ORIGINE DES PSAUMES INDIVIDUELS
du temple : le titre s’expliquerait alors au mieux. De toute façon le ps. CXXXIV et dernier, relativement court et du genre « laudatif », convenait bien pour terminer. Seule la longueur du n° CXXXII surprend un peu; car, s’il est « naturel d’avoir en [finissant] quelque chose qui se distingue » d’une manière ou de l’autre, ici le sentiment général, tout « de joie et de doux contentement », paraît exiger la brièveté.
En somme, cette sorte de recherche n'aboutit guère qu'à des résultats vagues ou incertains. Certaines pièces sont si équivoques que Renan n'ose décider, par exemple, si le ps. CXXVII est une chanson de travail, de table, de noces ou de naissance. Et d'autres difficultés. l’attendent, s'il veut déterminer les circonstances, dans lesquelles les psaumes plus individuels ont été composés.
Il arrive, en effet, que le texte ne-contienne aucune indication expresse. On en est réduit à accepter, si la critique interne le permet, l'argument de la Vulgate, soit au ps. XX, qui se définit « parfaitement » « prière pour un roi entrant en campagne », soit au XXXIX°, dont la tristesse répond bien à la supposition, que son auteur était malade, etc. Ou bien l’on procède: à des inductions, comme au ps. XVI, dont le début ferait penser que le poète a vu « tous ses compatriotes tombant dans l’idolâtrie ». Sa situation peut encore être particularisée par cette remarque, qu'il voudrait se prémunir contre les horreurs du trépas : « peut-être était-il en danger de mort ». De même le compositeur du ps. XXXIX devait se croire, lui aussi, exposé à « quelque danger par rapport à sa vie », « car son premier eri est de demander à Dieu de.le rassurer sur ce point ». Le v. 8 du ps. IV donne lieu de penser que sa fidélité à Dieu avait livré le psalmiste à l’oppression, ete... *
I1 faut à présent envisager les cas, où le titre hébreu mentionne le nom de l’auteur. Ce renseignement a naturellement suscité Eeaucoup de commentaires, qui sont pour le critique une aide trop souvent perfide. Estimera-t-il d’après eux que le ps. CXLI remonte à l'exil de David, « quand il ne pouvait assister aux sacrifices » ? Sans doute, « le tour du v. 2, sans conjonction comparative, favorise bien ce sentiment »; toutefois « cela peut aussi s'entendre strictement d'une comparaison simple », et il vaut mieux se contenter d'une formule plus large : ce psaume est une pièce de David « en ses persécutions ». A-t-on le droit d'être moins réservé, quand les v. 1 ou 2 rapportent eux-mêmes le morceau à tel ou tel moment d’une vie féconde en vicissitudes ? Cela dépend de la date présumée de ces localisations : leur modernité en diminue la valeur. La critique textuelle laisse peu de chance au v. 2 du ps. LIV d'être véridique : voyons donc seulement dans ce psaume une « invocation de David [en] détresse ». Quant au ps. XXXIV, que son v. 1 rattacherait à la folie simulée de ce personnage, l’avis sera plus négatif encore. Ce titre, en effet, est em dehors des versets alphabétiques ; « il n'offre aucune vraisemblance »; enfin, « il renferme une erreur de nom visible » (Abimélech). Reëtent les indications des ps. LXIII et LX, qui sont peut-être à retenir. Entrai-
né par son désir de précision, Renan cherche, au Second livre des Rois, le récit de la victoire en question, pour y accrocher directement à quelque détail le psaume correspondant : qui sait s'il n'a pas été, fait « pour la circonstance dont il est. mention en cet endroit. quand David consacra à Dieu les dépouilles » ?
Aussi bien, même si l'on doit renoncer à certaines identifications de détail, c'est un point important que d'être fixé sur l’auteur. La seconde tâche de la critique historique consiste done à relever toutes les pièces dont le titre contient un nom de personne, puis à compren-
dre et à juger ces données. ,
Outre les psaumes qui se disent de David, l'élève de M. Le Hir en compte deux qui appartiendraient à Salomon, et neuf où sont nommés des personnages qu'il croit, avec la tradition, contemporains de ces deux princes : les fils de Coré (cinq pièces), Asaph (deux), Yedouthoun (deux) (66). Maintenant, comment traduire Le, qui précède tous ces noms? Qu'il veuille dire « de », le jeune homme n'en doute pas au début, «à » s'employant souvent pour le construit. Mais, à mesure qu'il avance, il rencontre des faits qui ne s'’accommodent guère de cette interprétation. Tantôt le vient à la fois avant praecentor et avant « fils de Coré » ; ce qui porterait à le traduire ici, encore que le sens obtenu ne s'explique guère, « adressé à ». Tantôt il précède « Salomon » dans le titre, alors que le psaume est, au dernier verset, attribué à David ; en sorte qu'il faut, ou récuser cette fin (qui peut-être, en effet, est moderne), ou rendre de nouvau le par ad. A moins qu'il ne signi-
fie « au sujet de ». Le psaume serait — et cette‘opinion est à préférer — une prière de David pour son fils qui va lui suecéder (67). - Plus loin, l'emploi de le devant « Asaph », qui paraît avoir été
à la fois compositeur de psaumes et maître de chœur, n'est pas fait pour dissiper l'équivoque. Aussi Renan ne prend-il guère parti, ni au ps. L, ni au LXXVIe. Il aura lieu de s'en féliciter aux ps. LXII et XXXIX : dans l'un, le précède praecentor, et « Yedouthoun » est annoncé par al ; il l’est par Le dans l’autre. « Cela prouve que Le et al s’emploient indifféremment pour désigner l'auteur et l'adresse ».
Là n'est pas d'ailleurs le principal problème. Que l'on puisse, ou plutôt que l’on doive, rendre Le par «de» quand il est devant « David » ou « Salomon », il reste encore à savoir quel crédit accorder à cette indication.
En un sens, Renan serait assez conservateur. Il admettrait que les titres de l'hébreu ou même de la Vulgate, quand ils renseignent sur l’auteur ou l'époque, ne doivent pas être sans précaution attribués à une « pure fantaisie » : sans doute ont-ils leur « raison ». Est-ce à dire qu'ils méritent un crédit aveugle, comme des espèces de signa-
(66) Ce dernier était, selon M. Le Hir, € l' S is i s LétAIT, es M. s un des trois grands chefs S ciens » sous David. È Ro
(67) Ps. VIII, XLV, LXXII; cf. ps. OXXI.