LA COLLECTION DES « DEGRÉS
pli de fracas, l’autre « tout de douceur » (53). De même pour les pièces relatives au retour de l'arche, où le ps. XCVII se différencie du reste. La collection des Degrés offre des données contraires : analogie de forme rompue en un point, sujets à la fois divers et vaguement parents.
Ces opérations laissent à peu près intacte une dernière question, celle de la versification. Or Renan n’a point oublié le caractère « poétique » du Psautier : il y a consacré, notamment dans la seconde partie de son manuscrit (Psaumes choisis), des remarques de plus en plus développées et précises, où pourtant le rythme, la cadence, le mètre. ne sont pas toujours distingués (54).
Qu'il ait relevé assidûment les qualités du parallélisme, « rigueur », « beauté », « élégance », on n'en saurait être surpris. On le voit en outre apprécier le rythme, soit d’une pièce dans son ensemble, soit de tel ou tel verset ; décider s’il est « sensible » et « marqué », « régulier » ou « suivi », ou « fort curieux » ; le déclarer ici « remarquable » et là .« parfait » (55). Mais la moindre analyse de sa nature serait plus instructive. ; ; é
Elle aiderait à expliquer le titre des psaumes graduels, s'il est vrai, comme l’affirme Gesenius, que le mot « degrés » -est en rapport avec leur rythme, dont, l’ « ascension », la « progression », s'effectue par une sorte de « reprise », d’ « enjambement d'une phrase sur l’autre ou des membres d'une même phrase sur les autres ». Mais les textes répondentils à cette description ? Renan commence, semble-t-il, par n'en pas douter (56). Seulement, ce rythme n'est pas particulier à cette collection : on le retrouve dans le Cantique de Debora. Il serait done, bien plutôt qu'une caractéristique des psaumes graduels, « une modification du parallélisme ». De nouveaux constats, faits à l’intérieur du Psautier, infirment décidément la thèse du savant allemand : non seulement des psaumes non graduels, le CXIIT, le CXXXVII, ont plus ou moins le rythme des Degrés, mais des psaumes graduels, le CXXXT°, le CXXIX*, ne l'ont pas. Ainsi la « particularité étonnante » signalée par Gesenius est sans portée pour l’éclaircissement du titre. Et il ne paraît pas qu’en puisse trouver dans le rythme un autre trait plus intéressant à cel égard. Tout ce qu’on y voit finalement de remarquable, c'est qu’il « est très-bien adapté au chant du chœur » : encore la dissemblance du ps. ‘CXXXII ne respecte-t-elle pas cette uniformité.
Quoi au'il en soit de ce point, ce n’est pas seulement à son propos que Renan essaie de pénétrer les secrets de Ia rythmique hébraïque, « En général », écrit-il au v. 4 du ps. LXIV, « j'ai remarqué dans les psaumes une propension à mettre deux versets de même rythme de suite ». Elle
(53) Cf. également ps. CIII et CIV ; CX, 11 et XLV.
(54) Le mot « cadence » n’est employé que deux fois (ps. CXXXVIT; LXII, 13).
(SOPRANO VIII MOXRKNNE AC NN XIE REX XI, 20: IXOVII 16 LU; CII, TELXX:NXXIX; LNXVIE:; LXIV:"CIV.
(56) Cf. ps. CXXXIV ; CXXI, 2, 4.
n'exclut pas la variété des mélanges de vers et de strophes. C'est ic aue l'élève de M. Le Hir s'exprime en technicien (57). A l'intérieur des monostiques et des distiques, il reconnaît des trimètres, des tétramètres, des pentamètres en 2+3, des hexamètres, même un heptamètreen 4 +3. Plus d'une fois, l'hésitation est permise. Tel mot compte-t-il pour un pied ? Ailleurs, il y à un pied de trop à l'hémistiche, mais la coupe de la phrase l'exige ainsi. Du reste, deux trimètres peuvent être très inégaux quant à la longueur de leurs pieds. Et des mètres différents ne sont pas incompatibles avec l'égalité de longueur des versets. (58).
Ne saurait-on aller plus loin, et deviner, à force d'attention, quelque: chose des « intentions métriques ou musicales » du psalmiste tAueSRe à quoi Renan s'efforce. Il n'est pas sans remarquer les cas où un vers: plus bref est « interjeté » dans un morceau ou tombe à sa fin : tels les. v. 5 du ps. LXXVI, 8 du XXXIV* et 4 du XLVIII. La mesure spéciale du. second s'oppose d'autant mieux à la symétrie du reste, qu'il marque la fin d'une première partie. Le troisième « fait dessein » après « l& grande strophe précédente » ; « dessein » qui se montre « à découvert » par la façon dont les v. 4-8, courts, s'intercalent entre des longs. Une combinaison du même genre est à imputer au compositeur du ps. CXXXVII, où les v. 3, 6, 7 sont aussi longs que les autres sont courts. Ailleurs, c'est le mécanisme de la chute finale qui se laisse bien démon— ter, par exemple au ps. XXXIX : un long distique la prépare, et elle: s'opère par un hexamètre. En somme, qu'il s'agisse d'un distique aux parties inégales ; de l'alternance d'un monostique et d’un distique ; d'une: suite régulière d’hexamètres et de pentamètres de même sorte (59), nulle: part Renan « ne peut se figurer » que ces particularités soient « sans dessein ». Il y pressent un « artifice exprès ». Une fois même, un rythme d'hexamètres, qui « se touche au doigt », dit-il, lui révèle, « clair comme le jour, l'intention de la versification ».
S'il n'est pas plus explicite sur ce point, il pousse davantage l'ana— lyse des répétitions qui se rencontrent dans les psaumes. En général, elles constituent un refrain : ainsi au ps. LXIT, dont les v. 3 et 7 expri-— ment l'idée principale, l'idée « chérie » de l’auteur, sa confiance en. Dieu. Maïs celles des psaumes CXVIIT et CVII sont plus délicates à interpréter. Dans l’un, il y a plutôt chant alternatif que refrain. Dans l’autre, où M. Le Hir trouve un double refrain, Renan mieux averti par: Lowth se refuse à assimiler les versets 6, 13, 19, 28 aux versets 8, 15. 21, 31. De ces deux sortes d'intercalaires, la seconde seule constitue le:
(57) Voici une ou deux indications du Sulpicien sur la versification. Le ps. CVII est composé, « sauf peut-être les trois premiers versets, de vers de sept syllabes distribués en distiques ». Les ps. CXIV-CXV offrent des distiques de-six syllables: et des « tristiques » (Les Psaumes, 248, 264).
(58) LXII, 13: CIV, 25, 4, 85 LXX; XXXIX; XLVIII, 9: XXXIV CV 36; CIII, 7, 10, 22. LCR RSS
(59) Ps. CIII, LXX.