‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 255 sur 369 · LES ORDRES MINEURS · texte numérisé non relu

LES ORDRES MINEURS

SOMMAIRE Le « régime d'été ». Si Renan fit dans ce trimestre des travaux personnels: établissement d'un catalogue pour sa sœur. Pp. 535-536.

I. Réponse d'Henriette (9 mai) à la dernière lettre d'Ernest. Arrivée et effet probable. Pp. 536-539.

LI. Les « décisions » de M. Baudier. Renseignements sur les quatre ordres mineurs ; Renan les reçoit le 1er juin; dans quel esprit? La perspective des vacances; les deux départs de Saint-Sulpice. Effusions filiales et fraternelles. Ce qu'Ernest écrit à sa sœur le 11 juillet touchant son avenir spirituel et temporel. « Quelques événements ont commencé à se dessiner »; lesquels? Pp. 539-543.

III. Les affaires ecclésiastiques encours. L'abbé Gouriou quitte le Petit Séminaire de Tréguier, Dans l'attente du Rapport de Thiers (13 juillet). Comment évolue le plan de M. Affre: projet d'un cycle complet d’études, avec affectation de Saint-Nicolas et deux créations nouvelles. La Circulaire au corps épiscopal. Si Renan pressentit dès lors qu'il serait appelé à suppléer M. Le Hir. La chaire d'Hébreu au Collège de France. Pp. 543-546.

IV. Etat sentimental du clerc minoré, Le « supplice » de la solitude sans ‘affection; la consolation des lettres familiales. Remarques moroses sur la vie et sur l'homme. La « conformité à la volonté de Dieu »; Renan espère s'en bien trouver ici-bas. Comment il s'arrange de la vice qui lui est faite. Permanence de la direction -et des cadres de sa pensée. Pp. 547-549.

VW. L'agitation religieuse jugée par Renan; « corollaire pratique ». Les Jésuites à l'ordre du jour; l'affaire Affenaër. Relations de Saint-Sulpice et de la Compagnie de Jésus. Le séminariste entre les congrégations religieuses et leurs adversaires; où trouver l'analogue de son opinion. S'il en aperçoit toute la portée. Pp. 549-553.

VI. Renan et le monde; sa visite à l'Exposition des Produits de l'Industrie. M. Carbon l'autorise à profiter du premier départ. Le recteur de Tréguier à Saint-Sulpice. Examen de fin d'année. Départ pour la Bretagne (23-25 juillet). Pp. 553-555.

« Je tâche de maîtriser mes pensées d'avenir, et de m'en occuper sans en être occupé » (Lettres Intimes, 195).

A Saint-Sulpice, il n'y avait pas de vacances pour les fêles de Pâques. Mais l'assistance aux Offices de la Semaine Sainte n'allait pas sans désorganiser les classes. Ensuite commençait le régime d'été. Chaque mercredi, le Séminaire partait pour Issy dès l'aube. Renan profitait de cette journée de délassement pour écrire à sa mère. Il retraçait à son intention, et dans le style un peu fade qui convenait à cet objet, les rustiques mignardises du mois de Marie. Les enjolivements du culte rehaussaient (ou gâtaient) la parure du printemps : Le parc « est plus riant, plus fleuri, plus embaumé que jamais. Tous les petits bocages, les chapelles, les statues, embellis encore par la circonstance, sont de petits paradis » (1). On ne les quittait qu'au soir, pour souper et rentrer à Paris.

Que les études, en ce dernier trimestre, se soient un peu ralenties, c'était inévitable ; et sans doute Renan lui-même s’accorda-t-il dans une certaine mesure à ce rythme. Il n'a laissé aucune composition per-

(1) Lettre inédite du 14 mai (ou plutôt du mercredi 15), écrite, dit Ernest,

chez un ami, qui lui donnait l'hospitalité. Voir aussi les lettres du 5 et du 26 NL 2)

Qt

sonnelle qui date de cette époque. On sait seulement, par Sa COrrespon— dance avec Henriette, qu'il fit alors pour elle un petit travail. C'était une liste des « principaux historiens grecs et latins », qu'elle lui avait demandée le 9 mai, en le priant de noter « [la période] de l’hisjoire que chacun d'eux avait embrassée » (2). Ernést lui adressa le résultat de ses recherches le 11 juillet. Il avait réparti, semble-t-il, les auteurs en question selon leur patrie, en suivant dans chaque pays l’ordre d'importance ; un premier paragraphe comprenait les grands historiens, le second devant recevoir le « déluge des écrivains secondaires ». Là, il s'était astreint à une méthode qu'il n'avait plus observée ici ; d'où un « désordre » dont il s'excusait (3).

Cette compilation, ajoutée à la mise au net des Cours et aux compléments qu'il y a joints, épuise-t-elle l’activité de Renan en cette fin d'année ? On n'ose l’affirmer. Voyez-le, dans le service qu'il rend à sa sœur, s'épargner le « travail de pur arrangement » : il compte sur la « perspicacité » d'Henriette, mais surtout il est grandement ménager de son temps et de ses soins. Quelles « affaires » laisse-t-il sous clef, à son départ pour Tréguier (4) ? Qui les aurait fouillées v eût trouvé peut-être plus d'un papier relatif à ce plan inconnu d'études, que le jeune Breton avait conçu depuis quelque temps.

Quoi qu'il en soit, l'orientation de sa pensée devait tenir compte, plus que jamais, des conditions matérielles que le proche avenir lui réservait. Où en était-il sous ce rapport ?

On se rappelle qu'il avait écrit le 16 avril à sa sœur. Celle-ci fut très sensible au ton si abandonné et si aimant de cette lettre. « A qui dirais-je mes rêves », s'était écrié le séminariste, « sinon à la confidente de mes pensées les plus intimes ? » Cette phrase évkillait chez l’exilée une émotion bien douce. Et comme son frère paraissait tenir à son avis ! Il désirait tellement une réponse, qu'il en avait ealeulé le délai. Ah ! son long silence, à lui, s’il n'était oublié, était pardonné ! I] avait raison d'attendre de Pologne un « retour d'affection véritable et désintéressée » : cette consolation ne lui ferait pas défaut.

Tels étaient les sentiments qui se pressaiïent chez Henriette ; ils débordent dans sa réponse du 9 mai, dont voici les premiers mots : « Je relis et j'embrasse encore une fois ta lettre, mon bon et mille fois cher ami, cette lettre si longtemps désirée, et enfin reçue avec une si vive joie ! » Et plus loin : « La confiance et l'amitié qu'[elle] m'exprime raniment et fortifient mon cœur » (5). Hélas ! les circonstances

(2) Lire dans Henriette Renan, Souvenirs et Impressions, 24, une suite d'articles historiques publiés ultérieurement par l’amie de Mlle Ulliac.

(SM SN ELISA (4) C£. 1. in. du 26 juin.

(5) L. Int., 172-173, 159, 174, 182.

Page 1