RENAN ET LES PSAUMES
SOMMAIRE
Début de vacances; maladie de Renan. Il se remet au travail: l'étude sur les Pscunses et Xe Bréviaire en hébreu. Pp. 559-561.
I. Les instruments de travail. Ceux que l’on connaît déjà: (envbrard, la Bibla de Vatable, Lowth. Deux nouveaux: Genoude, Bellenger. Les Notes de M. Le Hir (?). Pp. 561-564.
II. La critique textuelle. Les variantes; comment elles s'expliquent ; quelles lettres elles affectent de préférence. Le rôle des copistes. ‘Les imperfections de l'écriture antique. La responsabilité des traducteurs, et particulièrement de la Vulgate. Le texte masorétique : ponctuation et accentuation; division des versets, séparation des psaumes. Altérations,. additions, lacunes; leur origine. Pp. 564-569.
III. La critique littérale, Considérations grammaticales, lexicologiques, logiques, etc. Le « génie » de l'hébreu: parallélisme, indécision des temps et des personnes. Quels devoirs em résultent pour le traducteur. Considérations historiques et littéraires. Explication des passages relatifs à la civilisation et aux fastes du peuple hébreu; des données géographiques; des annotations initiales des psaumes (maskil, etc... Le sela. L'«& alleluia formulatif ». Pp. 569-577.
IV. La critique littéraire. Son but: caractériser par l'examen intrinsèque et la comparaison.
S Etude de la versification: le rythme et le mètre; le refrain. Le chant dialogué. Classement des psaumes suivant leur genre (odes, hymnes, élégies, etc.….). Leur rapport avec la liturgie catholique. Pp. 577-583.
V. La critique historique. A la recherche des circonstances. Psaumes collectifs; conditions deleur exécution. Psaumes individuels; occasions de leur composition. À la recherche de l’auteur; interprétation et critique des indications du titre. Pp. 583-588.
VI. A la recherche de la date. La forme: état du texte, qualité du parallélisme, vocabulaire,. style, etc. Le fond: idées et faits; histoire religieuse, politique et civile. De quelques difficultés : conflit d'indices, ambiguïtés diverses. Pp. 588-593.
VII. Vue générale du Psautier. Les cinq livres. Autres groupes: psaumes de l'arche, graduels. et compilés. Les «rabbins collecteurs » et le chiffre de cent cinquante. Chronologie des psaumes. Pp. 593-596.
VIII. Place du manuscrit de 1844 dans les études bibliques de Renan. Valeur de la Traduction et du Commentaire. Pp. 596-599.
Nous avons conduit Renan en Bretagne à la fin de juillet 1844. S'il faut en croire une lettre en hébreu qu'il écrivit le 19 septembre, il aurait, dès son arrivée dans sa famille, été saisi d’une forte fièvre: et serait devenu très malade; il aurait dit «en ces jours-là : Je ne: verrai plus mes confrères qui sont à Paris. » (1). L'enflure orientale et les nécessités du parallélisme ont sans doute entraîné quelque exagération du fait ; mais celui-ci n’a pas dû être inventé (encore que la lettre à Henriette du 27 août n’en parle pas).
Quoi qu'il en soit, le jeune homme ne tarda pas à rouvrir sés livres. C'était son premier séjour au pays depuis qu'ii était devenu hébraïsant. Il montra sans doute à sa mère (et à Liart ?) ces lignes qui se lisent de droite à gauche, et ne fut pas fâché de laisser voir à ces MM. du Collège la force de ses études. En les continuant à Tréguier, où la lutte politique et religieuse passionnait le monde qu’il
(4) Voir infra Appendice I, n° I.
pouvait fréquenter, il sut se ménager le calme de l'esprit et du cœur. Les douceurs de la vie privée, l'intérêt prenant d'une occupation choisie, le rendirent supérieur à cette agitation qui ne fut pour lui, au sortir de ses séances de travail, qu'un spectacle divertissant. Son génie suivait fatalement sa voie, malgré les sollicitations d'un milieu et d'un temps si propres à détourner les jeunes ecclésiastiques de la science désintéressée du passé. Renan était à Sion autant qu'à Tréguier. De là une division toute naturelle de l'histoire de ces deux mois.
« Je m'applique surtout à la poésie [hébraïque] et spécialement aux Psaumes ». Cette phrase du 27 août autorise-t-elle à croire que le séminariste en vacances commença par mettre au net ses Notes de classe sur le Cantique d'Habaeuc et le psaume LXVIII ? Ce n'est pas sûr. Mais un manuscrit de cent vingt feuillets qui nous à été conservé, atteste qu'il s'est alors adonné à l'étude détaillée d'un assez grand nombre de psaumes (cinquante-huit sur les cent cinquante du Psautier).
Dans les années où M. Le Hir prit les Psaumes pour sujet de cours, il préluda toujours à cette partie de l'Ecriture Sainte par des considérations sur la récitation hebdomadaire de tout le Psautier, et sur les heures où l'Eglise recommence chaque jour sa psalmodie. Son habitude était d'expliquer ce recueil dans l’ordre du Bréviaire parisien d'alors. Pareillement, son docile élève se sera conformé, en l'espèce, à une règle liturgique. Dès le début de son travail, on le voit se référer à l'Office. El les trente-deux premiers psaumes de son manuscrit Correspondent à peu près au Petit Office de la Vierge.
Or, l’auteur des Souvenirs d'Enfance raconte qu'à Tréguier, en 1845, il inquiétait un peu ses anciens maîtres, par sa coutume de.« réciter [ses] psaumes en hébreu, dans un petit livre. [qu'il s'était] fait pour cela». Rien ne force à penser que ce bréviaire olographe n'ait été composé qu'en 1845 : il l'aura été dès 1844. Nous avons cherché à le consulter, mais la personne à qui il échut après la mort de Mme Ph. Berger n'a pas répondu à notre lettre. Le seul renseignement qu'on ait sur lui est la description qu'en fit, à deux reprises, Ph. Berger, à qui Mme C. Renan l'avait offert en souvenir : « [C'est un] petit volume recouvert d'un cartonnage vert à filets d'or. calligraphié tout entier de la main de Renan en hébreu [avec une ponctuation soignée] el portant à la première page sa signature en hébreu Ce n'est pas un recueil de psaumes choisis, copiés dans une Bible hébraïque; c'est un véritable petit bréviaire pour l'Office de tous les jours, où les hymnes à la Vierge et les oraisons alternent avec les psaumes et les doxologies ». — « Il ne contient pas seulement le texte des psaumes. C'est Ia traduction, faite par Renan, de l'Office de la Vierge. C'est dans ce volume qu'il suivait de son bane les prières et les élévations ».
On peut, semble-t-il, établir un rapport entre ce livre et le manuscrit de la Nationale, Les psaumes qui y figurent n'auront pas été, de la