‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 257 sur 369 · EE SL · texte numérisé non relu

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(6) Voir ibid,, la p. 332, qui ne laisse aucun doute sur ce point. (7) Cf. Nouv. L. Int., 276; H. Renan, Souv. et Impr., 251, note de H. Moncel à la p. 161.

de ton âme ». Sous l'empire de son anxiété, Henriette va jusqu'à. se porter garante d'une incompatibilité dont le principal intéressé a l'a?r de ne pas s'apercevoir. 1

Elle demeure plus discrète sur ce qui touche moins aux MÉSLUE qu'au fait même de la vocation fraternelle. Non sans doute qu'elle n'en soit pas préoccupée. Déjà Ernest a pris rang dans la cléricature ;: croitil que l'Eglise lui procurera une de ces situations qu'il envisage, sans s'être assurée de sa personne par un vœu définitif ? ou s’il est décidé à le prononcer ? Toutes réflexions et questions que la grande sœur n'ose confier au papier, puisque son correspondant ne parle plus des engagements futurs, comme s'ils n'étaient pas toujours à l'horizon ! Du moins ne lui saura-t-il pas mauvais gré, si elle reprend à son compte la même plainte qu'il poussait à l'approche de la tonsure : « Pourquoi faut-il... que tu doives [t'engager] dans un âge où l’on connaît si peu les rudes sentiers de la vie ? » Rien de plus : le « devoir » d'Henriette est de ne pas peser, si peu que ce soit, sur une décision sacrée. Mais l'indépendance est-elle beaucoup mieux assurée dans le clergé séculier que dans une congrégation ? À son frère d'y songer. Et qui sait si sa propre réserve ne sera pas aussi efficace qu’un conseil ? N'est-ce pas une façon de dire à Ernest : «Si je veux {e laisser une liberté pleine, moi, ta sœur, dont tu devines pourtant l'opinion et l'inquiétude, si je me réduis à être la voix de l’expérience, à éclairer ton jugement sans l'influencer, ah ! ne permets pas : à des étrangers ce que je m'interdis ! » ?

Bref, se dérober, gagner du temps, voilà le seul avis, d'ailleurs implicite, de cette lettre du 9 mai. Quant aux moyens, Henriette a fort bien senti que l'offre d'une place hors de France ne souriait pas pour J'instant au séminariste. Aussi fait-elle vivement machine en arrière : « Cette perspective n'était nullement rapprochée... Je t'ouvrais plutôt une idée que je ne te traçais une voie ». En revanche, elle retient le désir de la retraite bretonne, qui n’a, assure-t-elle, rien d'inexécutable, rien qu'elle ne soit en mesure de réaliser. Si elle n'y insiste pas davantage, c'est apparemment qu'elle en trouve l'échéance trop lointaine.

Il faut finir. A la pensée que, sa missive partie, elle resterait peutêtre encore quatre mois sans nouvelles directes de son frère, elle ajoute : « J'espère que tu m'écriras avant les vacances ». Ce souhait sera exaucé, mais d'une façon peu propre à la rassurer (8).

C'est qu'en effet, dans l'intervalle, Renan a fait un nouveau pas. La précédente lettre de Pologne était arrivée juste après l'ordination de Noël ; celle-ci dut toucher son destinataire quelques jours avant l'ordination de la Trinité (9). Le troubla-t-elle par ses accents ou ses silences,

(8) L. Int., 176-179, 181-182.

; (9) Voir supra 239 et n. 15. A supposer que cette fois-ci le courrier de Varsovie ait mis quinze jours, la lettre dut arriver à Paris vers le vingt-quatre mai, avantveille de la Pentecôte. Mais la correspondance d'Henriette ne parvenait pas directement au Séminaire. Elle était adressée à Mlle Ulliae qui en chargeait M. Gasselin (L. Int., 182, 284). Ainsi Ernest n'avait ni à payer le port, ni à craindre l'indiscrétion de son entourage.

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