‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 267 sur 369 · INSTRUMENTS DE TRAVAIL · texte numérisé non relu

INSTRUMENTS DE TRAVAIL

part de Renan, l’objet de moins de cinq exercices : copie de l’hébreu, version latine, analyse, commentaire, version française. Labeur obstiné d'un étudiant qui n'a plus la ressource de frapper à la porte de M. Le Hir, mais qui n'est pas dépourvu d’autres auxiliaires (2).

Ce sont, en premier lieu, ceux que nous connaissons. Parmi eux Genebrard acquiert une importance capitale. Non pourtant qu'il soit couramment employé. Jusqu'au quinzième psaume, il n'est mentionné qu'une fois (au quatrième) ; et peut-être l'est-il d'après un intermédiaire. Renan est donc resté quelque temps avant de l'avoir sous la main. Un petit détail indique la manière dont il se l’est procuré. L'exemplaire de la Bibliothèque Nationale porte sur le verso de la couverture « Pasco prêtre ». Il s’agit sans doute de Louis Pasco, qu'Ernest avait eu pour régent au collège de Tréguier, en quatrième et en troisième, et à qui l'attachait une réciproque affection (3).- Il sera allé le voir, et l'abbé lui aura donné ou prêté son Genebrard.

Une fois en possession de cet auteur, Renan s'en est servi de plus en plus jusqu’au bout, sans toujours le nommer. Il lui emprunte deux ou trois interprétations, mais surtout des faits relatifs à l'archéologie sacrée, aux Croyances orientales et rabbiniques, etc... Il ne dissimule pas l'estime où ii tient ce Commentateur, dont telle note, déclare-t-il, rest «bonne », telle autre «fort bonne» ou excellente (4). Toutefois, s'il exploite son érudition, il passe invariablement sous silence les interprétations mystiques qui y foisonnent.

Il opère de la même façon sur les Notes dites de Vatable. La Bible du XVIII siècle est, croyons-nous, l’un de ces ouvrages qu'il s'était assuré de trouver à Tréguier : son poids et ses dimensions l’eussent rendue bien incommode en voyage. D'autant qu'il aurait dû se charger, non seulement du t. II où sont les Psaumes, maïs encore du t. I, où se lisent des Notes géographiques auxquelles il renvoie à propos du ps.

.Ce détail confirme encore notre identification de la Bible de Vatable, car ces Notes ne sont que dans celle du XVIII siècle. Les autres indices concordent aussi, sauf un. Au v. 9 du ps. XLV, Renan attribue à Vatable un sens du traducteur. Cette inexactitude paraît résulter d’une

(2) L. Int., 196; Le Hir, Les Psaumes, pp. XXVIII sq.; Souv. d'Enf., 275; Rev. de l'Hist. des Rel., 1893, t. 28, p. 355; Revue, 1903 (4), p. 401 (cité par H. Tronchon, Ernest Renan et l'Etranger, 136 n. 1).

(3) Cf. Travw. de Jeun., 262, n° 17. — Cf. René d'Ys, Æ. Renan en Bretagne, 127 et passim (107, 108, 111, etc...) ; Lettres du Sém., 192 (Mme Renan à son fils, A mai 1843 :) « M. Pasco, qui t'a élevé, qui a dirigé tes classes, ton cœur, ton æsprit.… ».

(4). ps XILVIII3; XX, 10: LXVI, 15.

562 PRÉPARATION AU PROFESSORAT simple confusion, et elle est sans portée, le sens en question n'appar— tenant pas davantage à Vatable dans ses autres Bibles (5).

En tout cas, c'est avec cet exégète que le jeune homme commence son étude des psaumes, et qu’il la poursuit jusqu’au quinzième environ. A partir de là, Genebrard supplante Vatable, qui sert bien moins régulièrement, sans toutefois être jamais perdu de vue : 1l est encore consulté pour la neuvième pièce avant la fin, et pour la dernière. Renan: l'écoute assez souvent, soit pour comprendre le texte, soit pour en conjecturer l’origine ou l’occasion. Néanmoins plusieurs de ses opinions nesont pas adoptées, et l’une d'elles, dès le ps. LXXII, est même taxée de « ridicule » (au v. 17).

Le troisième guide est Lowth, dont le séminariste a sans doute apporté les volumes avec lui. Ce qu'il en dit au ps. CVII n'est pas sans causer une légère surprise : « Je mettrai ici. les remarques que j'avais faites sur ce psaume avant d'avoir connu ce qu'en dit Lowth ». N'aurait-il done lu qu'alors cet endroit des Leçons ? Ce n'est pas impossible, son attention s'étant, à Saint-Sulpice, portée surtout sur le t. I. Peut-être aussi ne gardait-il pas un souvenir caractérisé d’une première lecture, pour laquelle il n'aurait pas eu sous les yeux le texte du psaume. En tout cas, presque d’un bout à l’autre de son manuscrit, il renvoie à telle Leçon, à telle page: soit sur le style figuré des Hébreux et ses sources, soit sur leur parallélisme, leur mètre, le caractère « dialogique » de certaines de leurs productions, ete. C’est d’après le rhéteur anglais que notre Breton range une ode dans sa classe, ou en distingue l'idylle et l'hymne. Il s’en inspire encore à propos des psaumes gra— duels, ou du génie des Livres sapientiaux ; tandis que Michaelis lui fait sentir l’art imitateur d'Ezéchiel. Et sa reconnaissance s'exprime en éloges (6).

Il s’est en outre procuré deux ouvrages nouveaux. Tout d'abord une traduction d'E. de Genoude. On connaît déjà ce personnage, l'un des plus remuants et des plus contestés du parti catholique, sa richesse ne palliant pas l'effet de son légitimisme démagogique et gallican. Les littérateurs lui pardonneront beaucoup, pour avoir révélé la poésie sacrée à Lamartine (7). Mais certains contemporains lui étaient très sévères, entre autres l'abbé Glaire, qu'il concurrençait dans l’exploitation des manuscrits Garnier, et comme traducteur de la Bible. Ce rival

(5) Vatable selon Renan : « palais d'ivoire » ; note : « grands coffres »: mais version nouvelle : « e palatiis eburneis » (Vulg. : « a domibus »). Cf. encore une erreur probablement analogue à ps. LXXII, 15: « Vatable traduit. ».

.(6) Ps. CIV : « Lowth l’apprécie fort bien », et surtout ps. CVII : « Les observations de Lowth sont toutes fort justes > ; « comme le remarque fort bien Lowth » ; Re dit ie ie DORE er Trav. de Jeun., 177-178, 182 et ps. XLVI, 7; pp.

k ; ps. CXXIV, 1: pp. , 241, 231, 156, 174: SX js 207, 254, 207, 217, 238, 225-296. RFO RES

, (7) C’est du moins ce que le grand poète lui a dit, en lui dédiant la vingt-quatrième Méditation (Méd., éd. Lanson, Hachette, 1915, I, 253-255). Les livres de Tob, d’Isaïe, de David, dont parle Lamartine, sont justement ceux par lesquels Genoude commença ses traductions.

Page 1