milchämäh (belo), &ua, lahan (tuer): râhat, étw, rédeb. La comparaison suivante est encore plus ample. Renan connaît le mot erd pour être le « nom de la divinité de la terre chez les Celtes »: compte tenu d’une note de M. Le Hir, on aboutit à ce tableau : « Erez, xpovpa, terra, arare, arva, douar (breton), erd », dont chaque terme « renferme ces deux radicales ar ».

C'est aussi un fait commun à l'hébreu et au français, que la persistance de formes anciennes dans les noms propres : ainsi « Maistre » etc. La grammaire n'offre pas des parallélismes moins accusés. La tour-

(72) Ez., V, 16 et Gen., IV, 7; Ex., VI, 6; III, 2 NT 22h EES 392 b), 24 6 (cf. supra 370 et n. 38) ; V, 1 (cf. Leop., 105 à) : IV, 14 SOA a) : Deut., ne 14; XX XIII, 28; Jug., M, 14-15: Gen, XIIX 22; Ex., VI, 6 (cf. Gen.,

Page 1