‹ La Jeunesse Cléricale d'Ernest Renan Saint-SulpiceChapitre 276 sur 369 · LA CRITIQUE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE LITTÉRAIRE

repos. Cette hypothèse-ci aurait l'avantage d'une application générale (47). Si Renan ne l’adopte pas, c’est qu'il rencontre un sela à La fin du’ ps. XLVI : fait qui lui paraît ne s'’accommoder d'aucune des explications données. Et il en vient à supposer — mais sans s'attacher à cette idée — que « ce serait peut-être une sorte de mot comme Amen ».

Dernière observation au sujet du sela : en deux endroits, ce terme fait « figure réelle dans Je sens ». En est-il de même pour l'alleluia ? On sait que « les rabbins ne [le] mettent pas en titre ». Et il y a des psaumes auxquels il semble bien s’incorporer, surtout quand il est en tête. Les n°° CXLVII et CXXXV sont à cet égard spécialement instructifs, puisqu'ils portent, l’un au premier versel, et l'autre au v. 3, cette phrase : « Laudate Jehova, quia bonus ». Ainsi « le commencement du psaume suppose la signification de cette formule » : c'est ce que Renan appelle |’ « alleluia formulatif » (48).

Si mal connues qu'elles soient, ces annotations psalmiques n’en fournissent pas moins des indices précieux à la critique littéraire ou historique ; d'où, réciproquement, elles peuvent attendre un complément d'explication. |

IV nT

Lorsqu'il écrit, fin août, à sa sœur, Renan se félicite d'être parvenu, grâce à ses travaux de l’année, à s’ « élever au-dessus des difficultés littérales ». Il se sent en mesure d'apprécier les pièces qu'il comprend plus facilement.

Un psaume étant donné, une première indication sur son genre peut être tirée de la présence ou de l’absence des termes musicaux. Ils se iisent en tête des morceaux destinés au chant, des « cantiques » dont l'exécution suppose parfois, comme celle du ps. GXXXVII, un véritable chœur (49). Ils manquent dans les simples pièces de vers, moins populaires qu'individuelles; dans le ps. XVI, par exemple. Encore cette règle ‘comporte-t-elle des exceptions: les annotations musicales du ps. LIV ne l’empêchent pas d’appartenir à la seconde classe.

C'est done, en définitive, le corps du psaume qui doit être soigneusement examiné. Renan oublie rarement de souligner l'espèce et le degré de ses difficultés. Il dénombre, caractérise, juge ses idées. Surtout il analyse son vocabulaire, son style, sa composition. l’auteur du ps. LXXXV, remarque-t-il, affectionne le mot schoub ; celui du ps.LXXT, une certaine acception de kélâh. Le ps. XIX offre de nombreux synonymes. Des termes techniques, au ps. L, « répondent aux mots de l’exorde ». — La poésie de ce dernier morceau est plus « soignée », cellé du LXXT°, moins pure, cellé du LXVIII, « belle, mais non transcendante ». Le n°

(47) Ps, XEVI, 4,8: LXXXVIT, 8, 6: LXVII, 5; CXXIV. Cf. supra 497.

(48) Ps. LXVI, 4; XLWIII, 9: CXIII; CXLVII. — Pareillement, c'est en tête, mais dans le texte, que la « circonstance » du psaume (v. infra $ V) est énoncée {ps. CXXII, 2).

(49) On y remarquera, en effet, l'emploi de la première personne du pluriel.

GXV est « tout moral et sentimental ». Les psaumes CIV, NIMEAVIESe recommandent l’un par « la grandeur des images et du ton », l’autre par ses « figures vives », le dernier par un « transpor, brusque ». Parfois le jeune homme se permet une critique plus ou moins expresse : une réserve touchant l'exorde, « un peu pompeux pour le reste », se mêle à l'éloge du ps. L ; tant qu'il ne regarde pas le ps. CVII du bon point de vue, « l'affectation d'appliquer la même phrase narrative à des événements divers » lui paraît artificielle et recherchée. Ou bien il s'emploie à relever certaines singularités : dans ce même psaume, par exemple, le v. 25, où « le poète remonte, montre l'ordre de Dieu commençant le malheur », est à distinguer des endroits où « il y-entre subitement, sans remonter ainsi ». Enfin, Renan donne son avis sur les « digressions » du ps. CVII ou du LXXVI:. Le plan du LXVI° ne lui semble pas « dessiné très fortement ». Bien que la composition ne soit pas « rigoureuse » non plus au ps. CXXXV, elle lui permet pourtant d'y discerner un exorde, deux parties, une conclusion. Or la division des pièces est une de ses . préoccupations, et il y procède, soit dans son commentaire, soit en tête ou en marge de sa traduction française ; ainsi pour les ps. L et CVIT:

Ces observations font ressortir l'originalité de chaque morceau. Certains cas sont à cet égard privilégiés ; non seulement celui du ps. L. mais celui du XVI‘, qui « ne ressemble à aucun autre, [qui] n'a, [et auquel] on n’a rien emprunté » (50). C'est d’ailleurs là une exception. En général, la comparaison des psaumes entre eux, ou avec d'autres parties de l'A. T. (notamment les Livres sapientiaux), est très profitable à leurs monographies.

Il y en à qui se ressemblent, soit pour l’idée et le lieu commun, soit pour le style, soit pour le ton et la manière, soit pour le tour (51), soit pour la composition. Ainsi se dégagent, véritables formules, des expressions communes à plusieurs pièces : par exemple, le Cantate Domino canticum novum, ou le « Jéhova règne », ou le ex hoc nunc et usque, ou les mots bal timot (ou lo —}). Aïnsi s'aperçoit cette partie des cantiques hébreux, qui n’est pas l’'exorde, et où pourtant « le poète appelle pour l'écouter ses auditeurs, et à défaut le ciel et la terre » : c'est la « convocation » (52).

D’autres psaumes, rapprochés l’un de l’autre, contrastent nettement : tels le LXXXV* et le LXXXVII*. D'autres présentent une certaine similitude dans la dissemblance, ou l'inverse. On ne sentira bien la nature propre du CXIV®° et du CXV° qu'en les lisant de suite : celui-là est « tout faits », celui-ci « tout sentiments », mais sentiments sortant des faits. Si les n°° CX et LXXII sont à ranger dans la même classe des psaumes messianiques, ils ne s’en font pas moins antithèse : l’un rem-

(50) Cf. encore ps. LXIV, LXVI, LXXXV, CX, LXXXVII. (51) Cf. respectivement ps. XLVIII, 12 et NXCVII ; XXXIV et CXVIII. ete. :

CXXIIL, 3, 4 et CXX, 5, 6; OXXVIII, 3 et CXXIII, 2: — LXII, LXIIL XXXIX et le Quemadmodum desiderat ; — CXXXV, 17, 19, et CXV, 7, CXIV, 17-18.

(52) Ps. graduels et ps. CXIII ; CIV, 5 et XCVI, 10; TRES NE PS

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